L'âme de Jean-Louis Rassinfosse

Bonjour Jean-Louis, tu nous reviens avec L'âme des Poètes, aux  côtés du  saxophoniste Pierre Vaiana et du guitariste Fabien degryse. c’est un groupe qui existe depuis déjà de  nombreuses années.

Oui, cela  fait déjà  vingt-deux années que l'on a commencé ce projet. Pouvoir tenir un groupe aussi longtemps, c'est une belle expérience, à la fois musicale et humaine.

Une telle longévité c’est plutôt rare en jazz où  les projets sont souvent plus ponctuels.

Dans notre petit pays, on a l'impression que l'évolution doit passer par le changement de groupes ou de musiciens parce que l'on se retrouve toujours devant le même public. C'est difficile de pouvoir présenter un  projet qui  existe  déjà depuis plusieurs  années. Par  exemple, souvent j’entends  des organisateurs dire  : "Oui, m'enfin, L'Âme des Poètes, c’est bon  on connaît, on a déjà  entendu". C'est vrai, mais à Oscar Peterson, sans vouloir  comparer, on ne  lui demandait pas de changer de concept chaque année. L'idée est quand même malgré tout de rencontrer d'autres publics avec le même projet. Quand  je tournais avec Chet Baker, on  jouait le même programme chaque soir dans des villes différentes. Les longues collaborations permettent de mieux se connaître et de faire
évoluer la musique.

Et en tant que groupe qui dure, comment faites-vous face à la volonté de renouveau des organisateurs ?

On propose évidemment à chaque fois un nouveau répertoire avec  une  nouvelle thématique et de nouvelles chansons mais au-delà du  concept de  base qui reste le même, reprendre des chansons françaises en jazz, il y a malgré tout l’idée de faire évoluer notre interaction. C’est vrai que les organisateurs et les journalistes ont tendance à chercher toujours la nouveauté ce qui pousse les musiciens à présenter toujours de nouveaux concepts. Le public, lui, aime à suivre les musiciens et leur évolution en tant qu’improvisateurs et interprètes.

Comment vivez-vous cette interaction ?

C'est un trio dans lequel nous sommes tous les trois solistes à part entière. Nous avons chacun un  rôle interchangeable. Il n'y a pas de leader, c'est un travail collectif. Au tout début du groupe, il arrivait qu'un de nous vienne avec son arrangement écrit pour le trio, mais cela  nous a vite déplu car on se sentait dépossédé. Depuis, nous avons toujours fait les arrangements ensemble. Lorsque que  l’on prépare un nouveau répertoire, on consacre habituellement un jour par morceau. On cherche d’abord un  groove et une tonalité qui nous conviennent à tous les trois et puis chacun apporte ses idées.

Cela aussi c’est assez rare en jazz où  il y a tout de même une culture du leader.

Au départ, en tant que contrebassiste, je suis plutôt un sideman. Comparé aux souffleurs, guitaristes, pianistes... il est en effet plus rare  que  les contre-bassistes aient leurs propres projets. Pourtant, cela me  semble évident que  l'on ait tous voix au  chapitre et que chacun soit égal. Parfois, je me retrouve dans des groupes dans lesquels j'ai moins de possibilités d'interaction  et du  coup cela me semble toujours un  peu bizarre parce que selon moi  le jazz c'est justement un  espace censé permettre à chacun d'avoir la même liberté. Par exemple, il y a des genres musicaux qui  m'intéressent  moins, comme des styles  plus funk, parce que le bassiste  y a un rôle plus convenu. Il est obligé  de jouer  un chouette riff en continu sinon la musique s'écroule. Il est tenu de  maintenir l'ossature  du  morceau. C’est  un  peu l’esclave des autres. Je  suis plus sensible aux  belles progressions harmoniques qu’aux musiques de transe.

A contrario, dans un groupe comme l'âme des Poètes, ton rôle de contrebassiste est autant harmonique, rythmique que mélodique.

Oui, tout comme Fabien et Pierre, j’ai un  rôle multifonctionnel. Pierre a peut-être moins de latitude, car c'est plus difficile d'avoir un rôle d'accompagnement au saxophone soprano, mais il y a toujours un trialogue, un contrepoint à trois et l'harmonie est déduite de nos voix.

