Garrett List & Orchestra Vivo ! diffusent une vidéo en ode à la paix

Garrett List & Orchestra Vivo ! diffusent une vidéo en ode à la paix

Garrett List et les 30 musiciens d’Orchestra ViVo ! se mobilisent pour la paix et sortent une video à l’occasion du 2017 International Jazz Day. Il s’agit d’une chanson de Garrett List basée sur "Thoughts on the Oxymoron Military Intelligence" qui a été enregistrée avec le concours de trente rhétoriciens de l’Institut de la Providence à Champion (Namur) et des résidents du centre Croix-Rouge de Namur.
Véritable ode pour la paix, le poème de Judith Malina met en lumière l’escalade de violences que provoque l’usage des armes et l’absurdité qui consiste à vivre dans la peur de nos frères. Pour ces jeunes, qui n’avaient aucune expérience scénique, l’apprentissage de la chanson leur a permis de rebondir sur l’actualité pour mieux l’appréhender et la "digérer", mais aussi d’approfondir le rôle de l’art et de la culture dans la société.

Visionnez la VIDEO

Jazz Station Big Band vs Swingalicious Big Band

Jazz Station Big Band vs Swingalicious Big Band

À l’occasion de la Journée Internationale du Jazz, Les Lundis d’Hortense, la Jazz Station et JAZZ.brussels se sont fédérées autour d’une rencontre inédite et vous proposent le dimanche 30 avril une rencontre entre le Jazz Station Big Band et le Swingalicious Big Band. L’occasion d’affirmer les liens entre ces trois acteurs culturels importants du jazz, mais aussi de défendre une musique synonyme de liberté, de partage et d'aventure. Du swing au jazz moderne, les deux Big Bands rassemblent à la fois toutes les générations de la scène belge, mais aussi l’histoire du jazz au sein de leur répertoire. Un concert qui s'annonce explosif !

Depuis 2006, le Jazz Station Big Band est résident de la Jazz Station. Devenu véritable acteur de la scène belge, le groupe a développé un son totalement unique. Cet ensemble au répertoire original explore aussi les trésors du jazz (Monk, Mingus,...). Le JSBB est composé de treize solistes hors-pairs, parmi lesquels se trouvent ses propres arrangeurs.

Stéphane Mercier, lead, saxophone | Daniel Stokart, Steven Delannoye, Vincent Brijs, saxophones | Olivier Bodson, Michel Paré, Jean-Paul Estévenart, trompettes | Edouard Wallyn, David De Vrieze, Bart De Lausnay, trombones | Vincent Bruyninckx, claviers | François Decamps, guitare | Piet Verbist, contrebasse | Toon Van Dionant, batterie

www.jazzstationbigband.com

Avec son swing inimitable et sa générosité, Swingalicious Big Band nous transporte directement dans les années 30 et 40. Dirigée par Rob Spelberg, tromboniste originaire des Pays-Bas, le Swingalicious Big Band rassemble des jeunes musiciens talentueux qui partagent leur amour du swing dans la joie et la bonne humeur. Ambiance festive garantie!

Rob Spelberg, lead, arrangements, trombone | Francesca Palamidess, chant | Dieter Vaganée, Tom Bourgeois, Filippo Bianchini, Duilio Ingrosso, saxophones | Alexandre Herichon, Thomas Mayade, Pierre-Antoine Savoyat, trompettes | Quinten de Craecker, Jesus Els Verbruggen, trombones | Mathieu de Wit, claviers | Victor Foulon, contrebasse | Armando Luongo, batterie

www.swingalicious.be

>> Dans le cadre de la Journée Internationale du Jazz

>> Autres événements ici

 

 

 

 

 

Happy Birthday Toots!

Happy Birthday Toots!

Le géant du jazz belge aurait fêté ces 95 ans cette année. Pour lui rendre hommage Les Lundis D'Hortense et la Jazz Station lancent les festivités de célébration de son anniversaire à Bruxelles. Le mercredi 26 avril à 19h30, la Jazz Station inaugure une exposition avec quelques-uns de ses objets personnels, ainsi que des photographies qui marquent ses rencontres avec d'autres grands du jazz. S’en suivra à 20h30 le concert du duo The Wordsmith.

À l’occasion de ce concert, The Wordsmith le duo formé par le chanteur David Linx et le bassiste Michel Hatzigeorgiou rend hommage à leur ami musicien, le célèbre harmoniciste Jean « Toots » Thielemans.

Chanteur exceptionnel, David Linx a été invité à plusieurs reprises à rejoindre Toots Thielemenans sur scène, en studio ou sur les plateaux radio et télé. Inversement, David a accueilli la légende de l’harmonica et du jazz belge dans son projet « James Baldwin Project ». Ensemble, les deux compères ont également accompagné l’Holland Metropole Orchestra, le plus grand orchestre professionnel de jazz et de pop au monde.

Bassiste audacieux d’Aka Moon, Michel Hatzigeorgiou a rencontré Toots Thielemenans dans les années 80 à Liège. Très vite, il est appelé à intégrer le quartet de Toots avec lequel il a parcouru le monde entier pendant une vingtaine d’années. Pour lui, ce musicien légendaire avait le génie du son, comme Miles Davis, Chet Baker ou Jaco Pastorius et chaque concert à ses côtés était une leçon de musique.

Au programme : des morceaux inspirés par Toots mais aussi quelques compositions que David et Michel nous présenteront en exclusivité avant la sortie de leur prochain album.

www.davidlinx-official.com

www.jazzinbelgium.com/musician/michel.hatzigeorgiou

>> Ce concert sera enregistré et diffusé sur Musiq'3 le dimanche 30 avril à l'occasion de la Journée Internationale du Jazz

>> Autres féstivites autour de Toots Thielemans ici

 

 

 

 

 

30 avril, Journée Internationale du Jazz

30 avril, Journée Internationale du Jazz

 

La Journée Internationale du Jazz en est à sa sixième édition !

Novembre 2011. L’UNESCO propose officiellement la date du 30 avril comme Journée Internationale du Jazz, sous l’œil attentionné du pianiste Herbie Hancock. Par cette décision, le Jazz est désigné comme une des facettes majeures du patrimoine culturel de l’Humanité. Au-delà de cette date symbolique, le mois d’Avril est désigné comme le « Jazz Appreciation Month », une façon d’ouvrir les yeux et les oreilles du grand public sur une musique vaste et dotée d’un ADN riche.

Cette musique, chaque année, est donc valorisée comme vecteur de paix, de dialogue entre les cultures, de diversité et de respect des droits humains. Toute forme de discrimination y est éradiquée, tandis que la liberté d’expression s’y trouve émancipée.

Une fête du Jazz collective et festive

Pour célébrer cette vision de la musique, Les Lundis d’Hortense, la Jazz Station et JAZZ.brussels se sont associés autour d’une rencontre inédite et vous proposent ce dimanche 30 avril une « battle » entre le Jazz Station Big Band et le Swingalicious Big Band. L’occasion d’affirmer les liens entre ces trois acteurs culturels importants du jazz, mais aussi de défendre une musique synonyme de liberté, de partage et d'aventure. Du swing au jazz moderne, ces deux Big Bands rassemblent à la fois toutes les générations de la scène belge, et nous font revivre l’Histoire du Jazz à travers leur répertoire.

Quand le leader du Jazz Station Big Band se met à écrire

Diplômé de Berklee College of Music (Boston, USA), saxophoniste et directeur artistique du Jazz Station Big Band c’est avec un visa de journaliste que Stéphane Mercier s’installe à New-York. Cette Journée Internationale du Jazz est pour lui l’occasion de nous présenter son livre « Le Jazz », qui paraitra le 30 avril aux éditions Ikor.

Musiq’3 s’habille aux couleurs du jazz

Station de musique classique mais également de jazz, Musiq’3 s’associe à la Journée Internationale du Jazz. Pour l’occasion, des jazzmen belges réinterpréteront quelques jingles de Musiq’3. Les notes bleues viendront ponctuer l’antenne le dimanche 30 avril. Par ailleurs, le jingle de l’émission Jazz de Philippe Baron sera ré-arrangé et diffusé la semaine du 24 avril. Musiq’3 proposera également une émission spéciale jazz ce dimanche de 20h à 22h avec la diffusion du concert de deux jazzmen belges de renom : le chanteur David Linx et le bassiste Michel Hatzigeorgiou. Ce concert s’inscrit dans le cadre de la soirée hommage à Toots Thielemans organisée par Les Lundis d’Hortense le mercredi 26 avril.

29 avril, remembering Toots Thielemans

En amont des festivités de la Journée Internationale du jazz, plusieurs événements seront organisés autour de l’anniversaire du plus grand harmoniciste belge : Toots Thielemans. Les célébrations commencent à la Jazz Station le 26 avril (concert de David Linx et Michel Hatzigeorgiou) et continuent jusqu’au 29 avril inclus. Une exposition à la Jazz Station, une ballade guidée à travers les lieux de Bruxelles qui lui étaient chers, des témoignages silencieux et plusieurs concerts en son hommage. Autant d’occasions de se rappeler que sa musique et son esprit sont bien vivants !

Joyeuse, festive et pluridisciplinaire cette édition 2017 de la Journée Internationale du Jazz s’annonce audacieuse !

Tous les concerts sur www.jazzday.be

 

Mimi Verderame quartet sur Musiq'3

Mimi Verderame quartet sur Musiq'3

Le concert de Mimi Verderame quartet à Dinant a été enregistré par Musiq’3, partenaire de cette tournée.

Diffusés dans l'émission Jazz de Philippe Baron, plusieurs extraits du concert sont désormais disponibles sur le site de la Rtbf :

  • Silver's Serenade (Horace Silver) en écoute ici (à partir de 26’07'')
  • Cores de là (Victor Da Costa) en écoute ici (à partir de 23'07'')
  • Invitation (Bronslau Kaper) en écoute ici (à partir de 29'16'')
  • For Nothing (Mimi Verderame) en écoute ici (à partir de 32'04'')
  • Calypso party (Mimi Verderame) en écoute ici (à partir de 30'36'')
  • You stepped out of a dream (Gus Kahn / Nacio Herb Brown) en écoute ici (à partir de 19'33'')

Bonne écoute !

 

 

 

Concert retransmis sur Musiq'3

Concert retransmis sur Musiq'3

Le concert de Mimi Verderame quartet de ce vendredi 24 février à Dinant sera enregistré par Musiq’3, partenaire de la tournée et diffusé ultérieurement dans l'émission Jazz de Philippe Baron

 

 

 

40 ans : Les Lundis d'Hortense à Avignon

40 ans : Les Lundis d'Hortense à Avignon

BELGIAN TRIP
A l'occasion des 40 ans des Lundis d'Hortense, le Théâtre des Doms et l'AJMI, club de jazz à Avignon (France), nous font l'honneur et le plaisir d'une soirée entièrement consacrée au jazz belge. La soirée concoctée par ces deux structures voisines débutera à 18h par une conférence-apéro pour célébrer les 40 ans de votre association préférée suivie d’un double concert, Elvin Galland quartet et notre présidente Eve Beuvens avec son septet "Heptatomic". Un Belgian Trip à Avignon énergique et convivial à la belge ! Nous dirions même plus... fantastique !

Site du Théâtre des Doms
Site de l'AJMI

Les Lundis d'Hortense asbl a 40 ans !

Les Lundis d'Hortense asbl a 40 ans !

Ce 5 avril 2016, Les Lundis d'Hortense asbl fête son 40è anniversaire !

Au programme, 4 concerts dans 4 lieux phares du jazz à Bruxelles les 27, 28, 29 et 30/04 (Journée Internationale du Jazz).

 

JAZZ#FORUM 2016 - 8 mars @ Flagey

JAZZ#FORUM 2016 - 8 mars @ Flagey

Le mardi 8 mars 2016 à Flagey

 

JAZZ#FORUM

 

Journée de rencontre pour les pros du jazz

 

Quatrième édition du Jazz#Forum : une initiative du Kunstenpunt, des JazzLab Series et des Lundis d’Hortense avec le soutien et la collaboration de Flagey, du Conseil de la Musique et de plusieurs musiciens, managers ou programmateurs.

 

Le but de cette journée est de favoriser les contacts et les échanges, d'attiser la créativité de chacun dans son domaine et de stimuler la réflexion sur l'avenir du jazz en Belgique.

 

Au programme >> tables rondes, ateliers et salons de réflexion et d'échanges d'expériences autour du thème : élaborer une carrière musicale durable et encourager une continuité dans le parcours artistique de chacun, et ce sous des angles différents.

 


 

EN PRATIQUE:

QUAND ? Le mardi 8 mars à partir de 9h30 jusqu'à 17h
OÙ ? À Flagey, Place Sainte Croix à Bruxelles
COMMENT PARTICIPER ?
Les frais de participation sont de 10 € / 5 € pour les étudiants.
Si vous souhaitez aussi assister au concert de Machtelinckx/Badenhorst/Jensson/Wouters à 20h15, les frais totaux s'élèvent à 15 € / 10 € pour les étudiants.

ATTENTION: L'inscription est nécessaire ! Merci de vous inscrire avant le 2 mars 2016.

 


Tout le programme de la journée ici

Journée Internationale du Jazz #2015

Journée Internationale du Jazz #2015

Dans le cadre de la Journée internationale du Jazz, les Lundis d’Hortense, association des musiciens de jazz belges, s’associent pour la deuxième fois aux commerçants du centre-ville de Bruxelles dans le but de promouvoir le jazz à travers l’événement gratuit Jazz à tous les étages.

Un big band d’une vingtaine de musiciens éparpillés dans les rues du centre, se réunissant pour faire la fête au jazz et aux jazzmen belges. Un saxophone qui improvise chez l'épicier, une contrebasse qui fait vibrer la vitrine d’un chocolatier, une trompette déchaînée chez le coiffeur, un trombone qui jamme avec deux saxophones depuis le balcon d’une boulangerie, une batterie qui bat le tempo au coin d'une rue…

Dans l’après-midi du 30 avril, le jazz s’expose dans divers endroits de la ville, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, envahit les fenêtres et les balcons des différents commerçants, occupe des lieux insolites et s’immisce dans le quotidien des bruxellois.

À travers Jazz à tous les étages, les Lundis d’Hortense se proposent de surprendre agréablement les clients des différents commerces, les passants et les touristes en les invitant à s’arrêter, à lever les yeux et à ouvrir les oreilles. Cet événement spécial mettant le jazz à l'honneur est une magnifique occasion de rendre cette musique accessible à un maximum de personnes dans des lieux facilement accessibles à tous.
À chacun de vous, enfant ou adulte, de 0 à 100 ans de vous laisser conquérir par les notes bleues !

Le programme :

  • 14:15 > 14:45 : Concert d’ouverture avec le Jazz Day Big Band (Place de la Monnaie)
  • 15:00 > 16:00 : Jazz à tous les étages, concerts en petites formules dans les commerces du centre de Bruxelles :
    Rue des Fripiers : The Body Shop, Lush, Boutique Liza, Rituals Cosmetics, Boutique Yes, Timberland, Maison Celini Coiffure, Boulangerie Paul
    Rue de Tabora : Danish Tavern, Nicolas, Los Churros, Le Petit Normand Charcuterie
    Rue au Beurre : Maison Dandoy, Chocolaterie Leonidas, Elisabeth Chocolatier, Galler Chocolatier
  • 15:00 > 16:00 : Jazz Day Vocal Group, concerts en petites formules dans les rues du centre de Bruxelles
  • 16:00 > 16:30 : Concert de clôture avec le Jazz Day Big Band (Grand-Place de Bruxelles)

Plus d’infos et d'événements en Belgique sur www.jazzday.be


Nomination de notre nouveau Président

Nomination de notre nouveau Président

Le nouveau Président des Lundis d'Hortense est une Présidente !
Il s'agit de la pianiste Eve Beuvens.

Vous trouverez la composition de notre nouveau Conseil d'Administration dans la rubrique 'Infos Pratiques'. Nous remercions chaleureusement Alain Pierre qui a assuré la présidence des quatre années précédentes (mars 2011 > mars 2015).

En tête-à-tête avec Toine Thys

En tête-à-tête avec Toine Thys

Salut Toine ! Tu joues avec ton trio lors du Jazz Marathon, le 24 mai sur la grand-place de  bruxelles pour les Lundis d’Hortense.  Comment as-tu choisi les musiciens et l’instrumentation de ce trio ?