Votre  démarche de reprendre des chansons françaises  est fort proche du processus de création des standards de  jazz  qui  sont nés de  reprises de chansons de broadway. et, plus récemment, des musiciens comme brad Mehldau ont puisé dans le répertoire pop-rock. tu penses que c'est un mouvement inhérent au jazz de devoir continuer à s'ouvrir au risque de rester prisonnier de standards qui ont peut-être fait leur âge ?

Il y a  deux  choses, des compositions de  jazzmen et des emprunts à toutes sortes de répertoires. On est dans un monde de  métissages, ce  qui offre encore beaucoup de possibilités de développement à la musique. Par exemple, l'harmonie a déjà  été fort développée dans la musique moderne du  20ème siècle. Debussy, Ravel et d’autres ont déjà été très loin   dans  la juxtaposition des  sons. Il reste des ouvertures  possibles au niveau rythmique, ce que certains groupes approfondissent par le biais des polyrythmies notamment. Il y a aussi encore beaucoup de choses à faire dans le métissage de différentes influences. Tu en es d'ailleurs un bon  exemple. Quant  aux  emprunts à  d’autres  répertoires, cela  a toujours fait partie  du  jazz.  Je  pense qu'un emprunt sert aussi à mettre son empreinte. Et pour moi, c'est ça l'essence du jazz.  Je ne suis d’ailleurs pas un compositeur effréné parce que ce qui m’intéresse le plus c’est la composition instantanée dans l'improvisation. J'ai en moi  cette faculté de composer instantanément  des mélodies sur tout ce que j'entends. Par exemple, je sifflote tout le temps dans la voiture, même sans m'en rendre compte. J'essaie toujours de réagir à ce que j'entends et de m’immiscer pour apporter une petite  création  sur quelque chose d'existant.

Et c’est  quelque chose dont le  public peut jouir, justement parce qu’il connaît la mélodie de départ, d'où l'intérêt de  reprendre des chansons et standards connus du public.

Exactement. Je me souviens d’ailleurs de réactions tout à fait incroyables de spectateurs à la suite de concerts de l'Âme des Poètes, comme par exemple : "C’est la première fois que je ressens quelque chose en écoutant du jazz".  C’est parce que  l'on utilise un matériau basé sur la mémoire collective, qui  parle parfois même de manière subliminale aux auditeurs. J’ai toujours trouvé intéressant de jouer des variations  et de  recomposer sur des thèmes existants. Cela permet de rester en contact avec l'émotion du public.

Quel sera votre prochain répertoire ?

Tout le monde nous attend toujours un  peu au tournant : "Vous avez déjà fait Brassens, Brel... Après 22 ans, qu'est-ce que  vous allez  encore bien  pouvoir trouver ?" (rires).  Lors  du  répertoire précédent on avait travaillé sur des chansons belges. Cela s'appelait : "Ceci n'est pas une  chanson belge", un peu en hommage à Magritte et au surréalisme.  Cette fois, on a voulu faire  un projet avec  un peu  de mise en scène et on s'est penché sur la fameuse interview qui existe entre Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré. C'est une interview mythique, car c'est la seule qui  les a réunis tous les trois. Il y a d’ailleurs une photo légendaire que tout le monde connaît qui a immortalisé ce moment. C’est une interview très intéressante, même si la manière dont ils répondent aux questions est parfois un peu datée et si certains propos ont parfois été taxés de misogynie, chacun répondant un  peu à l'emporte-pièce  tel qu’il  est. Par le biais de cette interview, cela  nous a intéressé de pouvoir  traiter les chansons de Brel et Brassens que  nous n’avions pas encore faites et d'aborder le répertoire de  Léo Ferré. On a  conçu un  spectacle dans lequel l’interview sert de  liant et nous répondons aux questions qui leur  ont été posées par  des chansons. Les réponses sont donc  musicales, soit par le titre des chansons soit par les paroles qui évoquent le thème de chaque question. On a fait poser ces questions, qui  sont parfois impertinentes ou  à double sens, par Gabrielle Stefanski dont la voix de velours bien connue sur la RTBF a été enregistrée en voix-off. La mise en scène est de Marie Vaiana. C'est un spectacle plus théâtral et il y a toute une partie visuelle qui  est assez chouette. On joue avec des émetteurs sur les instruments car on se déplace beaucoup sur scène. On a fait la création au Centre Culturel de Remicourt et on a déjà  joué le spectacle au Centre Culturel de Mouscron, entre autres. C'est un projet un peu plus lourd à monter, qui demande un peu  plus de logistique et des lieux avec  des infrastructures adaptées.  Bien sûr on  présente aussi  ce répertoire en "formule concert" selon ce que le lieu permet. C'est aussi un peu la difficulté quand on est jazzman, on est censé faire  du jazz,  or le théâtre ce n’est pas vraiment la même chose… Il faut trouver un juste milieu.