C'est une histoire qui  commence mal, mais qui  finit très bien ! Il y a 7 ans, un  bassiste me laisse tomber deux jours avant un grand concert avec un  trio. Je cherche en vain et sans succès un remplaçant. C'est sur le bon conseil d'Eric Legnini que je choisis un autre instrument et que je pense à l’organiste Arno Krijger. Dès le premier concert, j’ai tout de suite  été séduit  par cette instrumentation. L’orgue  ajoute une palette de sons et de volumes absolument incroyable à la formule intimiste du trio.

Dans les trios, il y a souvent une fonction qui  manque, soit il n’y a pas de basse, soit pas d’instrument harmonique. Avec l’orgue, ces deux fonctions sont remplies.

C’est  un  peu comme un  quartet  avec bassiste,  mais ce n’est  pas tout-à-fait  pareil. Arno est à la fois pianiste et bassiste. Il a une pensée musicale pour deux instruments et cela lui confère une grande indépendance. Dans  un  trio, il y a une grande interaction entre les musiciens. Lorsque que je ne joue pas et que je ferme les yeux, j’entends  un groupe complet alors que c’est un duo  orgue et batterie.

Et la rencontre avec Antoine pierre ?

Antoine a fait un  remplacement il y a deux ans. Arno et moi nous sommes tout de suite sentis  très à l’aise  avec lui.  Tout  était  très naturel : son jeu, son plaisir de jouer et son caractère positif. L’excellence musicale doublée d’un  caractère  joyeux et  positif, c’est une très bonne combinaison !

Je suis venu vous écouter récemment au théâtre  Marni pour la sortie de votre cd "grizzly", et cela m’a frappé d'entendre la façon dont Antoine  s’est  vraiment intégré à l'univers musical du trio. c’est un univers très imagé. peux-tu nous en parler ?

La musique de ce trio est  un  mélange de concret et d’abstrait, de terre et d’air. Elle est basée sur des mélodies et des claves rythmiques parfois très simples, couplées à une harmonie qui  donne une certaine abstraction  aux compositions.  J’ai  envie que l’on s’envole, mais en ayant les deux pieds bien dans la terre. Une bonne partie de mes compositions trouve son influence en partie dans les rythmes africains. Je dirais plutôt : "dans ma rencontre avec les rythmes africains", car je n’ai pas du  tout la prétention de faire de l’afro  jazz. Ces deux dernières années, j’ai  fait plusieurs voyages en Afrique de l’Ouest.  Cela m’a  enchanté, nourri et changé. Le rythme y est omniprésent et c’est l’élément central de la musique. Du coup, j’écris dans cette direction pour susciter certains éléments que j’ai envie d’entendre dans la batterie et dans l’orgue. J'ai eu aussi une période où  j’ai visionné beaucoup de films du réalisateur Werner Herzog, qu’un ami plasticien, Bernard Gigounon, m’a conseillés. Du coup, emballé, j'ai  composé 5 ou  6 chansons sur le disque qui  trouvent une origine directement de son travail.

Qu’est-ce qui  t’a inspiré plus particulièrement dans ces films ?

Sa voix  hypnotique !!  Ce qui m'intéresse chez Herzog, c'est la curieuse relation qu'il crée entre le documentaire et la fiction. Par exemple, il y a ce documentaire sur cette jeune   femme   rescapée   miraculée   d’un crash aérien dans la jungle péruvienne. Cela pourrait être  un   fait  divers sensationnaliste sans grand intérêt, mais la façon dont Herzog traite ce sujet amène une dimension humaine qui  me touche. Je trouve aussi les musiques que choisit Herzog pour ses films sont extraordinaires, elles me bouleversent littéralement.  La musique que j’écris  n’est donc en rien une nouvelle BO pour ces documentaires. Elle est simplement inspirée de son travail.

Tu partages aussi cette influence cinématographique avec tes deux musiciens ?

Pas vraiment, c’est avant tout une inspiration qui intervient dans mon travail de composition. J'aime encore, comme un  petit, qu'on  me raconte  des  histoires   !  J’aime aussi beaucoup partager ces histoires avec le public. Les spectateurs m’expliquent que cela leur donne une clé pour entrer dans ma musique, ils la visualisent avec mes histoires, d'où peut-être cet univers imagé dont tu as parlé.

Oui, en concert, ta présentation est très chouette, elle participe à installer une certaine atmosphère. cela fait aussi partie de ton personnage…

C’est quelque chose que je me suis découvert au fil des années. Oui,  cela fait partie de ma personnalité et aujourd'hui partie intégrante de mes spectacles. Mon  entourage tout proche m'encourage  car il paraît que c'est une évidence. J’aime parler à mon public et j'improvise beaucoup mes présentations tout autant que mes solos d’ailleurs. On m’a parfois reproché que ce n’était pas adapté à l’univers  du  jazz…  Je ne suis  pas sûr, ces gens se trompent peut-être, ça n'a pas beaucoup d'importance. Dizzy  Gillespie, par exemple, était  un  véritable showman, sans pour autant nuire à la qualité de sa musique. D’une certaine manière, je suis dans cette lignée-là !

C’est  ton deuxième cd  en trio avec Arno Krijger.

Oui,  "Grizzly" vient tout juste de sortir, en février, sur le label Igloo.  En fait, c’est mon huitième album et le second sous le nom du Toine  Thys  Trio.  On a bien travaillé ensemble avec le label Igloo  et Bartok Management sur le graphisme, la presse, le son et l’ordre des chansons pour essayer de fabriquer un  "objet" complet qui  ait du  sens. On a vraiment pris beaucoup de plaisir avec les concerts que nous avons donnés pour la présentation du CD en Belgique et en France. A Paris, nous avions invité le guitariste Hervé Samb à nous rejoindre. Il a très vite compris ce dont on avait besoin et c'est avec aisance et élégance qu'il s'est inséré naturellement dans le son d’un  groupe qui  existe depuis
7  ans. Pour ce concert, Igloo  avait mis en place un  partenariat avec la radio TSF Jazz qui a promotionné, enregistré et retransmis le concert en direct. C’était  un  réel plaisir de travailler avec des professionnels. Nous avons plusieurs festivals prévus pour les mois à venir, dont la Grand-Place  pour la Journée des Lundis  d’Hortense.  Pour ce concert, Antoine  (qui   étudie  à New York) sera remplacé par Karl Jannuska à la batterie. Karl est un camarade de longue route et il a déjà fait une semaine de concerts avec le trio. C’est  aussi  un  batteur d’un  niveau extraordinaire, à ne pas rater.

Ton album jouit d’un partenariat avec tsf, en france, c’est super. J’étais surpris dans le sens où  c’est  une radio qui  a une programmation assez mainstream, alors je me demandais comment toi tu situes  ton trio dans la carte stylistique du jazz ?

C’est une bonne question… Il faut dire tout d’abord que je m’en fous complètement ! (rires).   C’est   le  cadet  de  mes  soucis  de savoir si ma musique est plutôt free-bop ou acoustico-électrique... Disons que c’est une musique qui  est ancrée dans une histoire du jazz acoustique, mais qui fait aussi référence à plein d’autres choses. On va appeler ça du  jazz moderne joué avec une énergie de la dernière chance. C’est un état d’esprit qui est naturellement présent chez les trois musiciens.

Ce que j’aime, toujours par rapport au concert que j’ai vu, c’est que vous travaillez les textures et dans les nuances, et pas seulement des solos. Les sons de l’orgue, ton jeu à la clarinette, le discours rythmique d’Antoine… tout cela nous emmène parfois dans des régions très inattendues…

Oui, avec ce nouveau répertoire et ces musiciens,  il  y  a beaucoup de contrastes. Un morceau qui  monte très haut en volume et en intensité peut s’enchaîner avec un  morceau extrêmement lent et calme, joué à la clarinette basse. Parfois les gens me disent qu’ils préfèrent l’un ou l’autre aspect. Je pense que c’est justement ce mélange des deux qui  fonctionne le mieux et qui  met en valeur la musique. Cela me fait plaisir que tu fasses référence aux textures car je suis très attentif  au son du  groupe. Je suis  content que l’on  soit  arrivé à créer à 3 une espèce de bulle sonore. Elle est volumineuse, mais toujours chaleureuse. On a porté une grande attention au travail du son pour cet enregistrement. Le technicien new-yorkais Katsuhiko  Naito a d’ailleurs bien su reproduire ce son sur l’album.

Pourquoi avoir choisi "grizzly" comme titre d’album ? c’est ton côté animal ? (rires)

Parce  que  c’est   court, et  que ça  sonne bien ! Plus sérieusement, je fais référence au documentaire "Grizzly  Man" de Werner Herzog qui raconte l’histoire vraie d’un jeune américain qui décide d’aller planter sa tente au milieu des ours grizzlis en Alaska. Werner a récupéré les rushes de ce garçon, un  peu fou, qui se mettait en scène au milieu de ces géants carnivores, et en a fait un documentaire poignant à la fin tragique.
J’ai composé ce morceau en m'inspirant plutôt du personnage, son côté euphorique, fou, faut-il bien le dire, plutôt que sur le côté tragique. J’en ai fait un  morceau afro-beat avec une mélodie très rythmique qui n’a pas grand-chose  avoir avec l’Alaska.  Et pourtant, quand je joue ce morceau, j’ai dans un coin  de ma tête l’image et le souvenir de ce garçon. Pour revenir à l’aspect "accrocheur" du  titre de l’album. Céline (Bartok Management) est d'une aide précieuse. C'est elle qui choisit et trouve les idées pour les visuels, nous encourage à travailler sur la communication, l'information, la visibilité. La musique est bien entendu le fondement, mais il n'est pas interdit de réfléchir à la manière de toucher les gens, de se faire connaître un peu, si on veut partager sa musique avec un public… surtout dans un monde où le Jazz et beaucoup d’autres musiques sont occultées du paysage médiatique.

Peux-tu nous parler de tes autres projets, tu as notamment un spectacle pour enfants ?

Sur   commande des Jeunesses  Musicales, j’ai   écrit   et  composé un   spectacle  pour enfants qui  mêle théâtre et musique. Mes comparses dans ce projet sont Jens Bouttery à la batterie  et Eric  Bribosia aux claviers. On s'amuse beaucoup avec ce spectacle, et il  tourne très  bien. C’est  génial de voir  les enfants réagir à l’histoire  et au Jazz. Ça donne d’ailleurs à réfléchir à ce qui arrive aux oreilles des petits lorsqu’ils grandissent,  tant  cette  musique semble  être accueillie naturellement quand ils ont 5 ou
7 ans…

Prendre plus de risques au niveau de l’éducation en présentant des musiques comme le jazz, les musiques du monde…

Oui,  et dans les clubs aussi.  Par exemple, quasiment tous les grands clubs parisiens organisent le dimanche des matinées musicales pour les enfants. C’est  une pratique que l’on pourrait étendre ici. Ce serait super et plutôt un bon calcul, car les enfants, c’est le public de demain.

Tu as d’autres projets ?

Oui, toujours ! J’ai un groupe complètement différent avec Patrick Dorcean à la batterie, Niels Broos aux claviers et Dries Lahaye  à la basse électrique qui  s’appelle  DERvISH. Je  joue avec plein d’effets  électroniques sur mon saxophone. C’est  dans un  registre groove, à la limite jazz électro. Récemment, on a sorti un  premier EP intitulé "Abstracks". Et puis, il y a l’école des "Ventistes du Faso". C’est  une série  d’ateliers  que je donne au Burkina Faso avec le trompettiste  Laurent Blondiau. L’idée  est  de développer la pratique  des  instruments  à  vent dans  cette partie de l’Afrique de l’Ouest. Dans ce pays incroyablement musical, les ‘ventistes’ sont assez rares et pourtant très recherchés. C’est  une expérience musicale et humaine inouïe.   Le   proverbe  burkinabè   "on    est ensemble" est un exemple emblématique de leur solidarité, d’une façon de tous se mettre sur un pied d’égalité. C’est bluffant. C’est pour cette raison que je suis très actif au sein du  FACIR (Fédération des Auteurs Compositeurs   et  Interprètes,   www.facir. be).  C’est  un  regroupement de musiciens qui  défend la cause de la musique et des musiciens en Belgique, francophone pour le moment. Cela me prend beaucoup de temps et d’énergie, mais je le fais avec plaisir car j’ai la conviction profonde que la culture et la musique sont vraiment d’une importance capitale  dans la vie. C’est  un  combat pour la diversité musicale et culturelle qui  touche tout le monde. Nous voulons remettre la culture et les créateurs au centre des débats. Les  musiciens sont les fabricants de la musique mais aussi les experts du terrain, et ils doivent être reconnus comme tels. Notre expertise a été sans voix  pendant de nombreuses années, et il est plus que temps que les musiciens, les auteurs et les compositeurs se représentent  eux-mêmes. On  remarque souvent  chez les décideurs politiques et beaucoup d’autres professionnels  une sorte de méconnaissance de la réalité des musiciens.

Toine, merci pour cette présentation et on se retrouve tous le 24  mai sur la grand-Place de Bruxelles pour faire la fiesta avec ton trio !

La géométrie variable de Raf D Backer

La géométrie variable de Raf D Backer

Salut Raf, parles-nous un peu de ce beau projet avec lequel tu vas faire la tournée Jazz tour des Lundis d’Hortense en février et mars.

Il s’agit d'un trio à géométrie variable au niveau de l’instrumentation puisque je joue du piano, de l’orgue Hammond mais aussi du Fender Rhodes et des Clavinets. Je tenais aussi à avoir le son de la contrebasse et de la basse électrique. Ça me permet de jouer sur les textures et de passer d'un son très acoustique avec le piano à un son beaucoup plus électrique sur les claviers. Pour développer l’identité musicale du projet, j’ai suivi trois grandes lignes. Il y a d’une part, le rhythm & blues de la Nouvelle-Orléans avec en référence des pianistes comme Professor Longhair, Allen Toussaint ou encore Dr John. D’autre part, un côté plus funky pour lequel je me suis inspiré des disques d’Herbie Hancock avec les  Headhunters, parus  au début des années 1970, mais aussi de certains disques enregistrés à la même époque par les Meters, un groupe de la Nouvelle- Orléans. Et puis, le troisième axe qui  me tenait  à cœur, c’est le côté plus "churchy" qu’on   retrouve  évidement  dans   le  gospel mais aussi dans la musique soul des sixties. J'ai beaucoup écouté le pianiste Les McCann, plus particulièrement ses collaborations avec Eddie Harris. Je pense entre autres au disque  "Swiss Movement" enregistré live au Montreux Jazz Festival… Tous  ces styles me touchent et façonnent mon jeu. Je pense que ce qui  relie l'ensemble et ce qui  me sert de fil rouge, c'est le groove qui y est constamment présent.

En effet, ce sont trois styles de jazz dans lesquels le groove est particulièrement mis en avant.

Oui, avec ce trio j’avais envie de me recentrer sur ce que je sentais  vraiment. Collaborer aux projets des autres, c’est toujours très enrichissant,  mais il y a toujours bien un moment où tu dois faire des compromis ce qui peut être parfois frustrant. Je me suis dit qu’il fallait que je fonce sur mon propre projet, pour qu’en tout cas sur la musique il n’y ait aucun compromis.

Et comment as-tu fait le choix de tes camarades de trio ?

Il y a Cédric Raymond à la basse  électrique et à la contrebasse et Lionel Beuvens à la batterie.  Cédric, c’était  une évidence. Ce que j’apprécie particulièrement chez lui, c’est  son intelligence musicale. Quel que soit le style dans lequel il se retrouve, il sonne toujours très juste et dans l’esprit. Je savais qu’avec la musique de mon trio cela fonctionnerait parce qu’il partage aussi toutes ces influences. Et puis, au-delà de cet univers musical commun, nous sommes humainement très  proches. Pour moi,   ce sont deux facteurs très importants pour une collaboration. Pour la batterie, je cherchais quelqu’un qui puisse avoir ce groove tout en apportant une grande créativité  et un  son très jazz acoustique. J’avais pensé à Lionel et c'est en l'entendant dans le Soul  Quartet de Laurent Doumont que je me suis dit que ça pouvait vraiment le faire. On a fait une date ensemble et effectivement le courant est passé très vite. Tout ce que j’avais envie d’entendre au niveau des textures sonores, des idées et de la créativité était là.

Pour revenir à ces trois styles qui  sont au départ de ton trio, c’est assez rare en belgique, et même en europe, qu’un jeune musicien soit d’abord attiré par ces influences groovy. on a souvent tendance à dire que nous sommes une culture plus ancrée dans l’intellect et que ces swings et grooves-là font  plutôt  partie  d’un   héritage  culturel dont on  s’imbibe quand on  grandit aux etats-Unis. comment ça t’est arrivé ?

D'une certaine façon, je suis revenu à mes premières amours. Adolescent, je voulais sonner comme Ray Charles. J'étais fasciné par sa voix  et sa façon de jouer du  piano. Un  peu plus tard, j'écoutais  Oscar  Peterson en boucle… Son  time et son groove sont parfaits. Après quelques temps, je me suis un  peu détourné d'Oscar. J'avais besoin d'écouter d'autres choses, d'ouvrir mon jeu… J'essaie d'être le plus curieux possible et de me nourrir d'un maximum d'influences pour "moderniser" mon jeu et développer des  éléments  originaux. Mais, ce qui   est assez marrant et paradoxal, c'est que plus j'avance et plus je remonte loin  dans l'histoire du  Jazz. Mais ça me va, je pense de toute façon que plus les racines sont profondes, plus la musique peut se développer. Pour le côté New Orleans, ce qui me fascine dans cette  musique c'est  la vitalité et  la force qu'elle dégage ! Je suis de plus en plus attiré par ça et par le folklore qui  y est lié. Je trouve cette musique magnifique et puissante. C'est  une musique populaire, mais en  même temps  sophistiquée   sous  bien des aspects. C'est  peut-être cette double dimension qui  m'attire et que je recherche à travers  cet héritage-là. J'aime l'idée  que même si on  va très loin  musicalement, on puisse  toujours garder une pulsation bien présente et que d'une certaine façon, on puisse  toujours danser sur la musique. Du coup, je ne me suis jamais vraiment posé la question  de savoir si j’étais  plus ou  moins le seul à m’inscrire  dans ce langage ici  ou si c’était ou pas dans ma culture. C’est simplement quelque chose que j’ai ressenti et aimé. Et lorsque je me suis  décidé à faire mon projet,  l’essentiel  m’a  paru d’être  le plus sincère et authentique possible. Si tu donnes et fais ce qui  te touche, tu auras probablement plus de chance de toucher d’autres personnes.

Comment as-tu trouvé ton identité parmi ces différentes racines du jazz ?

J’ai essayé de trouver quelque chose de personnel par rapport à la texture des sons, c’est pour ça que je passe du piano à l’orgue. J’ai aussi essayé d’avoir une vision peut-être plus contemporaine.

Oui, ce sont des musiques ancrées dans l’histoire, mais qui  ne sont pas pour autant figées dans le temps.

Elles sont vivantes et elles le resteront tant qu'on aura des choses à dire et tant qu'on essaiera de nouvelles choses. Dans l'improvisation, j'essaie de trouver mon propre phrasé, mon esthétique, en combinant des éléments "modernes" à des éléments plus "classiques". Après, je pense que le plus important n’est peut-être pas dans le choix des notes, de l’harmonie  ni dans le fait de trouver quelque chose de fondamentalement neuf, mais plutôt de simplement exprimer des choses sincèrement. Et puis, même si on  s’inscrit  dans une esthétique définie, dès le moment où l’on est le vecteur de la musique, on  y laisse  inévitablement quelque chose de soi.

La production de ton cd a été assurée par Eric Legnini et Daniel Romeo, comment cela s’est-il passé ?

En fait, je jouais dans les groupes de Marc Lelangue et de Laurent Doumont dans lesquels jouait aussi le bassiste Daniel Romeo. A ce moment, je commençais à écrire de la musique et à enregistrer des démos. J’avais envoyé quelques titres à Daniel pour avoir son avis. C’est quelqu’un que j’estime beaucoup, et s’il y a bien une personne qui maîtrise le sujet du groove, c’est lui. Il a été super emballé par ce qu'il a entendu et il m’a proposé de m’aider  à produire le disque.  Il en a parlé à Eric qui a aussi été très enthousiaste et ils m’ont proposé de faire la direction artistique du  projet. Cela m’a énormément touché que cette proposition vienne d'eux, c’était une reconnaissance des pairs, ou  plutôt des aînés,  très importante pour moi.

Et la paire parfaite pour cette musique-là !

Oui, cela m’a conforté dans l’idée que j’étais dans le bon. Leur  aide a été plus que précieuse.  Ils ont dirigé les séances studio et c’était vraiment très confortable. Comme j’avais une confiance absolue en eux, je pouvais vraiment me concentrer sur le jeu et me détacher du reste, notamment du choix des prises, des doutes sur la nécessité ou  non d'en refaire… C’est eux qui  prenaient ça en charge. On a aussi pas mal discuté du choix des tempos, des formes des morceaux, de la longueur des solos… C'était vraiment très intéressant et puis, ils ont une grande expérience du  son et des techniques d'enregistrement.

C’est vrai qu’en belgique, la plupart des leaders font ce travail eux-mêmes, c’est plutôt aux etats-Unis qu’il y a cette tradition de directeur artistique. pour toi, c’était un plus ?

C’était complètement libérateur. Tu ne penses plus qu’à jouer la musique et à donner le meilleur de toi. Après  la prise, une fois que j’entendais  dans le talkback : «  C'est la bonne ! Venez écouter », c’est que c’était bon. Je ne me posais pas la question. Cela a favorisé une osmose pendant les trois jours d’enregistrement. Je suis vraiment content du  disque. C’est une photographie du moment. Je vais évoluer vers d’autres musiques et développer encore mon jeu, mais je pense que c’est un disque qui ne vieillira pas parce que l’esprit qui est dessus est bon.

Tu veux dire qu’il y a là quelque chose d’intemporel...

Oui, pour moi, il y a un truc magique qui s’est passé. Je le dois évidemment à mes camarades  Cédric et Lionel mais aussi à Eric  et Daniel pour leur énergie  et  leur présence lors de cet encadrement.

C’est un groupe avec lequel tu veux continuer ?

Oui  bien sûr, mais dans un  avenir proche je vais d'abord me concentrer sur un  autre projet avec orgue Hammond, guitare et batterie. Il s'agit d'un tout nouveau groupe avec Lorenzo  Di  Maio et  le batteur  français  Thomas  Grimmonprez. On  est encore dans l'écriture  de la musique mais on  fait ça à trois, chacun amène des compos qu'on teste ensemble. Pour en revenir à mon trio, le premier disque n’est que le début de quelque chose. Je ne sais  pas encore exactement quelle direction je vais prendre pour la suite. Je pense que le groove sera toujours présent et les éléments qui  ont façonné le premier disque seront toujours là en toile de fond, mais j'ai envie d'explorer d'autres choses et d'autres facettes de mon jeu… Je dois prendre du  temps pour réfléchir et réécrire un nouveau répertoire.

Parallèlement à ton trio, tu participes à différents groupes. peux-tu faire un petit tour d’horizon de tes collaborations ?

En ce moment, j’enregistre le prochain disque d’une  chanteuse canadienne  qui  s’appelle  Kellylee Evans et qui  joue beaucoup en France et en Europe. C’est un disque produit par Eric Legnini. J’accompagne aussi la chanteuse Beverly Jo Scott, c’est un univers folk,  blues et rock.

Et elle sait chanter BJ, ça c’est sûr !

Oui, c’est une très chouette chanteuse avec une voix vraiment authentique. Je participe aussi au nouveau trio du  guitariste Maxime Blésin avec Matthias De Waele à la batterie. Et puis, j’accompagne occasionnellement des projets lorsqu’ils  ont besoin de moi, comme Bai Kamara Jr ou Laurent Doumont… J'aime aussi beaucoup jouer avec Chrystel Wautier qui m'appelle de temps en temps.

Pour revenir à l’orgue  Hammond, c’est  un instrument qui  a la couleur d’une certaine époque et en même temps qui  ne vieillit pas. comment le vis-tu ?

C’est un instrument qui fait partie des classiques qui  ne prennent pas une ride et que l’on  pourra toujours se réapproprier. Il y a une âme dans cet instrument. Le son est vivant.

Tu joues un vrai orgue Hammond b3 ou des sons d’imitation ?

La plupart du  temps,  je joue avec un  B3, mais pour mon dos je suis en train de réfléchir  à une solution plus légère. C’est un modèle portable, mais il pèse tout de même 140 kilos… C’est un enfer à déplacer. En fait, je suis  arrivé à l’orgue  parce que je jouais dans  le  groupe du   batteur  Santo Scinta avec le guitariste Marco Locurcio, le saxophoniste Hervé Letor et le bassiste Jacques Pili.  Santo avait vraiment envie de la couleur de l’Hammond  dans son groupe, mais à l’époque  je n’en  jouais pas. J’ai  essayé plein de claviers branchés sur des cabines Leslie pour me rapprocher le plus possible du son. Finalement, j’ai dû me rendre à l’évidence qu’il fallait le vrai ! J’ai mis des mois à le trouver. J’ai été le chercher en Autriche. C’était toute une histoire d’ailleurs...

Et puis ça s’entretient aussi…

Oui,  mais  ça  va, c’est  robuste  !  Et  puis avec ces  instruments,  s’il  y  a une panne, tu peux toujours tout réparer.  Ce qui  n’est plus forcément possible avec les claviers d’aujourd’hui. Pour moi,  c’était important d’avoir LE son ! Avant,  je jouais déjà un peu d’orgue  sur des claviers, mais en fait si tu n’as pas le bon  instrument, tu dois faire beaucoup plus d’efforts et le jeu n’est pas naturel. Le son des instruments d’époque te renvoie quelque chose qui  est très inspirant.

Tu aimes les textures sonores et tu es finalement plus devenu un claviériste qui a une palette de couleurs qu’un pianiste.

Oui,  j'aime  ça, mais j'essaie  d'être autant pianiste que claviériste. Les deux sont pour moi tout aussi importants et indissociables. D'ailleurs sur les quatorze pistes de l'album, je joue autant de piano que de claviers. Au-delà des deux pièces en piano solo, il y a six titres  au piano et six aux claviers. Pour le coup, ça n'était même pas volontaire, j'ai écrit les morceaux et je les ai presque tous testés dans plusieurs configurations jusqu'à définir  celle qui  me semblait la plus adéquate. C'est  vraiment un  hasard complet que j'en sois arrivé à cet "équilibre". Ceci dit, j’aime vraiment le son de ces instruments  vintages et le fait que leurs possibilités soient infinies. Pour le moment, je fais des essais avec des pédales d’effets pour détourner le son. Ce sera probablement une des nouvelles pistes pour mon prochain disque. J’essaie par ce biais d’ouvrir ma créativité et de susciter de nouvelles idées. Un groupe qui a cette  volonté de "dépoussiérer"  l’Hammond, et que j’adore, c’est  Martin, Medeski & Wood.  L’utilisation que John Medeski fait des  tirettes  harmoniques de l’instrument est sublime et originale. Il ouvre vraiment une brèche. Chris Wood prépare ses basses en plaçant des pinces en métal sur les cordes pour produire de nouveaux sons. Billy Martin  est aussi  très créatif.  Ce n’est  pas juste un  batteur. Il est également percussionniste.  Il utilise des accessoires  variés et amène de nouvelles couleurs. C’est  une démarche qui m’intéresse.

En jazz, le travail des textures n’était pas là dès les débuts. A part pour les grandes instrumentations,  on   joue  souvent  avec les mêmes textures. cette recherche vient plus de la culture rock et soul.

Oui,  peut-être, il est  vrai que dans le cas précis du trio piano, on est souvent dans une configuration assez classique avec contrebasse et batterie et du coup une orchestration relativement figée. C'était aussi une de mes réflexions dans l'écriture des morceaux et un choix d'essayer de me démarquer avec cette  formule plus "atypique". Le fait que j'évolue également sur la scène Pop-Rock a probablement dû m'influencer dans ce sens. Ceci dit, je crois qu’avoir  sa personnalité
à travers le son est aussi au cœur du  jazz. Développer un  son et un  timbre personnel, fait partie de l'esthétique du musicien. C’est peut-être moins évident pour le piano qui offre moins de latitude à ce niveau, même s’il y a le touché et la possibilité de le préparer mais j’essaie justement de poursuivre cette recherche avec mes instruments vintages…

On vous invite tous à venir écouter raf en trio avec tous ses joujoux !

Interview de Jean-Paul Estiévenart

Interview de Jean-Paul Estiévenart

Salut  Jean-Paul. Le  nouveau  groupe dont  beaucoup  de   musiciens  parlent pour le  moment, c’est  ton trio avec le contrebassiste samuel gerstmans et le batteur Antoine pierre. comment est-ce que ça se passe ?

On a sorti notre premier album, intitulé "Wanted", chez De Werf en septembre 2013 et on a fait quelques festivals et showcases: Mitra  Jazz à Liège,  la Journée des Lundis d’Hortense lors du Brussels Jazz Marathon, le Belgian Jazz Meeting et Propulse. Comme Antoine est parti étudier à New York, j’ai mis le trio un peu en stand-by, mais on donnera tout de même des concerts. On  jouera au Théâtre Marni le 27 novembre et on  fera la double tournée Jazz Tour  / JazzLab  Series en janvier et mars 2015. Sortir un  disque chez  De Werf et faire les deux tournées, c’était mon objectif de départ pour le trio.

Et musicalement, comment définirais-tu la voie que tu as trouvée là ?

Le  trio  c’est   vraiment  la  formule  dans laquelle je me sens le plus à l’aise  pour le moment. Au niveau du  son, ça me laisse beaucoup d’espace pour développer mes idées   harmoniques  et  rythmiques.  Sam et Antoine communiquent beaucoup d’informations dans leur jeu et cela me donne tout le temps plein d’idées. Il n’y a jamais un moment où  la musique retombe. C’est toujours intense.  Harmoniquement, j’ai  beaucoup de liberté. Je peux même à la limite changer des accords mineurs en majeurs et modifier ainsi les couleurs du  morceau, du moins quand la contrebasse ne joue que la fondamentale et pas les accords. J’aime par exemple changer la fin  des morceaux en jouant d’autres accords, comme des accords suspendus. En  trio, Sam est aussi plus libre. Il change les grilles et parfois les structures. C’est  plus facile à faire en trio car il y a moins de musiciens qui  interagissent.

Vous  travaillez plutôt sur des structures mouvantes ?

Il y a des parties fixes, mais la plupart des compositions sont assez ouvertes au niveau des improvisations. On peut tout casser, comme on peut rester sur une grille harmonique, ou rester sur un  accord au milieu de la grille. Si Sam décide de le faire, je le suivrai. Sam et Antoine  sont très intelligents musicalement. Ils réagissent   au quart de tour. Il y a une belle connivence entre nous et humainement on  s’entend  aussi  super bien.

J’ai l’impression qu’il y a une grande culture du trio avec piano et du trio avec saxophone, mais très peu du trio avec trompette.

En  effet,  mais il y avait par exemple dans les années 70 le trio de Charlie Haden avec Don  Cherry et  Ed  Blackwell. C’est  une de mes influences. Mais globalement j’ai plutôt comme références des trios avec saxophone ou des quartets avec saxophone, trompette et section rythmique comme celui d’Ornette Coleman. Justement dans ce quartet d’Ornette avec Don Cherry, le solo de trompette est en trio et je trouve le son incroyable. La trompette  est  deux, trois et parfois quatre octaves  plus haut que la contrebasse et cela donne beaucoup de contrastes. Le son est brillant et il y a beaucoup plus de distance  que dans un  trio avec saxophone ténor qui  lui  joue plus dans les graves. Le trio avec trompette  est  une formule difficile. Cela demande beaucoup de travail car la trompette peut parfois paraître séparée de la section rythmique.

Je trouve que votre trio est très ancré dans la tradition jazz mais en même temps très moderne dans le jeu. comment te positionnes-tu par rapport à ça ?

C’est  exactement  ce que je veux faire, un son acoustique  "jazz des années 50"  mais joué de manière plus libre et avec une sonorité plus actuelle.

Comment le trio est-il perçu par le public et les organisateurs ?  Moderne, traditionnel ou entre les deux ?

Cela dépend.  J’en ai discuté avec des programmateurs de musiques improvisées qui me disent que cela sonne trop traditionnel, et avec des programmateurs plutôt branchés jazz traditionnel qui  trouvent le projet trop difficile. Pour ma part,  c’est  une période de ma carrière comme ça. J’aime jouer en trio pour le moment. Je ne sais pas encore ce que je ferai après.