Ce côté théâtral, cela fait aussi partie de ta personnalité, dans les projets où tu en as l'occasion, tu prends volontiers la parole, tu aimes le verbe !

C'est vrai, j'aime les mots. C'est aussi ce qui me fait aimer l’Âme des Poètes. Nous reprenons des chansons, ce ne sont pas seulement des mélodies, mais aussi des paroles.

Relier l'instrumental au texte, c'est quelque chose que tu as toujours voulu développer ?

Non, je n’y ai pas spécialement réfléchi. C'est tout simplement ma  personnalité. Quand  j'avais 15 ans, je reprenais des chansons de Brassens à la guitare. Ce sont mes standards. C'est  quelque chose que j'ai  incorporé. Avec l'âge, je me rends compte que tous ces clivages, la volonté de mettre les choses que je fais dans des catégories différentes, sont un peu vains. Finalement, je fais simplement ce que je suis. Et cela se ressent de plus en plus, même dans mon rôle de sideman. J’ai une manière de jouer que je qualifierais de multi-artistique. Par exemple, je collabore avec  la  Framboise Frivole,  un  duo  musical  humoristique avec  lequel j'ai déjà  co-écrit trois spectacles. Cela  m’intéresse  d'utiliser  et développer ce goût du mot et cette facette humoristique que j'ai en  moi.  Précédemment, j'avais monté un spectacle intitulé "Le Reliquaire des Braves", basé sur les chansons de la guerre 14-18. Déjà à cette  époque, on  me taxait un  peu d'éclectisme parce que je jouais différents styles dans différents projets : du ragtime, des chansons françaises, du jazz moderne, du  dixieland... J'ai toujours eu un  peu du  mal à me mettre dans une seule catégorie.

D’où vient cet éclectisme ?

Des rencontres ! J'aime  bien  les gens et quand je trouve que  cela  se passe bien  avec  certaines personnes, j'aime bien rester avec elles et voir  un  peu ce qui  se passe. C'est ce qui  me plaît aussi dans ce métier, rencontrer des gens de toutes différences. Je pourrais citer par exemple ma rencontre avec le pianiste Jean-Philippe  Collard-Neven avec  qui  je collabore depuis 10 ans. Il m'a emmené sur un terrain  plus classique et parfois même contemporain et je l’ai amené au jazz. Cela m’intéresse d’interagir avec des univers musicaux différents du  mien. Par ailleurs, avec  ce  duo,  nous  avons développé différents projets connexes, comme une collaboration avec le quatuor Debussy ou plus récemment un  trio avec  le célèbre chanteur José Van Dam, dont tout le monde connaît la voix fantastique. On a monté un répertoire autour des chansons de Carlos Gardel que José avait envie  de  chanter depuis longtemps. On vient d’enregistrer un disque qui sortira en automne. C'est un projet qui me tient très à cœur. Quand j’avais 20 ans, les musiciens parisiens Marc Richard et Philippe  Baudouin m’ont  fait découvrir Carlos Gardel ainsi que  d’autres artistes comme Farid  el-Atrache, le joueur de oud libanais. Ce côté ethnique m'intéressait déjà à l'époque et revenir à Carlos Gardel me touche au plus haut point.

Quels sont les autres musiciens avec lesquels tu collabores ?

Je collabore toujours avec plusieurs  musiciens en Allemagne,  dont  le pianiste  Klaus  Ignatzek  avec qui  je travaille depuis 25  ans. On a déjà enregistré près d’une trentaine de CD’s ensemble, qui  ne sont d'ailleurs pas toujours distribués ici. Je  joue  aussi toujours avec  le trompettiste américain Claudio Roditi que  j’ai rencontré avec  Chet Baker  en  1982. On se connaît depuis longtemps et chaque année on fait une  tournée ensemble. On a déjà  enregistré 7-8 disques en trio avec  Klaus. En automne, on sortira un nouveau CD d’un concert que  l'on a donné en Autriche l'année dernière. En Belgique, je participe aussi  au projet WRAP  aux côtés  d’Alain  Pierre et Barbara  Wiernik, avec lequel on  vient d’enregistrer un  chouette CD. Comme l’Âme  des Poètes, c’est à nouveau un trio sans batterie, mais avec une instrumentation et une alchimie complètement différentes. C’est également un projet qui me permet d’aborder d’autres genres musicaux, la guitare 12  cordes d’Alain amène une touche un peu plus folk.  C’est un autre son que le jazz pur  et dur.