On te voit dans beaucoup de projets où les leaders t’appellent  en tant  que sideman pour jouer ceci ou cela. est-ce que le trio te permet de mieux trouver ta vraie identité ?

Oui, je le pense. En tout cas, je me sens plus à l’aise en trio.

Parlons justement des projets dans lesquels tu es sideman. Quel est l’horizon pour le moment ?

Je  fais  partie   de  beaucoup  de  groupes qui  jouent des musiques très différentes. J’aime  bien toucher un  peu à tout. Je joue de la musique Gnawa avec Marockin’ Brass. C’est un  univers que je ne connaissais pas avant  et c’est  un  peu mon point d’attache avec la "musique du  monde". Je joue aussi avec Comboio, un  projet plutôt orienté musique brésilienne et argentine avec Manu Comté et des  musiciens  de Soledad.  D’un autre côté, je joue aussi avec Manolo Cabras Quartet, Collapse, Teun Verbruggen 4tet qui font une musique plus ouverte. Je fais aussi partie  des sections  de cuivre de Mariana Tootsie Tribute to Etta James, Little Collin, Bai Kamara ou Lady Linn.  Je joue aussi pas  mal en grande formation :  MîkMâäk, Jazz Station Big Band, quelques remplacements avec le BJO…   J’en oublie sûrement. Je suis  très content car je participe à des groupes qui sont de mieux en mieux chaque année et qui ont de meilleures opportunités de concerts. Avant, je jouais souvent des concerts dans des cafés. Je crois aussi que c’est normal, je suis arrivé sur la scène très jeune et il fallait le temps que j’apprenne. Je pense que je commence à avoir un  niveau potable et assez solide.

Tu  es dur avec toi-même, tu as tout de même une belle réputation qui  te précède partout ! tu  es quelqu’un  d’extrêmement rigoureux, travailleur et très exigeant avec toi-même… comment le vis-tu ?

Je suis exigeant avec tout le monde. J’ai une idée assez claire de mes attentes, mais je ne dirai jamais à quelqu’un ce qu’il doit faire. Par exemple, un  batteur comme Antoine, je l’attends  depuis  10  ans. C’est  vraiment ce que j’avais en tête, mais personne ne jouait comme ça ici.  J’ai  des idées  claires sur ce que je veux depuis  longtemps, mais je ne savais  pas comment les développer. C’est vrai que je me remets en question continuellement. Maintenant, je prends des cours de trompette classique pour m’améliorer techniquement sur le son, la position, la projection…  et être à l’aise.  Les  musiciens classiques  le sont. En  orchestre, ils attendent parfois des heures sans jouer, mais quand ils doivent faire une note à froid, ça marche! En tant que jazzman, l’improvisation prend beaucoup d’énergie car il y a beaucoup d’idées et d’infos à gérer. Je pense qu’avoir la rigueur du  classique  et la folie du  jazz, c’est pas mal.

Tu  as une discipline de travail au quotidien?

Je pratique tous les jours depuis des années, mais ma routine de travail n’était pas assez efficace. Avec  tous les projets auxquels je participe, il y a un  moment où  c’était trop. Pour être en forme le soir, je devais travailler des heures pour être cool  et ça m’embêtait un  petit  peu.  Quand j’arrivais  le soir pour le concert, je n’étais pas fatigué physiquement mais bien intellectuellement. J’ai pris des cours classiques notamment pour avoir une méthode de travail moins longue mais qui  ait la même efficacité. Je travaille principalement l’air, la respiration et la musculation des lèvres qui  en découle. Je fais ça une heure tous les matins, puis je travaille quelques exercices techniques  et ensuite, je suis chaud pour le reste.

C’est vrai que la trompette a une spécificité physiologique. si tu ne joues pas pendant quelques jours tu le sens physiquement, ce qui  n’est pas le cas pour la plupart des autres instruments.

Oui, c’est vrai, mais je pense qu’il y a aussi un  souci dans l’apprentissage  de la trompette jazz. On focalise le musicien sur les impros, ce qui  est tout à fait normal, mais on laisse un peu de côté l’aspect technique. Pour moi,  le travail des lèvres et de la respiration est essentiel. C’est ce qui  permet un bon contrôle. En jazz, il faut toujours avoir un beau son bien rond. Mais au début à la trompette, tu as un  son de merde. C’est comme pour le violon  ou le violoncelle, ça prend du temps. Je crois qu’on ne force pas assez le travail technique quand on commence le jazz. Il y a beaucoup de trompettistes qui ne viennent pas du classique qui arrivent dans le jazz et qui jouent super, mais s’ils ne font pas attention  à leur base technique,  dans vingt  ans ils seront foutus physiquement. Si tu as une mauvaise position, cela va marcher, mais seulement pendant un temps. Si tu es mal placé, tu forces et à un  moment c’est l’instrument qui  gagne. Tu écrases de plus en plus l’embouchure sur tes lèvres et tu finis par perdre ton son. En  général, les musiciens classiques  qui  arrivent au jazz ont une meilleure technique d’embouchure et le travail principal est de les délier rythmiquement. Presque tous les trompettistes que tu vois jouer en section, ils viennent du classique.  Moi,  pour mon boulot, j’ai  aussi besoin d’avoir  cette force physique. Je ne suis  pas un  lead trompette comme Serge Plumme, loin  de là, mais quelquefois en studio,  je dois pouvoir aller chercher  des notes très aigües ou des pêches avec un son brillant.

Tu travailles aussi l’improvisation ?

Non, jamais. Je travaille d’abord la première méthode que mon grand-père m’a  donnée quand j’avais 6 ans. Il m’avait dit : "Quand tu pourras jouer ça complètement, c’est que tu seras un bon  trompettiste". Je suis toujours occupé à la bosser. C’est la méthode de cornet Arban  que l’on  enseigne à l’académie. Clifford Brown, freddie  Hubbard, Maynard fergusson ont tous travaillé ça. Tu n’as pas besoin d’aller chercher 1000 méthodes. Il y a tout là-dedans ! Et les idées, elles me viennent en écoutant de la musique ou en jouant avec d’autres musiciens. Je n’ai jamais vraiment travaillé des plans.

Tu fais partie des très rares jazzmen de ta génération à ne pas être du  tout passé par le conservatoire.

J’ai étudié avec mon grand-père, puis j’ai fait 10 ans de cursus classique à l’académie avec des musiciens de la Musique des Guides où mon oncle joue depuis 30 ans. Mon  parrain m’a aussi beaucoup appris, c’est un virtuose du  tuba. Il y avait aussi des cours de jazz à l’académie et j’allais y jeter un œil de temps en temps. Au tout début, les cours étaient donnés par franz  fiévet.  J’avais  15  ans et je brossais les cours d’histoire de musique classique  pour aller au cours de jazz. Un jour, il m’a dit de prendre ma trompette, c’était  encore une trompette classique  en ut, et de faire des solos en jouant ce qui me passait par la tête. J’ai essayé et il m’a dit que c’était  super. On ne m’avait  jamais dit
ça d’emblée. Le classique, c’est plus rigoureux. Si tu ne joues pas les accents comme ils sont écrits, on te dit que tu t’es trompé. Là on me dit : "C’est génial, tu devrais jouer cette musique". Je dis : "ok".  On me répond: "Ben, achète-toi une trompette en si bémol!" (rires)

…et c’est comme ça que ça a commencé…

Oui,  l’année  d’après,  je me suis  inscrit au cours de jazz à l’académie et c’est Fred Delplancq qui  enseignait. Fred a vraiment été mon premier guide pour le jazz. C’est  un mec de mon coin. Il m’a emmené aux jams dans les cafés à Mons puis dans les clubs
à Bruxelles, au Sounds, à l’Art-Ô-Base,  au Music Village… C’est là que j’ai vraiment appris. J’ai fait des jams sessions avec Stéphane  Belmondo, Linley Marthe… A l’époque, je ne savais rien. Fred me disait : "Vas-y", et moi j’y allais… Je ne le ferais plus maintenant ! (rires).

Toute la découverte de l’harmonie et de la théorie du  jazz, tu l’as aussi apprise sur le tas ?

Fred m’avait dit : "Il faut que tu apprennes l’harmonie". Je lui dis : "C’est quoi  l’harmonie ?". Il me dit : "C’est les accords, les gammes…".  Il m’a appris deux, trois bases et m’a dit : "Achète le Real Book.  Il y a plein de morceaux et tu vas apprendre des trucs". J’ai vu qu’à la première page du real book, il y avait tous les accords et j’ai étudié ça des soirs et des soirs dans ma chambre en rentrant de l’école. J’avais 16 ans et j’habitais encore chez mes parents. J’essayais des trucs avec la trompette, comme les différentes  couleurs harmoniques. Je travaillais tous les accords, et ceux que je ne comprenais pas, je demandais  à Fred de me les expliquer. Cela m’a pris du temps, mais je crois que j’ai une assez bonne oreille et c’est surtout ça qui  m’a aidé. Au tout début, quand j’improvisais, je pensais  : "Ah oui,  cette partie-là c’est  dièse,  celle-là bémol…".  Je jouais en gammes.  Les  accords  sont  venus  par  la suite petit à petit. Je me suis fait mes propres systèmes. Quand les gens me parlent de modes, je ne connais rien. Je travaille beaucoup à l’écoute. J’analyse par exemple les phrases d’autres musiciens, mais je ne suis  pas non  plus un  fan des retranscriptions.

Dans la grande histoire du  jazz, tout le monde a appris comme ça. c’est l’origine de l’enseignement du jazz.

Oui,  et cela devait être difficile à l’époque des vinyles.

Et pour en revenir à tes projets, tu comptes réenregistrer un album ?

Oui, mon idée de départ serait de refaire un album en trio et profiter qu’Antoine  soit  à New York pour y enregistrer. Les ingénieurs du  son  new-yorkais  me fascinent.  Ils ont une grande culture du jazz. A chaque fois, je fais mixer mes enregistrements là-bas et je trouve le son plus puissant, "In your  face" ! Je voudrais vraiment y enregistrer une fois. Ce sera  soit  en trio, soit  en quartet, je ne sais pas encore exactement. On verra.

On attend la suite. Une bonne tournée Jean-Paul !

Merci Manu.

Aux frontières du Jazz avec Philippe Laloy

Aux frontières du Jazz avec Philippe Laloy

Bonjour Philippe. "Aux frontières du jazz et des autres musiques", c’est  la première définition qui vient à l’esprit pour décrire ton univers musical ?

Oui, en effet. Cet univers  s’est  construit assez naturellement sans qu’il y ait eu une véritable réflexion de ma part. Au départ, j’ai eu la chance d’étudier la musique classique et puis, adolescent, j’ai écouté énormément de pop, de rock et de musique classique.  Très  peu  de  jazz  finalement  ! Je m’y  suis  intéressé par après parce que j’avais  envie de  développer mon jeu à  la flûte et au saxophone. Cela m’a semblé être la musique la plus appropriée pour pouvoir évoluer. C’est  une musique magnifique qui permet une grande expression et improvisation.  Cependant,  mon parcours fait que je ne me suis jamais senti complètement musicien de jazz. Et pourquoi pas, finalement... J’ai rapidement intégré et développé des  projets en bordure ou  en dehors du jazz. Par contre, l’improvisation  est restée une constante. Quand des musiciens  me demandent de jouer dans leur groupe, c’est notamment pour cet aspect d’improvisation dans d’autres formes musicales que le jazz. J’ai toujours adoré improviser sur des morceaux plus classiques ou des mélodies traditionnelles. On croit que c’est facile, mais ce n’est  pas toujours évident. Donc  oui,  je me retrouve assez bien dans ta définition, mais aussi  avec parfois l’envie  d’aller  vers un jazz plus ancré. Mais bon, dans le milieu on est parfois rapidement étiqueté. On sait que c’est plutôt ce genre de projets que je fais, alors qu’en fait je suis ouvert à des tonnes de choses.

Mais c’est vrai que tu t’es trouvé une identité et un son dans ce champ musical entre les musiques folk, classique, pop et jazz.

Oui,  c’est  ce dont je m’inspire,  probablement  inconsciemment d’ailleurs.   En   tout cas, je pense que je reste  avant  tout un improvisateur mélodiste. Je me rapproche fort de cette idée de la composition via l’improvisation. J’aime  essayer  qu’une  improvisation soit  intégrée dans un  morceau de musique. Je ne me suis  jamais senti  très proche du  canevas : thème,  longue improvisation et retour au thème. Cela dit, c’est une belle tradition dans le jazz et il y a des musiciens qui font ça formidablement bien, mais ce n’est  pas ce que je développe. Je préfère  essayer  d’intégrer  l’improvisation au morceau, qu’elle s’y glisse sans que l’on s’en  rende compte. C’est  d’ailleurs  ce qui ressort souvent  des réactions  que j’ai  des spectateurs lors des concerts.

Quels sont les projets qui  ont le plus marqué ton parcours ?

Ma rencontre  avec Marie-Sophie Talbot a été assez déterminante dans mon parcours musical. Avec le groupe Tangram, j’ai découvert la force du trio, sa spécificité. C’est tout à fait unique. J’ai énormément évolué avec le projet Tricycle aux côtés de Tuur Florizoone et Vincent  Noiret. En  14  années de collaboration, nous avons donné de nombreux concerts à l’étranger et en Belgique et enregistré 3 CD’s. Un quatrième CD est en préparation. Ce groupe est un  bel exemple de ce que j’aime dans la musique : une fidélité dans la durée et une envie de proposer quelque chose qui va au-delà du projet ponctuel. C’est assez agréable de pouvoir développer un projet sur la longueur. La musique de Tricycle est aussi un  peu inclassable. On joue d’ailleurs tous les trois dans des projets inclassables. La musique écrite  par Tuur, que je trouve magnifique, est  très  proche de mon mode d’expression. Ce sont des compositions aux formes peu conventionnelles. Les parties s’enchainent parfois de manière surprenante et les improvisations s’intègrent entre les parties écrites. J’adore ça. J’ai aussi beaucoup évolué aux côtés de Karim Baggili. J’ai eu la chance de jouer avec lui et Vincent Noiret dans un premier projet personnel qui s’appelait "Traces". Personne ne connaissait Karim à ce moment-là, il venait de commencer l’oud mais c’était déjà un  très bon  guitariste. C’était une musique entre le jazz et les musiques traditionnelles. Cela a bien fonctionné et c’était  vraiment le son que je voulais à l’époque : le luth, la contrebasse et le sax, une musique la plus épurée  possible.  Nous avions aussi  développé une collaboration avec un  groupe de musique ancienne basé en Flandre appelé Zefiro Torna. On a beaucoup tourné avec ce projet-là aussi. Suite à "Traces", Karim m’a demandé de jouer dans son propre groupe. Karim a des influences sociologiques très fortes de Jordanie et d’ex-Yougoslavie. C’était  un  projet de musique du  monde au sens strict.  Sa musique est naturellement un  mélange de plein d’influences.  Il était très intéressé par l’apport  du   jazz et de l’improvisation que je pouvais amener à sa musique. Il y a aussi ma collaboration avec l’accordéoniste Didier Laloy qui  a été assez déterminante sur les directions que j’ai prises. Je l’ai d’abord accompagné sur certains projets puis il m’a demandé de travailler sur son groupe "Didier Invite’s" avec toute une série d’invités. Cela m’a fait découvrir le milieu folk  et traditionnel et d’autres salles et lieux de spectacles. J’ai aussi eu l’occasion de jouer dans Panta Rhei, en remplacement de Steve Houben. C’était un  projet ancré  dans  les  musiques  traditionnelles mais avec de l’improvisation. C’était un très chouette challenge technique pour moi et la rencontre d’une "brochette" de musiciens vraiment extraordinaires. J’ai pris mon pied
à jouer avec eux.

Quand steve  Houben a créé  panta  rhei, c’était,  en belgique, une première grande rencontre organisée entre le milieu du  folk et celui du jazz. c’est quelque chose qui  t’a marqué? tu te reconnais dans cet héritage?

Oui,  tout à fait. Je crois que le fait d’avoir eu Steve comme professeur au Conservatoire et de l’avoir observé à l’extérieur, avec beaucoup d’admiration, dans ses différents projets, jazz ou  autres, a certainement eu une incidence sur la direction que j’ai prise. On  se dirige parfois comme ça. On  prend des  courants  sans  trop  savoir pourquoi. Cela nous convient et puis à un moment, on veut passer à autre chose. C’est  un  peu le cas, depuis 2-3 ans, j’ai envie de prendre de nouvelles directions.

Ce que tu as fait en montant ton nouveau projet "Kind of  pink" qui  emmène ton jeu vers d’autres  couleurs. d’après  ce que j’ai lu,  ce projet vient d’un  amour d’enfance pour pink floyd…

Oui, même si c’est une musique qui n’est pas vraiment celle de ma génération. Sauf peut-être "The Wall" qui est sorti en 1979. J’avais 10 ans.

On était  gamin, mais c’était  quand même marquant. Il y  avait toute cette imagerie autour de cet album, tout le monde était au courant…

Oui,  en effet, j’ai  dû  découvrir Pink   Floyd avec The  Wall  et  puis j’ai  fait un  pas en arrière et j’ai découvert d’autres albums. Je l’ai  fait en parallèle avec mon père qui  les a découverts  aussi  à ce moment-là. Etant plus âgé, ce n’était pas non  plus un  groupe de sa génération, mais on s’est réuni autour de  cette  musique. Lui  m’a  fait découvrir les albums plus anciens.  Il avait une belle écoute du  détail. Il me faisait  écouter les passages entre les morceaux. Je trouvais ça super beau. C’est une musique que j’ai toujours trouvée assez forte même si elle est très simple lorsqu’on l’analyse un petit peu. C’est d’ailleurs un débat intéressant de voir pourquoi une musique prend une dimension forte. Est-ce que c’est la complexité ? Ici, il me semble que c’est un  mélange de textes forts et de belles réflexions sur la sonorité. J’adorais cette musique et cela me titillait de voir si cela pouvait fonctionner de manière instrumentale et quelles étaient  les mélodies  qui   fonctionneraient  ou   pas. J’aime bien aussi l’idée de la reprise. Je trouve ça assez grisant de tirer autre chose d’une mélodie qui  a priori peut paraître  banale. Donc, ce projet était dans ma tête, et puis il se fait que mon père est décédé et cela a précipité la concrétisation de ce groupe avec lequel j’ai eu envie de lui rendre hommage. Ce disque, c’est donc aussi en quelque sorte une lettre à mon père. Je trouve ça assez agréable de se dire que l’on laisse une petite trace. Cela me permet à chaque concert d’être d’une certaine manière en contact avec lui. Au début, les concerts avaient  une dimension, que je ne qualifierais pas de funèbre, mais tout de même, il y avait une certaine lourdeur. Maintenant le temps passe et le projet évolue et prend une autre dimension. C’est  tant mieux, mais la présence de mon père est toujours là.

Comment  t’es-tu approprié et  comment as-tu voulu traiter cet univers musical ?

J’avais envie de rester moi-même en jouant cette musique et qu’il y ait une certaine surprise. Ce qui  était évident, c’est qu’il fallait quitter  les arrangements de départ. Avec mes complices Arne Van Dongen et Emmanuel Baily, les rares fois où on a voulu   tenir compte de quelques petits  arrangements d’origine, cela ne fonctionnait pas. Il fallait partir de rien, si ce n’est  éventuellement d’une grille d’accords. Souvent on apprenait la mélodie et puis on  jouait. J’ai aussi écrit pas mal d’arrangements que l’on a retransformés en répétition.

Un  peu à la manière de certains compositeurs classiques qui  se sont inspirés du folk, tu as conservé un petit matériau mélodique de base et retravaillé tout le reste ?

C’est  un  peu ça. Mais en ayant envie que ce matériau de base ne soit pas seulement un   prétexte  à exprimer notre musique. Il y a quand même l’envie  que la mélodie de départ soit là et qu’elle ait du  sens. Le plus beau compliment que j’ai  eu c’est  quand on  m’a dit que l’on reconnaissait ma petite patte  dans ce projet-là. Cela fait plaisir. Je n’avais  pas envie de m’entendre  dire qu’il faut aborder la partie "psyché" de Pink Floyd alors qu’elle ne me correspond pas, en tout cas en ce moment. Mais peut-être que dans quelques années je ferai les premiers albums de Pink  Floyd  de l’époque Syd  Barrett ! (rires).  Il faut rester juste et c’est  ce que l’on a essayé de faire ensemble.

En Belgique, le folk  était finalement un peu notre musique du monde à nous, elle a tendance à disparaître parce que l’on grandit plutôt avec de la musique classique, de la pop… ces  racines folks et cette  identité composée de pistes  multiples, c’est  quelque chose que tu as envie de faire passer au public ou au travers de l’enseignement ?

Peut-être,  mais je ne suis  pas sûr que ce soit  dans le but de redonner une nouvelle identité.  Ce que j’ai  surtout envie de faire passer, c’est  le goût pour l’ouverture  et le décloisonnement.  C’est  l’idée  que toutes les musiques ont quelque chose et que l’on peut les capter et les mélanger. C’est ce qui m’intéresse  et ce que j’ai  envie de donner comme goût aux futurs musiciens. Je dirais même musicien tout  court, car  je pense que l’on peut le devenir tout de suite ou du moins assez  rapidement.  C’est   d’ailleurs peut-être  ce que je reproche un  peu dans l’éducation du jazz. Je pense que l’on forme des individus qui  attendent peut-être trop avant  de se dire qu’ils  ont quelque chose à dire. Avec  mes élèves,  quelle que soit  la situation  musicale, une petite  audition ou même un  cours, j’essaie qu’ils s’impliquent tout de suite  et se donnent à fond pour exprimer quelque chose. J’ai déjà participé au jury  lors d’examens  d’académies  ou  du conservatoire, et  j’ai  moi-même  suivi des cours de piano en académie  avec Nathalie Loriers pendant quelques années, et j’ai toujours été un petit peu attristé par ce côté scolaire au moment de l’audition. C’est plus un moment de restitution de ce l’on a appris qu’un moment musical. C’est important de travailler et d’apprendre, mais lorsque l’on propose quelque chose musicalement, il ne faut pas se dire : "C’est dans deux ans que je ferai vraiment de la musique". Et c’est pour ça qu’avec  mes élèves  je cherche tout de suite  à développer des choses musicales. Pour revenir aux mélanges des influences, oui,  je crois que cela incite les musiciens à s’ouvrir et à ouvrir leurs oreilles à d’autres musiques. Tout peut fonctionner si l’intention et l’intensité sont là.

Avec les flûtes et les saxophones, tu es un souffleur qui  a une large palette sonore. Tu as commencé la musique directement avec ces deux instruments ?

Non, j’ai  commencé  avec la flûte  traversière dans une Académie classique. D’abord avec un  professeur  avec qui  cela ne passait  pas du  tout, et puis j’ai  eu la chance deux ans plus tard de tomber sur une perle rare, Pierre Coulon, qui  m’a vraiment donné le goût. Ensuite, j’ai commencé le saxophone alto vers 16-17 ans. Dans un  premier temps, j’ai  suivi quelques  cours,  mais  je l’ai  appris  principalement en autodidacte. Tu es d’ailleurs  bien placé pour savoir que ces deux instruments sont techniquement assez   proches.  Depuis  quelques   années, je redécouvre la flûte basse avec un  grand plaisir. C’est étonnamment le même instrument et le même positionnement des doigts mais le tuyau étant de taille double, le souffle est très différent. La sensation dans le corps est incroyable et le son est vraiment aussi  très agréable. En  concert, je me dis souvent : "Ah ! Un morceau à la flûte basse!". Le saxophone soprano est  arrivé aussi  un peu plus tard et je l’ai beaucoup utilisé dans Tricycle  et d’autres  projets. Dans  "Kind  of Pink", je reviens à l’alto.

Comment vis-tu cette multi-instrumentalité ? comme un  peintre et sa palette de couleurs ?

Comme  un   besoin  d’exprimer   physiquement la musique de différentes  manières. Le piano en est une autre. Je ne suis pas un technicien du  piano, mais la sensation que j’ai à en jouer est vraiment différente. Cela fait un  bien fou.  Il y a donc ce plaisir personnel qui est nécessaire. Régulièrement je me suis  dit : "Je laisse  tomber l’alto.  C’est fini.  Je me concentre sur le soprano". Mais finalement, j’y reviens quand même, parce qu’il y a une sorte d’appel de sonorités différentes. J’ai essayé le ténor, mais je ne sais pour quelle raison cela ne me convient pas. Quant au baryton cela me convient un  peu mieux, mais je n’ai pas creusé. Ces différentes sonorités, c’est aussi chouette en tant qu’auditeur.  Cela fait du  bien et je trouve que cela apporte plus de richesses.  C’est aussi une manière de diffuser la musique un petit peu différemment.

Merci à toi Philippe, et bonne tournée avec Kind of Pink !

L'Ame des Poètes 'Live @ Brussels Jazz Marathon

L'Ame des Poètes 'Live @ Brussels Jazz Marathon

Souvenir de notre journée dans le cadre du @BJM2014 Jazz Marathon. Merci à AirTVmusic pour cette vidéo !

Jazz#Forum 2014 - comptes rendus

Jazz#Forum 2014 - comptes rendus

Le 11 mars 2014 a eu lieu à Flagey le troisième Jazz#Forum, une journée de rencontre et de réflexion pour la scène jazz belge. Son but était d'échanger des informations, stimuler les contacts, débattre de sujets en profondeur et de réfléchir ensemble à l'avenir du jazz.Toute personne active sur la scène jazz belge était la bienvenue. Ce forum a rencontré un vif succés. Il a réuni de nombreux musiciens, programmateurs, journalistes, managers... Le programme comprenait des discussions, des conférences et des ateliers autour du thème "le développement de carrière du musicien de jazz" dont voici les comptes rendus :

- Introduction par Joost Fonteyne
- Débat : le développement de carriere du musicien de jazz
- Votre matériel promo et compétences en communication à la loupe
- Session pour les chercheurs d'or et autres types de financements
- Workshop : le jazz sur les réseaux sociaux et autres nouveaux médias
- Analyse du public
- Jazz Odyssee : Comment le jazz belge peut-il se positionner sur le marché international ?

Ce Jazz#Forum était organisé par Muziekcentrum Vlaanderen, Les Lundis d'Hortense, JazzLab series et Flagey en collaboration avec de nombreux collègues du secteur du jazz belge, Aubergine Artist Management, Inside jazz Management.

L'âme de Jean-Louis Rassinfosse

L'âme de Jean-Louis Rassinfosse

Bonjour Jean-Louis, tu nous reviens avec L'âme des Poètes, aux  côtés du  saxophoniste Pierre Vaiana et du guitariste Fabien degryse. c’est un groupe qui existe depuis déjà de  nombreuses années.

Oui, cela  fait déjà  vingt-deux années que l'on a commencé ce projet. Pouvoir tenir un groupe aussi longtemps, c'est une belle expérience, à la fois musicale et humaine.

Une telle longévité c’est plutôt rare en jazz où  les projets sont souvent plus ponctuels.

Dans notre petit pays, on a l'impression que l'évolution doit passer par le changement de groupes ou de musiciens parce que l'on se retrouve toujours devant le même public. C'est difficile de pouvoir présenter un  projet qui  existe  déjà depuis plusieurs  années. Par  exemple, souvent j’entends  des organisateurs dire  : "Oui, m'enfin, L'Âme des Poètes, c’est bon  on connaît, on a déjà  entendu". C'est vrai, mais à Oscar Peterson, sans vouloir  comparer, on ne  lui demandait pas de changer de concept chaque année. L'idée est quand même malgré tout de rencontrer d'autres publics avec le même projet. Quand  je tournais avec Chet Baker, on  jouait le même programme chaque soir dans des villes différentes. Les longues collaborations permettent de mieux se connaître et de faire
évoluer la musique.

Et en tant que groupe qui dure, comment faites-vous face à la volonté de renouveau des organisateurs ?

On propose évidemment à chaque fois un nouveau répertoire avec  une  nouvelle thématique et de nouvelles chansons mais au-delà du  concept de  base qui reste le même, reprendre des chansons françaises en jazz, il y a malgré tout l’idée de faire évoluer notre interaction. C’est vrai que les organisateurs et les journalistes ont tendance à chercher toujours la nouveauté ce qui pousse les musiciens à présenter toujours de nouveaux concepts. Le public, lui, aime à suivre les musiciens et leur évolution en tant qu’improvisateurs et interprètes.

Comment vivez-vous cette interaction ?

C'est un trio dans lequel nous sommes tous les trois solistes à part entière. Nous avons chacun un  rôle interchangeable. Il n'y a pas de leader, c'est un travail collectif. Au tout début du groupe, il arrivait qu'un de nous vienne avec son arrangement écrit pour le trio, mais cela  nous a vite déplu car on se sentait dépossédé. Depuis, nous avons toujours fait les arrangements ensemble. Lorsque que  l’on prépare un nouveau répertoire, on consacre habituellement un jour par morceau. On cherche d’abord un  groove et une tonalité qui nous conviennent à tous les trois et puis chacun apporte ses idées.

Cela aussi c’est assez rare en jazz où  il y a tout de même une culture du leader.

Au départ, en tant que contrebassiste, je suis plutôt un sideman. Comparé aux souffleurs, guitaristes, pianistes... il est en effet plus rare  que  les contre-bassistes aient leurs propres projets. Pourtant, cela me  semble évident que  l'on ait tous voix au  chapitre et que chacun soit égal. Parfois, je me retrouve dans des groupes dans lesquels j'ai moins de possibilités d'interaction  et du  coup cela me semble toujours un  peu bizarre parce que selon moi  le jazz c'est justement un  espace censé permettre à chacun d'avoir la même liberté. Par exemple, il y a des genres musicaux qui  m'intéressent  moins, comme des styles  plus funk, parce que le bassiste  y a un rôle plus convenu. Il est obligé  de jouer  un chouette riff en continu sinon la musique s'écroule. Il est tenu de  maintenir l'ossature  du  morceau. C’est  un  peu l’esclave des autres. Je  suis plus sensible aux  belles progressions harmoniques qu’aux musiques de transe.

A contrario, dans un groupe comme l'âme des Poètes, ton rôle de contrebassiste est autant harmonique, rythmique que mélodique.

Oui, tout comme Fabien et Pierre, j’ai un  rôle multifonctionnel. Pierre a peut-être moins de latitude, car c'est plus difficile d'avoir un rôle d'accompagnement au saxophone soprano, mais il y a toujours un trialogue, un contrepoint à trois et l'harmonie est déduite de nos voix.

Votre  démarche de reprendre des chansons françaises  est fort proche du processus de création des standards de  jazz  qui  sont nés de  reprises de chansons de broadway. et, plus récemment, des musiciens comme brad Mehldau ont puisé dans le répertoire pop-rock. tu penses que c'est un mouvement inhérent au jazz de devoir continuer à s'ouvrir au risque de rester prisonnier de standards qui ont peut-être fait leur âge ?

Il y a  deux  choses, des compositions de  jazzmen et des emprunts à toutes sortes de répertoires. On est dans un monde de  métissages, ce  qui offre encore beaucoup de possibilités de développement à la musique. Par exemple, l'harmonie a déjà  été fort développée dans la musique moderne du  20ème siècle. Debussy, Ravel et d’autres ont déjà été très loin   dans  la juxtaposition des  sons. Il reste des ouvertures  possibles au niveau rythmique, ce que certains groupes approfondissent par le biais des polyrythmies notamment. Il y a aussi encore beaucoup de choses à faire dans le métissage de différentes influences. Tu en es d'ailleurs un bon  exemple. Quant  aux  emprunts à  d’autres  répertoires, cela  a toujours fait partie  du  jazz.  Je  pense qu'un emprunt sert aussi à mettre son empreinte. Et pour moi, c'est ça l'essence du jazz.  Je ne suis d’ailleurs pas un compositeur effréné parce que ce qui m’intéresse le plus c’est la composition instantanée dans l'improvisation. J'ai en moi  cette faculté de composer instantanément  des mélodies sur tout ce que j'entends. Par exemple, je sifflote tout le temps dans la voiture, même sans m'en rendre compte. J'essaie toujours de réagir à ce que j'entends et de m’immiscer pour apporter une petite  création  sur quelque chose d'existant.

Et c’est  quelque chose dont le  public peut jouir, justement parce qu’il connaît la mélodie de départ, d'où l'intérêt de  reprendre des chansons et standards connus du public.