On te voit  aussi fréquemment avec des groupes multigénérationnels…

C’est vrai, j'aime le mélange des générations et personnellement c'est comme ça que  j'ai commencé la musique. J'ai été incorporé dans des groupes grâce à des musiciens plus âgés que  moi. Quand  on commençait la musique à l'époque, il était fréquent d’entendre : "Oh,  on  connaît un  petit jeune qui  a pris la basse, on va l'essayer !".
C’est comme ça que s’est passée ta rencontre avec chet baker avec qui, aux côtés de Philip  catherine, tu en  enregistré un disque en  trio que  l’on connaît tous ?
Pour  cet enregistrement, j'avais déjà  une  trentaine d'années. Mais c’est vrai que quand j'ai  rencontré Chet, je n'avais que  24 ans et je jouais de  la basse depuis seulement 4 ans. Mais avant ça des musiciens belges m’avaient déjà  accepté, je pense à Pol Closset, Léon Demol, Janot Morales, Richard Rousselet, Sadi… des gens qui étaient dans la place et qui ont donné leur chance à des jeunes musiciens et je participe à de nombreux projets de ce type. Il y a entre autres notre quintet avec Jean-Paul Estiévenart, Cédric Raymond et Bilou  Doneux. Un jeune musicien avec lequel j’aime aussi beaucoup jouer c’est le violoniste Alexandre Cavalière. C’est un musicien que je trouve très attachant, notamment par son incroyable capacité d’improvisateur. Il a la capacité d’improviser des dizaines de minutes en se renouvelant sans cesse. C’est vraiment un flot continu. Nous jouons ensemble au sein de son quintet et précédemment j’avais monté un trio avec  lui et le violoniste Renaud Crols. Je  suis toujours intéressé de  rencontrer des musiciens qui  sont des improvisateurs prolixes, et de  toutes les générations. J’ai  toujours aimé  jouer avec de jeunes musiciens, avec Eric Legnini et Stéphane  Galland quand  ils ont débuté,  avec Fabrice Alleman... Mais l’âge n’a pas vraiment d’importance, ce sont les personnes et la musique qu’ils  produisent qui m’interpelle. Récemment, j’ai rejoué avec le saxophoniste Bob  Mover, que j’avais déjà rencontré avec Chet Baker il y a trente ans. C’est un  improvisateur qui a quelque chose à dire tout comme Steve Houben qui  a lui aussi une personnalité et une voix propre. Sans parler de John Ruocco, qui  est mon vieux camarade depuis longtemps et un  des musiciens que je respecte le plus. Ils ont tous cette capacité à tenir le public en haleine par leur discours.

C’est fondamental pour  toi,  toutes ces relations intergénérationnelles qui  se créent dans et en dehors du cursus scolaire ?