Exactement. Je me souviens d’ailleurs de réactions tout à fait incroyables de spectateurs à la suite de concerts de l'Âme des Poètes, comme par exemple : "C’est la première fois que je ressens quelque chose en écoutant du jazz".  C’est parce que  l'on utilise un matériau basé sur la mémoire collective, qui  parle parfois même de manière subliminale aux auditeurs. J’ai toujours trouvé intéressant de jouer des variations  et de  recomposer sur des thèmes existants. Cela permet de rester en contact avec l'émotion du public.

Quel sera votre prochain répertoire ?

Tout le monde nous attend toujours un  peu au tournant : "Vous avez déjà fait Brassens, Brel... Après 22 ans, qu'est-ce que  vous allez  encore bien  pouvoir trouver ?" (rires).  Lors  du  répertoire précédent on avait travaillé sur des chansons belges. Cela s'appelait : "Ceci n'est pas une  chanson belge", un peu en hommage à Magritte et au surréalisme.  Cette fois, on a voulu faire  un projet avec  un peu  de mise en scène et on s'est penché sur la fameuse interview qui existe entre Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré. C'est une interview mythique, car c'est la seule qui  les a réunis tous les trois. Il y a d’ailleurs une photo légendaire que tout le monde connaît qui a immortalisé ce moment. C’est une interview très intéressante, même si la manière dont ils répondent aux questions est parfois un peu datée et si certains propos ont parfois été taxés de misogynie, chacun répondant un  peu à l'emporte-pièce  tel qu’il  est. Par le biais de cette interview, cela  nous a intéressé de pouvoir  traiter les chansons de Brel et Brassens que  nous n’avions pas encore faites et d'aborder le répertoire de  Léo Ferré. On a  conçu un  spectacle dans lequel l’interview sert de  liant et nous répondons aux questions qui leur  ont été posées par  des chansons. Les réponses sont donc  musicales, soit par le titre des chansons soit par les paroles qui évoquent le thème de chaque question. On a fait poser ces questions, qui  sont parfois impertinentes ou  à double sens, par Gabrielle Stefanski dont la voix de velours bien connue sur la RTBF a été enregistrée en voix-off. La mise en scène est de Marie Vaiana. C'est un spectacle plus théâtral et il y a toute une partie visuelle qui  est assez chouette. On joue avec des émetteurs sur les instruments car on se déplace beaucoup sur scène. On a fait la création au Centre Culturel de Remicourt et on a déjà  joué le spectacle au Centre Culturel de Mouscron, entre autres. C'est un projet un peu plus lourd à monter, qui demande un peu  plus de logistique et des lieux avec  des infrastructures adaptées.  Bien sûr on  présente aussi  ce répertoire en "formule concert" selon ce que le lieu permet. C'est aussi un peu la difficulté quand on est jazzman, on est censé faire  du jazz,  or le théâtre ce n’est pas vraiment la même chose… Il faut trouver un juste milieu.

Ce côté théâtral, cela fait aussi partie de ta personnalité, dans les projets où tu en as l'occasion, tu prends volontiers la parole, tu aimes le verbe !

C'est vrai, j'aime les mots. C'est aussi ce qui me fait aimer l’Âme des Poètes. Nous reprenons des chansons, ce ne sont pas seulement des mélodies, mais aussi des paroles.

Relier l'instrumental au texte, c'est quelque chose que tu as toujours voulu développer ?

Non, je n’y ai pas spécialement réfléchi. C'est tout simplement ma  personnalité. Quand  j'avais 15 ans, je reprenais des chansons de Brassens à la guitare. Ce sont mes standards. C'est  quelque chose que j'ai  incorporé. Avec l'âge, je me rends compte que tous ces clivages, la volonté de mettre les choses que je fais dans des catégories différentes, sont un peu vains. Finalement, je fais simplement ce que je suis. Et cela se ressent de plus en plus, même dans mon rôle de sideman. J’ai une manière de jouer que je qualifierais de multi-artistique. Par exemple, je collabore avec  la  Framboise Frivole,  un  duo  musical  humoristique avec  lequel j'ai déjà  co-écrit trois spectacles. Cela  m’intéresse  d'utiliser  et développer ce goût du mot et cette facette humoristique que j'ai en  moi.  Précédemment, j'avais monté un spectacle intitulé "Le Reliquaire des Braves", basé sur les chansons de la guerre 14-18. Déjà à cette  époque, on  me taxait un  peu d'éclectisme parce que je jouais différents styles dans différents projets : du ragtime, des chansons françaises, du jazz moderne, du  dixieland... J'ai toujours eu un  peu du  mal à me mettre dans une seule catégorie.

D’où vient cet éclectisme ?

Des rencontres ! J'aime  bien  les gens et quand je trouve que  cela  se passe bien  avec  certaines personnes, j'aime bien rester avec elles et voir  un  peu ce qui  se passe. C'est ce qui  me plaît aussi dans ce métier, rencontrer des gens de toutes différences. Je pourrais citer par exemple ma rencontre avec le pianiste Jean-Philippe  Collard-Neven avec  qui  je collabore depuis 10 ans. Il m'a emmené sur un terrain  plus classique et parfois même contemporain et je l’ai amené au jazz. Cela m’intéresse d’interagir avec des univers musicaux différents du  mien. Par ailleurs, avec  ce  duo,  nous  avons développé différents projets connexes, comme une collaboration avec le quatuor Debussy ou plus récemment un  trio avec  le célèbre chanteur José Van Dam, dont tout le monde connaît la voix fantastique. On a monté un répertoire autour des chansons de Carlos Gardel que José avait envie  de  chanter depuis longtemps. On vient d’enregistrer un disque qui sortira en automne. C'est un projet qui me tient très à cœur. Quand j’avais 20 ans, les musiciens parisiens Marc Richard et Philippe  Baudouin m’ont  fait découvrir Carlos Gardel ainsi que  d’autres artistes comme Farid  el-Atrache, le joueur de oud libanais. Ce côté ethnique m'intéressait déjà à l'époque et revenir à Carlos Gardel me touche au plus haut point.

Quels sont les autres musiciens avec lesquels tu collabores ?

Je collabore toujours avec plusieurs  musiciens en Allemagne,  dont  le pianiste  Klaus  Ignatzek  avec qui  je travaille depuis 25  ans. On a déjà enregistré près d’une trentaine de CD’s ensemble, qui  ne sont d'ailleurs pas toujours distribués ici. Je  joue  aussi toujours avec  le trompettiste américain Claudio Roditi que  j’ai rencontré avec  Chet Baker  en  1982. On se connaît depuis longtemps et chaque année on fait une  tournée ensemble. On a déjà  enregistré 7-8 disques en trio avec  Klaus. En automne, on sortira un nouveau CD d’un concert que  l'on a donné en Autriche l'année dernière. En Belgique, je participe aussi  au projet WRAP  aux côtés  d’Alain  Pierre et Barbara  Wiernik, avec lequel on  vient d’enregistrer un  chouette CD. Comme l’Âme  des Poètes, c’est à nouveau un trio sans batterie, mais avec une instrumentation et une alchimie complètement différentes. C’est également un projet qui me permet d’aborder d’autres genres musicaux, la guitare 12  cordes d’Alain amène une touche un peu plus folk.  C’est un autre son que le jazz pur  et dur.

On te voit  aussi fréquemment avec des groupes multigénérationnels…

C’est vrai, j'aime le mélange des générations et personnellement c'est comme ça que  j'ai commencé la musique. J'ai été incorporé dans des groupes grâce à des musiciens plus âgés que  moi. Quand  on commençait la musique à l'époque, il était fréquent d’entendre : "Oh,  on  connaît un  petit jeune qui  a pris la basse, on va l'essayer !".
C’est comme ça que s’est passée ta rencontre avec chet baker avec qui, aux côtés de Philip  catherine, tu en  enregistré un disque en  trio que  l’on connaît tous ?
Pour  cet enregistrement, j'avais déjà  une  trentaine d'années. Mais c’est vrai que quand j'ai  rencontré Chet, je n'avais que  24 ans et je jouais de  la basse depuis seulement 4 ans. Mais avant ça des musiciens belges m’avaient déjà  accepté, je pense à Pol Closset, Léon Demol, Janot Morales, Richard Rousselet, Sadi… des gens qui étaient dans la place et qui ont donné leur chance à des jeunes musiciens et je participe à de nombreux projets de ce type. Il y a entre autres notre quintet avec Jean-Paul Estiévenart, Cédric Raymond et Bilou  Doneux. Un jeune musicien avec lequel j’aime aussi beaucoup jouer c’est le violoniste Alexandre Cavalière. C’est un musicien que je trouve très attachant, notamment par son incroyable capacité d’improvisateur. Il a la capacité d’improviser des dizaines de minutes en se renouvelant sans cesse. C’est vraiment un flot continu. Nous jouons ensemble au sein de son quintet et précédemment j’avais monté un trio avec  lui et le violoniste Renaud Crols. Je  suis toujours intéressé de  rencontrer des musiciens qui  sont des improvisateurs prolixes, et de  toutes les générations. J’ai  toujours aimé  jouer avec de jeunes musiciens, avec Eric Legnini et Stéphane  Galland quand  ils ont débuté,  avec Fabrice Alleman... Mais l’âge n’a pas vraiment d’importance, ce sont les personnes et la musique qu’ils  produisent qui m’interpelle. Récemment, j’ai rejoué avec le saxophoniste Bob  Mover, que j’avais déjà rencontré avec Chet Baker il y a trente ans. C’est un  improvisateur qui a quelque chose à dire tout comme Steve Houben qui  a lui aussi une personnalité et une voix propre. Sans parler de John Ruocco, qui  est mon vieux camarade depuis longtemps et un  des musiciens que je respecte le plus. Ils ont tous cette capacité à tenir le public en haleine par leur discours.

C’est fondamental pour  toi,  toutes ces relations intergénérationnelles qui  se créent dans et en dehors du cursus scolaire ?

Oui, c’est  par  ces échanges que  tout un  savoir se transmet  de génération en génération. Je pense qu’on oublie parfois que  le jazz est une  musique de tradition orale. C’est vrai qu’aujourd’hui, notamment avec les conservatoires, l’apprentissage est plus structuré et livresque, mais fondamentalement cela reste une relation de maître à élève. L’élève observe le jeu du  maître, essaie de le reproduire et puis d’y apporter sa touche. Dave Holland résumait ces trois stades de l’évolution du musicien en trois mots : imitation,  intégration, innovation. C’est  un  processus que l’on  ne peut faire qu’en  se frottant à d’autres musiciens plus expérimentés. Et puis, l’âge arrivant, du petit jeune qui promet, on passe sans s’en rendre compte de l’autre côté et on se retrouve dans le rôle du passeur. Et, je crois qu’effectivement, il y a une sorte d’expérience  que je peux transmettre,  un  certain sens de la pulsation rythmique notamment. Selon les affinités, je développe évidemment des relations plus privilégiées que d’autres. Hier par exemple, j’ai joué avec le jeune batteur Armando Luongo, on  est de générations différentes mais pourtant je me suis dit que l’on était sur la même longueur d’onde. Quand je joue  avec  Cédric  Raymond lorsqu’il est au piano, c’est aussi très évident. En plus du piano, il a l’avantage de jouer  fantastiquement de la contrebasse et lorsque l’on joue,  il sait très bien  de  quoi  on parle. C’est quelqu’un que  j’ai d’abord connu comme élève au  stage Jazz au  Vert et puis au  Conservatoire. Je l’ai vu évoluer toutes ces années et la relation entre nous a été clairement plus de maître à élève que de simple professeur à étudiant. Cette  transmission du  savoir, c’est un  peu comme un  400  mètres. Il y a un  peu un  passage de témoin. Il y en a un  qui  court plus vite que l’autre, mais cela n’a pas d’importance car on  va de toute façon vers le même but. J’aime ces rencontres intergénérationnelles et de manière générale, je me sens proche de n’importe quel musicien qui joue sérieusement notre musique.

Au-delà  de  l’enseignement  et d’une  vie  artistique bien  remplie, tu restes aussi très actif dans l’associatif…

Oui,  cela   fait un  peu  partie  de  cette  "école" des années 70.  Je crois en la collectivité. J’aime  bien que les gens se réunissent autour d’un projet. J’aime l’associatif  et les collaborations de longue durée. Je  ne me vois pas faire  mon  petit combat tout seul dans mon coin en essayant de m’en sortir moi-même et en me foutant du reste. J’aime bien qu’il y ait une dimension sociale dans ce que je fais.

Ce qui est dans la logique du jazz qui est une musique d’échanges.

Tout à fait, le jazz est une musique collective dans laquelle chacun a voix au  chapitre. Dans le jazz,  la somme des composants dépasse le simple résultat d’une  addition mathématique.  Cinq  musiciens ensemble cela  donne quelque chose de plus solide. C’est aussi ce qui m’intéresse dans la collectivité. Je pense aussi que le rôle de l’artiste dans la société est une chose sur laquelle on doit réfléchir toute sa vie. Quand on  est jeune musicien, on  essaie avant tout de s’en sortir, de prouver des choses, de trouver sa place et de la préserver. Mais il est aussi nécessaire de réfléchir à sa fonction d’artiste dans la société et de trouver au sein de sa propre personnalité un équilibre entre l’obéissance et la rébellion.

Et c’est un équilibre qui change au fil des années ?

Oui,  certains sont toujours rebelles à travers  tout. Ils veulent seulement  se consacrer  à leur  art sans faire aucun compromis. Mais on peut être aussi dans l’acceptation des choses auxquelles on ne peut rien changer. Par  exemple, il est inutile de  se rebeller contre la suite des harmoniques. C’est  une  réalité physique de la nature, une juxtaposition de certains sons qui ont un certain équilibre ou déséquilibre. On peut par contre se rebeller contre les choses sur lesquelles on peut influer, comme l’obligation de suivre certaines lois ou le fait de ne pas prendre de risques. La créativité permet pas mal de rébellion tout en
étant quelque part obéissant.

C’est une façon positive de vivre cette dualité…

Oui, et je pense que  l’on arrive  plus loin en  n’étant pas complètement rebelle. C’est la différence entre la rébellion et l’anarchie. Chacun doit à son niveau trouver son rôle politique et s’insérer  dans cette société,  qui  est tout de même assez particulière pour l’instant quand on  voit la montée de l’égoïsme et de la désolidarisation. L’individu est devenu le centre de  tout et il est difficile  de  trouver sa place dans ce schéma sans en être complice. Parfois, il y a des choses que l’on doit subir. Les subir, c’est déjà pas mal. Ce qu’il ne faut pas faire, c’est les amplifier. Je n’ai pas envie d’accentuer les déséquilibres de  la société autour de  moi. Je  n’aimerais pas être banquier maintenant. Je trouve que mon métier de musicien me convient mieux que celui de trader. Je n’ai pas envie de mener le monde à sa perte. J’ai plutôt envie  de  l’emmener vers quelque chose de  plus serein  et la musique est un  moyen que j’ai  trouvé pour inscrire ma vie dans l’univers.

Jazz Station Big Band – 7 Over Rock

Jazz Station Big Band – 7 Over Rock

Créé à l’initative de Michel Paré, l’idée de Jazz station big band était de donner l’opportunité à ses membres de composer pour des groupes de plus de 3 ou 4 musiciens.

Depuis octobre 2006, c’est principalement Piet Verbist, Vincent Brijs, Fred Delplancq et Michel Paré qui ont composé les œuvres jouées.

On dénombre 14 musiciens dans la bande avec deux saxophones alto (Vincent Brijs et Stéphane Mercier qui est aussi à la flûte), deux saxophones (Steven Delannoye et Daniel Stokart qui est aussi à la flûte) un piano (Vincent Bruyninckx), une trombone basse (Bart De Lausnay), deux trombones (David De Vrieze et Edouard Wallyn), une guitare (François Decamps), une batterie (Herman Pardon), une contrebasse (Piet Verbist) et trois trompettes (Jean-Paul Estiévenart, Michel Paré et Olivier Bodson qui est aussi au bugle).

Le répertoire présenté par l’orchestre lors de sa tournée au Jazz Tour, au mois d’avril 2014, est un projet en hommage au grand pianiste américain Thelonious Monk.  Le concert au Théâtre Marni est le dernier de leur tournée. (Jeudi 24/04/2014 à 20h au Théâtre Marni)

Assemblée générale 2015

Assemblée générale 2015

Notre Assemblée Générale se déroulera le lundi 16 mars 2015 à 19h30 à la Jazz Station.

Ce sera pour nous l'occasion de faire le point sur nos activités, nos interrogations et nos projets.
Nous vous invitons à venir vous y exprimer et à nourrir nos débats de vos idées, critiques, et propositions.

Vous le savez, Les Lundis d'Hortense asbl ne ménage pas ses efforts depuis plus de 38 ans pour la promotion du jazz en Belgique. Malgré un contexte difficile, nous continuons à mettre sur scène un maximum de musiciens avec plus de 100 concerts en 2014 à travers nos activités Jazz Tour, Midis Jazz, Gare au Jazz et lors du podium Grand Place le dimanche du Brussels Jazz Marathon. Sans oublier notre stage « Jazz au Vert » qui bat son plein.

Nous défendons aussi le jazz par une présence active auprès de différentes institutions culturelles comme la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Sabam et PlayRight. L'année 2014 voit aussi la continuation d'une belle collaboration avec les acteurs jazz du nord du pays : tournées communes entre les JazzLab Series et le Jazz Tour, la participation à l'organisation du "Jazz#Forum 2014" en mars et au prochain Belgian Jazz Meeting qui aura lieu en septembre 2015.

Le 30 avril, nous avons aussi monté un big band pour célébrer la Journée Internationale du jazz (Unesco) à travers une série de concerts surprises dans différents lieux publics bruxellois pour amener le jazz vers le grand public.

Nous n'avons pas faibli du côté de l'information avec des newsletters régulières, notre journal trimestriel «le Jazz d'Hortense », l'incontournable site  www.jazzinbelgium.com, et notre site, www.leslundisdhortense.be, consacré aux activités spécifiques et aux prises de position de l'association.

Au travers de dizaines de réunions par an et un nombre incalculable d'échanges par email, toute cette belle énergie est mise en œuvre avec enthousiasme par les membres du Conseil d'administration, musiciens pour la plupart, et nos 3 permanents, Katy, Laurent et Dana, qui coordonnent toutes les activités.

Pour s'alimenter, ce dynamisme et cet enthousiasme ont besoin de vos encouragements, notamment par votre présence à l'Assemblé générale, vous les membres de l'association, mais également les spectateurs, les musiciens, les organisateurs, tous ceux qui se sentent concernés de près ou de loin par nos activités et nos objectifs. L'Assemblée générale est pour nous un moment clé dans la vie de l'association: nous faisons le bilan d'une année de travail et nous sommes avides de connaître votre appréciation, vos critiques, vos idées et suggestions.

Cette AG sera constitutive. Tous  les 2 ans, l'Assemblée Générale des Lundis d'Hortense élit un nouveau Conseil  d'Administration. C'est le cas cette année. Les administrateurs de l'association sont traditionnellement, mais pas exclusivement, des musiciens de jazz. Ils doivent surtout être concernés par le monde du jazz et les activités des Lundis d'Hortense, être membre depuis 2 ans minimum et motivés pour s'impliquer dans la vie de  l'association.

Attention, seuls les membres en règle de cotisation au 16/03/2015 auront le droit de voter. Si votre cotisation arrive à échéance, il suffit de verser la somme de 15 € sur notre compte Iban BE23 0680 7040 9091, avec la mention « cotisation », pour la reconduire.

Pour rendre la rencontre plus conviviale, à l'issue de l'Assemblée, nous vous invitons à partager 1 verre de l'amitié.

Infos pratiques :
Lundi 16 mars 2015 à 19h30 à la Jazz Station - Chaussée de Louvain 193a-195 - 1210 Bruxelles (entrée par la rue Wauwermans, 1).

A l'ordre du jour :
- Rapports moral et financier
- Vote : approbation des comptes
- Projets et perspectives
- Décharge du Conseil d'administration sortant
- Vote : élection d'un nouveau Conseil d'administration
- Interventions des membres
- Verre de l'amitié

Au plaisir de vous y rencontrer !

Le CA des Lundis d'Hortense : Eve Beuvens, Linda Lores Blanes, Henri Courtois (trésorier), Jean Demannez, Alain Deval, Jean-Paul Estiévenart, Tuur Florizoone, Bruno Grollet, Manuel Hermia, Nicolas Kummert, Daniele Martini, Alain Pierre (président), Jean-Louis Rassinfosse, Etienne Richard, Christine Rygaert, François Vaiana et Barbara Wiernik.

Jazz#Forum 2014, le rendez-vous!

Jazz#Forum 2014, le rendez-vous!

JAZZ#FORUM 2014 ! LE MARDI 11 MARS

Le Jazz#Forum est une occasion pour les professionnels du jazz belge - musiciens, agents, managers, organisateurs, journalistes, professionnels du jazz - de se rencontrer et se concerter. Il a pour but d'échanger des informations, stimuler les contacts, débattre de sujets en profondeur et de réfléchir ensemble à l'avenir du jazz.

Vous trouverez ici le programme. Programme plus détaillé ici.

QUAND ? le mardi 11 mars 2014 de 10h à 17h
Où ? à Flagey, Place Sainte Croix, 1050 Bruxelles
PRIX : 10€ pour toute la journée (5€ pour les étudiants) / 15€ pour le Jazz#Forum et le concert de Steven Delannoye New York Trio featuring Jozef Dumoulin.

VOTRE INSCRIPTION – avant le vendredi 28/02 – est nécessaire pour une raison logistique et le catering. Cliquez ici pour le formulaire d'inscription.

Pour que le Jazz#Forum corresponde autant que possible à la réalité du secteur du jazz, nous vous invitons à y participer activement. Vous pouvez envoyer vos questions, suggestions, dossier, à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. concernant les points suivants :

  • Questions / sujets que vous souhaitez voir abordés pendant le débat sur le thème "Musicien, entrepreneur artistique" (animé par Didier Wijnants).
  • Un workshop analysera les cinq premiers dossiers promotionnels reçus. Musiciens, envoyez-nous votre matériel promotionnel (biographie, CV, texte de présentation, dossier de presse, disque, site internet...)
  • Rem : workshop en français. Le même workshop aura lieu en parallèle en néerlandais.
  • Etes-vous à l'origine d'une initiative qui peut rencontrer l'intérêt de l'ensemble du secteur du jazz belge ? Envoyez-nous votre proposition et venez présenter votre projet à l'occasion du Jazz#Forum pendant 5 à 10 minutes maximum.

Merci de transmettre cette invitation à toute personne qui pourrait être intéressée. Nous nous réjouissons de vous y rencontrer !

L'équipe du Jazz#Forum
Partenaires : Les Lundis d'Hortense, JazzLab series, Muziekcentrum Vlaanderen, Flagey
en collaboration avec de nombreux collègues du secteur du jazz belge, Aubergine Artist Management, Inside jazz Management

Interview de Steven Delannoye

Interview de Steven Delannoye

Salut Steven, en février et mars tu feras la double  tournée Jazz tour  des Lundis d’Hortense / JazzLab series avec ton New York Trio & Frank Vaganée. Peux-tu nous raconter l’histoire de ce projet ?

J’ai rencontré Desmond White (contrebasse) et Jesse Simpson (batterie) à la Manhattan School of Music de New York lorsque j’y ai suivi une  année de cours. On s’entendait  bien  et on  a  beaucoup joué ensemble. Il y a trois ans, lorsque que  je suis rentré en  Belgique, je les ai fait venir  pour  une  petite tournée avec  Frank  Vaganée  en  invité. A la  base, le projet, c’est Steven Delannoye New  York  Trio & invité, mais c’était tellement bien  avec  Frank  que l’on a continué à jouer  avec  lui ces trois dernières années. Lors de notre première tournée, on a sorti un disque enregistré live intitulé "Uptown". L’année suivante, pour notre deuxième tournée, on a sorti un nouveau CD, "Small World", sans Frank cette fois, parce que je voulais me concentrer sur le trio. Notre troisième disque, enregistré à nouveau avec Frank, sortira chez De Werf début février à l’occasion de la double tournée Jazz Tour / JazzLab. Pour moi,  cela a vraiment beaucoup de sens de faire  venir ce trio en Belgique. On avait déjà une petite  histoire en tant que groupe à New York  et je rencontre rarement des musiciens qui  jouent comme eux ici. Ils ont un super son et ils sont à la fois ouverts et 'groovy'. Je les adore musicalement et humainement. Et le fait qu’ils  viennent de New York,  c’est une petite  touche d’exotisme  en plus qui  aide pour trouver des concerts (rires). Depuis trois ans, le projet évolue et c’est d’autant plus chouette que  Jesse et Desmond se sentent de en plus à l’aise ici car ils ont rencontré de nombreux musiciens. Jesse profite souvent des jours de relâche de la tournée pour faire des sessions avec d’autres musiciens. Quant à Desmond, il va à Berlin où il connaît bien la scène jazz.

De quoi s’inspire la musique que  vous jouez en trio avec Frank ?

Lors de la première tournée, on jouait principalement des standards  de  jazz  avec   une  ou  deux compositions à moi.  On jouait très swing, mais en expérimentant avec  des structures ouvertes. Pour la dernière tournée, j’ai écrit tout un répertoire pour le  groupe.  Globalement,  notre  musique  vient du jazz, du swing et de l’improvisation, mais dans notre dernier enregistrement il y a aussi une couleur ECM. On a quelques compositions avec des introductions libres sur des pédales et cela  change la perspective musicale du groupe. La musique devient de plus en plus personnelle. Dans les autres groupes auxquels je  participe, j’ai  toujours besoin d’apporter  un  ou deux titres au répertoire pour me sentir plus à l’aise et en phase avec moi-même.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’inviter Frank Vaganée qui comme toi joue du saxophone ?

A la base, je ne voulais pas d’un instrument harmonique. Quant à Frank, je me sens très proche de lui, on  se connaît bien humainement et musicalement. Je connais son jeu et lui m’a donné cours. On a une bonne complicité. Et avec  lui, il n’y a pas d’entourloupe, quand il dit qu’il sera là tu peux  compter sur lui avec  tout son feu ! Maintenant, j’ai toujours l’envie de jouer avec d’autres invités. Prochainement on fera  d’ailleurs une  date avec  Jozef Dumoulin. L’apport d’un  instrument harmonique sera  un  nouvel équilibre à trouver pour le groupe.

Tu as reçu une  bourse pour  étudier à new York à la Manhattan school of Music. comment s’est passée ton année là-bas ? Est-ce que  cela a changé ton parcours musical ?

J’ai  reçu une bourse de la B.A.E.F.  (Belgian American  Education Foundation)  qui  couvrait tous les frais d’inscription, de  location et de  séjour. Je  leur en suis très reconnaissant. Le pianiste Bram  De Looze  et le  batteur Lander  Gyselinck ont  obtenu cette bourse l’année passée, et avant moi il y a eu le saxophoniste Robin Verheyen et le guitariste Frederik  Leroux. Cette année m’a permis d’expérimenter et de  grandir. Je  vais plus de  l’avant et je gère mieux mon parcours professionnel. Au niveau de ma formation musicale, cela  a rempli quelques vides, notamment en ce qui concerne la connaissance du répertoire des standards de jazz et la façon de jouer le  groove.  Là-bas,  c’est grave  comment les musiciens jouent le swing, le funk, le hip hop... Même les amateurs ont un bon groove. C’est un aspect que l’on néglige un peu chez nous. On est parfois trop centré sur l’harmonie et l’aspect cérébral de la musique. Il y a ce cliché des noirs qui ont plus de groove que les blancs, ou encore dans les années 50, le jazz inspiré du blues des noirs et le jazz cool des blancs... C’est un cliché, mais qui  ne vient sans doute pas de nulle part, même si  personnellement je préfère ne pas trop généraliser. Ma formation musicale en Belgique était bonne. Elle était plutôt libre, ce qui  est cool. La Belgique  a produit des musiciens comme Philip Catherine, Bert Joris, Dré Pallemaerts… ce sont des musiciens qui se sont développés librement. Mais à New York, je cherchais justement un peu plus d’efficacité. Je voulais savoir comment certains aspects musicaux fonctionnent. J’ai suivi de supers cours de piano, écrit  de la musique et travaillé mon instrument deux heures par jour, ce que je ne faisais plus en Belgique car j’avais trop de concerts. Il fallait que je prenne le temps pour ça. Depuis que je suis revenu de New York, je suis beaucoup plus à l’aise. J’enseigne  deux  jours par  semaine dans le DKO (Deeltijds Kunstonderwijs). Cela me donne une  bonne base financière et je peux me concentrer uniquement sur les projets qui me tiennent à cœur.  Aujourd’hui, je suis content de mon  agenda.  Aller à New York m’a permis de patienter un peu au niveau professionnel et maintenant j’en récolte les bénéfices.

Aujourd’hui, en tant que saxophoniste, ce n’est pas évident de se construire une identité dans le jazz. quel est ton processus de recherche par  rapport à cela ?

Pour moi, il y a deux  aspects : la technique avec  les gammes, le son…  et l’inspiration  avec  les influences et les musiques que tu écoutes. Je m’entraîne techniquement, mais uniquement avec des exercices que j’aime. Je travaille aussi la flûte et la clarinette basse que j’adore.  Certains  exercices que je pratique me donnent parfois des idées pour  mes compositions. Au niveau des influences, quand je suis dans une  période d’écoute  concentrée, s’il  y a  un  saxophoniste qui  m’inspire,  je  n’écoute  que ça  pendant deux  mois. J’intègre  par  l’écoute.  Je ne  retranscris  pas. Certains  ont besoin de  jouer, moi  quand  j’écoute  intensivement,  ça   imprègne mon  jeu.  C’est  un  processus qui  peut paraître  un peu  paresseux.  (rires)  Ces cinq  dernières  années, j’ai dû écouter comme ça  une  dizaine de  saxophonistes  ou  pianistes  comme Craig  Taborn.  J’ai  eu une  période Mark Turner  et en l’écoutant, j’en suis naturellement venu à ses influences : Warne Marsh, Lee  Konitz…  J’ai  aussi  eu  une  période Joe  Lovano qui  renvoie à toute la tradition bebop mais aborde aussi les superstructures, le jeu "out"… Ce sont des matières que j’ai pratiquées lors de cours avec Dave Liebman  qui  est de  la  même génération que  Joe Lovano et John Ruocco. Il y a aussi une  parenté au niveau du son, avec le luthier François Louis qui fait leurs anches… Ils jouent des standards dans la tradition swing mais avec une approche très ouverte. Pour le moment, j’adore Tony Malaby et Ellery Eskelin.  J’ai  vu  un  concert d’Ellery  avec son Trio  New York au Singer à Rijkevorsel début novembre et ça m’a  complétement inspiré. C’est  pour ça que pour le moment je joue sur l’ancien  sax de Toine  Thys. Entendre Ellery, ça m’a donné envie d’avoir un vieux saxophone à côté de mon Mark VI qui a un son très clair et avec lequel je fais mes concerts. Ça me permet de  changer d’instrument  quand j’en  ai marre. Ils se  rafraichissent  et se complètent mutuellement. Donc voilà, mon inspiration est très  ouverte et basée sur l’écoute. Je n’ai pas un  apprentissage avec des  points bien définis que je travaille sur une période donnée. C’est à l‘inverse de musiciens comme Mark Turner qui  ont un  apprentissage très structuré et intense. Cependant, depuis mon année à New York,  ma méthode de travail est beaucoup plus claire et organisée. A la Manhattan School of Music, l’enseignement est tellement structuré que cela m’a  influencé. Là-bas,  tu as des devoirs bien précis chaque semaine. C’est presque inimaginable dans les Conservatoires belges. Je pense que l’enseignement pourrait y être plus structuré. Le jazz ce n’est pas qu’improviser, cela s’apprend aussi. Mon enseignement  en Belgique était  très créatif,  mais j’ai aussi dû beaucoup apprendre par moi-même.

En dehors de  ton trio, quels sont les projets auxquels tu participes ?

J’ai un autre projet international, un quintet intitulé Bright Noise que je dirige avec le saxophoniste écossais Ben Bryden. C’est un projet qui est aussi né à New York avec  trois autres musiciens new-yorkais. On joue une sorte d’indie-jazz-rock avec des mesures composées, un peu à la Brian Blade Fellowship. Le projet existe depuis quatre ans et chaque année nous faisons une  tournée. Mais, comme c’est très cher de faire venir tout le monde de New York, quand nous tournons en  Europe, Ben  et moi  collaborons souvent avec  d’autres musiciens comme le batteur berlinois Martin Kruemmling ou le guitariste hollandais Reinier Baas que nous avons aussi rencontrés à New York et qui sont revenus s’installer en Europe. Ce projet, c’est aussi une porte pour l’Angleterre et l’Ecosse  où  en tant que musicien belge il est très difficile de jouer.