Oui, c’est  par  ces échanges que  tout un  savoir se transmet  de génération en génération. Je pense qu’on oublie parfois que  le jazz est une  musique de tradition orale. C’est vrai qu’aujourd’hui, notamment avec les conservatoires, l’apprentissage est plus structuré et livresque, mais fondamentalement cela reste une relation de maître à élève. L’élève observe le jeu du  maître, essaie de le reproduire et puis d’y apporter sa touche. Dave Holland résumait ces trois stades de l’évolution du musicien en trois mots : imitation,  intégration, innovation. C’est  un  processus que l’on  ne peut faire qu’en  se frottant à d’autres musiciens plus expérimentés. Et puis, l’âge arrivant, du petit jeune qui promet, on passe sans s’en rendre compte de l’autre côté et on se retrouve dans le rôle du passeur. Et, je crois qu’effectivement, il y a une sorte d’expérience  que je peux transmettre,  un  certain sens de la pulsation rythmique notamment. Selon les affinités, je développe évidemment des relations plus privilégiées que d’autres. Hier par exemple, j’ai joué avec le jeune batteur Armando Luongo, on  est de générations différentes mais pourtant je me suis dit que l’on était sur la même longueur d’onde. Quand je joue  avec  Cédric  Raymond lorsqu’il est au piano, c’est aussi très évident. En plus du piano, il a l’avantage de jouer  fantastiquement de la contrebasse et lorsque l’on joue,  il sait très bien  de  quoi  on parle. C’est quelqu’un que  j’ai d’abord connu comme élève au  stage Jazz au  Vert et puis au  Conservatoire. Je l’ai vu évoluer toutes ces années et la relation entre nous a été clairement plus de maître à élève que de simple professeur à étudiant. Cette  transmission du  savoir, c’est un  peu comme un  400  mètres. Il y a un  peu un  passage de témoin. Il y en a un  qui  court plus vite que l’autre, mais cela n’a pas d’importance car on  va de toute façon vers le même but. J’aime ces rencontres intergénérationnelles et de manière générale, je me sens proche de n’importe quel musicien qui joue sérieusement notre musique.

Au-delà  de  l’enseignement  et d’une  vie  artistique bien  remplie, tu restes aussi très actif dans l’associatif…

Oui,  cela   fait un  peu  partie  de  cette  "école" des années 70.  Je crois en la collectivité. J’aime  bien que les gens se réunissent autour d’un projet. J’aime l’associatif  et les collaborations de longue durée. Je  ne me vois pas faire  mon  petit combat tout seul dans mon coin en essayant de m’en sortir moi-même et en me foutant du reste. J’aime bien qu’il y ait une dimension sociale dans ce que je fais.

Ce qui est dans la logique du jazz qui est une musique d’échanges.

Tout à fait, le jazz est une musique collective dans laquelle chacun a voix au  chapitre. Dans le jazz,  la somme des composants dépasse le simple résultat d’une  addition mathématique.  Cinq  musiciens ensemble cela  donne quelque chose de plus solide. C’est aussi ce qui m’intéresse dans la collectivité. Je pense aussi que le rôle de l’artiste dans la société est une chose sur laquelle on doit réfléchir toute sa vie. Quand on  est jeune musicien, on  essaie avant tout de s’en sortir, de prouver des choses, de trouver sa place et de la préserver. Mais il est aussi nécessaire de réfléchir à sa fonction d’artiste dans la société et de trouver au sein de sa propre personnalité un équilibre entre l’obéissance et la rébellion.

Et c’est un équilibre qui change au fil des années ?

Oui,  certains sont toujours rebelles à travers  tout. Ils veulent seulement  se consacrer  à leur  art sans faire aucun compromis. Mais on peut être aussi dans l’acceptation des choses auxquelles on ne peut rien changer. Par  exemple, il est inutile de  se rebeller contre la suite des harmoniques. C’est  une  réalité physique de la nature, une juxtaposition de certains sons qui ont un certain équilibre ou déséquilibre. On peut par contre se rebeller contre les choses sur lesquelles on peut influer, comme l’obligation de suivre certaines lois ou le fait de ne pas prendre de risques. La créativité permet pas mal de rébellion tout en
étant quelque part obéissant.

C’est une façon positive de vivre cette dualité…

Oui, et je pense que  l’on arrive  plus loin en  n’étant pas complètement rebelle. C’est la différence entre la rébellion et l’anarchie. Chacun doit à son niveau trouver son rôle politique et s’insérer  dans cette société,  qui  est tout de même assez particulière pour l’instant quand on  voit la montée de l’égoïsme et de la désolidarisation. L’individu est devenu le centre de  tout et il est difficile  de  trouver sa place dans ce schéma sans en être complice. Parfois, il y a des choses que l’on doit subir. Les subir, c’est déjà pas mal. Ce qu’il ne faut pas faire, c’est les amplifier. Je n’ai pas envie d’accentuer les déséquilibres de  la société autour de  moi. Je  n’aimerais pas être banquier maintenant. Je trouve que mon métier de musicien me convient mieux que celui de trader. Je n’ai pas envie de mener le monde à sa perte. J’ai plutôt envie  de  l’emmener vers quelque chose de  plus serein  et la musique est un  moyen que j’ai  trouvé pour inscrire ma vie dans l’univers.

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