Tu veux dire qu'en tant que musicien belge, pour toi il est essentiel de jouer à l’étranger ?

Oui et cela  me plaît beaucoup. L’Europe est un petit village. Avec Ryanair et Jetair, on peut aller partout. Je connais déjà pas mal de musiciens à Berlin et Amsterdam. Maintenant, il faut encore conquérir Paris ! (rires).  Avec le trompettiste Jean-Paul Estiévenart, on a l’intention d’y aller de temps en temps.

C’est grâce à ton année à Manhattan que  tu as pu créer ce réseau ?

Oui, le fait d’être isolé avec d’autres musiciens dans une école internationale ou un workshop permet de créer des contacts et d’envisager le futur. Les collaborations internationales permettent de  toucher de  nouvelles scènes. Avec ce  genre de  projets, au début, c’est un  peu  la  débrouille. Tu loges tout le monde chez les parents et les 5-6 concerts que  tu trouves paient juste les frais de  voyage.  Après, en persévérant, cela  prend plus d’ampleur et après 2-3 ans tu peux monter des tournées plus rentables et envisager les festivals.

Tu as encore d’autres projets ?

Oui, j’ai un duo avec le violoncelliste Lode Vercampt. On  fera d’ailleurs  un  concert au MIM le 14  janvier dans le cadre des Midis Jazz des Lundis d’Hortense. Nous sommes très ouverts au niveau de la direction musicale et on  aime bien les projets pluridisciplinaires. Par exemple, on  a participé à la réalisation d’audio-guides pour un  musée en composant un morceau pour chaque photo d’une exposition. Prochainement, on projette de faire de la musique sur des poèmes écossais. Cela vient de mes voyages avec Bright Noise. J’aime le mélange des disciplines artistiques. Je ne veux pas cloisonner mon aventure musicale au jazz. Dans le futur, j’aimerais collaborer avec un théâtre de marionnettes ou travailler avec un chanteur sur par exemple un répertoire de Josquin des Prés. Parallèlement à ces projets personnels, je participe aussi au DelvitaGroup, le projet de mon frère Peter qui est tromboniste et du batteur Toni Vitacolonna. C’est un groupe ambitieux qui mêle un quintet jazz à un septet classique. Ils viennent de sortir un super CD, "Yip & Yang". Il y a aussi le LG Jazz Collective, le projet du guitariste Guillaume Vierset en hommage aux compositeurs liégeois. Je ne suis pas de Liège et même pas de Wallonie, mais je joue dedans et c’est cool ! Je joue aussi maintenant avec Collapse qui vient d’enregistrer un nouveau disque pour le label Igloo. Mais aussi avec le groupe du chanteur Sander De Winne, le Jazz Station Big Band et parfois avec le Brussels Jazz Orchestra. Je collabore également au tout nouvel 'Orchestra' de Bruno Vansina avec John Ruocco et Magic Malik. Tous ces groupes combinés avec les cours, la composition et la vie en général, cela fait déjà beaucoup !

Alain Pierre présente Les Lundis d'Hortense

Alain Pierre présente Les Lundis d'Hortense

Loi CODEX, une atteinte aux droits d'auteur

Loi CODEX, une atteinte aux droits d'auteur

Les Lundis d'Hortense expriment leur opposition au projet de loi du Ministre Johan Vande Lanotte concernant les sociétés de droits d'auteur, projet qui vise à modifier la propriété intellectuelle (le droit d'auteur) en une matière économique. Ceci concerne tous les créateurs (musiciens, écrivains, plasticiens, journalistes, scénaristes, photographes, cinéastes, professeurs, …).

Ce projet de loi, qui va à l'encontre du droit international, enlève une bonne partie des prérogatives des sociétés de gestion de droits d'auteur (Sabam, SACD, …) au bénéfice d'un organe fédéral politique et générera un appauvrissement culturel par la perte de moyens pour tous les acteurs culturels, ceux qui créent, éditent, produisent. Ceci entraînera la précarité aggravée pour les petits auteurs et la fuite des créateurs et artistes vers les sociétés étrangères de gestion des droits.

Plus d'infos dans notre rubrique "Droits d'auteur" (sous-onglet "SABAM") A LIRE ABSOLUMENT !

La Trinité par Lionel Beuvens

La Trinité par Lionel Beuvens

Salut Lionel, en janvier tu as sorti sur le label Igloo ton premier disque en tant que leader. Il s’intitule « trinité » et a été enregistré avec ton quartet européen qui  fera la double tournée JazzLab series / Jazz tour en novembre et décembre. Comment as-tu rencontré tes trois comparses ?

Le premier que  j’ai rencontré, c’est le pianiste finlandais Alexi Tuomarila. A l’époque, il vivait en Belgique et j’ai  eu l’occasion  de remplacer plusieurs fois Teun Verbruggen dans son quartet. J’ai tout de suite été touché et inspiré par son jeu et ses compositions.  Quant  au contrebassiste  Brice Soniano, je l’ai rencontré un  peu plus tard au Conservatoire de La Haye. Dès que l’on a joué ensemble cela a été une évidence pour moi.  J’ai tout de suite su que c’était avec ces musiciens que je voulais avancer. D’ailleurs, à l’époque  quand j’étais  encore au Conservatoire, j’avais  déjà formé mon premier groupe avec eux, « The  Grass  Monkeys ».   C’était  un  quintet reprenant cette section  rythmique et Nicolas Kummert au sax et Ingrid Weetjens au chant. Mais à cinq la musique est plus arrangée et moins malléable. Pour mon  disque, je voulais une  formule plus fluide  qui puisse changer plus vite de  direction. J’ai choisi la trompette pour  retrouver un peu  ce milieu  entre saxophone et  chant.  Cela  me  permettait  d’avoir un instrument proche de  la voix et qui puisse être soliste.  C’est Alexi qui m’a conseillé le trompettiste finlandais Kalevi Louhivuori,  qui est le frère du batteur de son trio. Je l’ai  engagé sans l’avoir  jamais rencontré ni entendu. Alexi m’a tellement convaincu que c’était le trompettiste idéal pour ce projet que je n’ai pas hésité. Je ne le regrette pas une minute.

Ce n’est pas courant un  batteur qui dirige son propre groupe ?

Non,  mais c'est  en  partie  parce que  les batteurs jouent souvent dans plus de  groupes et ont moins le  temps. Par  ailleurs, par  le  passé, les batteurs n’avaient   pas  toujours  les  notions  harmoniques leur permettant de donner une direction aux autres musiciens ou  de composer. Aujourd’hui,  grâce aux conservatoires, c'est de moins en moins le cas car tous les élèves ont des cours de piano et d'harmonie.

Qu'est  ce qui change pour toi dans le fait d'être leader ?

Au niveau du  jeu cela ne change pas grand-chose. Quant  à mon rôle de «  directeur artistique  »,  il se limite au choix des musiciens et à l’écriture  du répertoire.  Ma personnalité  se reflète déjà suffisamment à travers mon jeu et ces choix. Je laisse les musiciens libres pour le reste. Par exemple, des compositions pour lesquelles j’avais  envisagé une certaine direction sont allées ailleurs lorsqu’on les a jouées. C’est avant tout un travail collectif.

Tu as composé tous les morceaux du disque. Tu écris au piano ?

Oui, excepté un  morceau qui  vient d’une partie de batterie. Cela m'arrive parfois d'avoir des idées de compositions en jouant de la batterie mais elles se concrétisent toujours au piano.

Quelle était ta volonté artistique avec ce quartet ? Par exemple, quels sont les paramètres qui t’ont fait choisir ces musiciens ?

Faire un groupe, c’est un peu comme faire un sudoku. J’ai mon jeu et mes compositions, et je cherche les musiciens complémentaires qui  vont fonctionner avec ces deux paramètres. Par exemple, quand Alexi joue mes morceaux, cela sonne tout de suite comme je le veux.  C’est même déjà  arrivé  qu’en jouant un morceau pour la première fois, il fasse une erreur et que je lui dise : « Ah, mais oui ! En fait c’est ça que je voulais écrire ». (rires) Une fois qu’il a pris connaissance du  morceau, il a une manière très naturelle de le restituer. Quant à Brice, il vient du  sud de la France. C’est un peu une rencontre nord-sud et dans les tempéraments cela  apporte un  certain équilibre.  Il joue  beaucoup de  musique classique et des musiques  improvisées dans des formules souvent 100%  acoustiques.  Il apporte une  approche différente. Ce n’est pas vraiment un "bassiste de jazz", il est musicien avant tout. Comme ma musique est plutôt basée sur des grooves, sa participation me fait justement un  peu sortir de ces carcans rythmiques. Tout en étant au service de la musique, il ouvre le jeu, lance des directions différentes quand il le sent et parfois fait des ruptures auxquelles je ne m’attends pas du tout. Cela m’oblige à rester très attentif  pour pouvoir réagir rapidement.  Il me fait sortir de ma zone de confort et cela m’évite de tomber dans la routine et mes clichés. Et puis, avec un bassiste qui  se cantonnerait à garder le groove, il y aurait le risque que la musique ne s'ouvre pas. Quant à Kalevi, il a énormément de facilités techniques, il se pose au-dessus et il suit la musique partout où elle peut aller. Il y a évidemment plein de musiciens en Belgique avec lesquels j’adore jouer, mais pour ce  projet, j’avais  envie  d’ingrédients  et d’affinités bien  spécifiques. J'ai l'impression que  ce qui m'attire chez eux, c'est non seulement ce qu'ils jouent et comment ils jouent, mais aussi surtout pourquoi ils jouent. L’aventure a démarré en 2011 au Gaume Jazz Festival, grâce à une  carte blanche qui m’a permis de rassembler ce groupe et j'ai eu la chance que les gens d'Igloo nous proposent d'enregistrer, ce qui a permis de concrétiser le projet sur le long terme.

On a parfois une  image très machiste du jazz,  des mecs qui  crient fort... au  contraire, j’ai  l’impression que  dans ce groupe vous avez  des personnalités douces et bienveillantes. Une douceur que  l’on retrouve aussi dans la musique, tout en faisant en sorte qu’elle ne manque jamais de dynamisme.

Oui,  sans doute, je m’entends  mieux avec ce type de personnalités.  J'ai  grandi dans un  milieu familial où  le respect allait de soi et je n'ai jamais rien dû  prouver. Mes parents soutenaient toujours mes choix s’ils  voyaient que j'étais  convaincu.  Ils me laissaient beaucoup de  liberté. Tout ce  qu'ils voulaient pour  moi c'est que  je sois heureux. Je  commence seulement maintenant à me  rendre compte que c'est loin  d'être partout le cas et que c'était un peu  un milieu  protégé. Je  peux  avoir  du mal  à être moi-même quand les gens ne me donnent pas cette liberté ou  si  j'ai  le sentiment de devoir accomplir quelque chose pour "mériter" leur respect. Quand j'ai  pensé aux musiciens avec qui  je voulais jouer, j'ai  dû  inconsciemment rechercher à retrouver ce milieu qui  est naturel pour moi,  même si ça ne veut pas dire que j'arrive  à avoir cette  attitude  tout le temps et avec tout le monde. Mais, je sens chez eux un  non-jugement et un  respect naturel, et je pense aussi les avoir appelés pour qui ils sont et afin qu'ils se sentent libres dans le groupe.

Au niveau de la composition, as-tu des inspirations particulières ?

Non, pas vraiment. En fait, je compose assez lentement. J’ai écrit ce répertoire sur une  période de dix ans. A un moment, j’écoutais beaucoup de musiques africaines. A un  autre, c’était Radiohead. Et ainsi de  suite… Beaucoup d'idées me  sont aussi venues en  apprenant des morceaux classiques  au  piano. Aujourd’hui, ayant plus de  recul sur mes compositions, je peux deviner que telle ou  telle partie vient de telle ou telle influence. Comme le répertoire a été
écrit sur une longue période, il y a énormément d’influences différentes.

Quels ont été les musiciens et les moments marquants dans ton parcours ?

A la maison on  écoutait principalement du  jazz, et quand j’étais  petit,  des  musiciens comme Count Basie et Sonny Rollins m’ont beaucoup marqué. Par la suite, j’ai aussi été fort influencé par  le son ECM via ma  sœur Eve qui  est pianiste. Cela  m’est venu un   peu  inconsciemment, notamment  en  l’entendant pratiquer. Pour ma part, quand j’écoutais de la musique, c’était plutôt des morceaux énergiques, je  passais  toujours les balades…  (rires).  Ensuite, au  cours de  mes études, d’abord au  Conservatoire flamand de Bruxelles, puis au Lemmens  Instituut à Leuven  et au  Conservatoire de  Den Haag,  j’ai eu l’occasion de jouer  dans différents contextes selon les occasions qui se présentaient. Par la suite, certains projets et rencontres m’ont aidé  à me trouver en tant que  musicien. Je pourrais citer par exemple le quartet de ma sœur, celui  de Peter Hertmans, le trio de Steven Delannoye… Ce sont des groupes qui durent ou  ont duré  longtemps avec  lesquels on  a développé un son de groupe et dans lesquels je sentais que je pouvais être moi-même. Il y a aussi le trio de Sabin Todorov,  qui jouait un répertoire basé sur la musique bulgare. Cela m’a permis de me confronter à une  autre culture et d’essayer d’y trouver ma personnalité. Ce sont tous des musiciens qui m’ont toujours donné beaucoup de confiance et m’ont aidé à avancer.

Joues–tu dans d’autres projets pour le moment ?

Oui, je joue entre autres avec le groupe «Obviously» de Fabrice Alleman avec qui j'apprends beaucoup et qui  me pousse à grandir. Je viens aussi  d'enregistrer avec le saxophoniste Erik Bogaerts et le disque de Raf D Backer sur lequel je joue va bientôt sortir. Je participe également à un  nouveau projet avec le saxophoniste  Frank Vaganée  intitulé «  Scattered Rhymes ». C’est la rencontre d'un trio de jazz avec Frank, Jos Machtel à la contrebasse  et moi,  et du trio de musiques  anciennes  Zefiro Torna  composé d’Els  Van  Laethem  à la voix,  Didier François  à la nyckelharpa et Jurgen De Bruyn au théorbe, luth et chant. C’est un groupe avec  lequel il faut vraiment chercher et développer pour  créer un  vocabulaire commun aux  deux  univers. Il n’y a pas de  références, tu ne peux pas te dire : « Ah oui,  là je vais jouer à la Elvin Jones ».

Justement, lors de  ton apprentissage, as-tu travaillé les styles des grands batteurs légendaires ?

J’ai  beaucoup appris  en écoutant et en jouant sur des disques, en essayant  de recopier ce que j’entendais. Mes influences incontournables sont  Elvin Jones, Tony Williams et Jack Dejohnette. La grande trinité ! Mais ce n’est pas de là que vient le titre du disque (rires).  J'ai  aussi  pas mal écouté les vieux batteurs  comme Jo Jones et Babby Dodds. Joey Baron m’a  également beaucoup influencé. Je me souviens d’un disque de Toots où  il fait un  solo sur Autumn Leaves. La première fois que j’ai entendu ce solo, cela a changé ma vision de la batterie.  C’est incroyablement mélodique. Tu   peux facilement le chanter. Il ne joue aucun plan typique de batteur et c’est très riche au niveau des sonorités. On a l’impression qu’il joue sur une batterie avec plein de fûts alors que c’est un modèle jazz standard. Max Roach faisait aussi des solos très mélodiques et structurés, mais sur une  batterie accordée très haut. Joey Baron  joue  avec  une  batterie accordée plus bas, la peau réagit différemment et il parvient à faire sortir beaucoup de sonorités en jouant entre autres avec la pression. Sa maîtrise du son m’a beaucoup inspirée  et j’ai commencé à travailler des solos de souffleurs ou de pianistes à la batterie pour développer un vocabulaire différent.

In fine,  tu as une  approche qui concilie les aspects rythmiques et mélodiques…

Oui, je pense. Le batteur Billy Hart avec qui j’ai suivi des stages m’a aussi beaucoup marqué. Il incite à toujours retourner s’inspirer à la source des rythmes et des styles. Il a vraiment une vision globale de la musique. Ce que je trouve magique, c’est qu’il arrive toujours à jouer au bon moment la partie essentielle qui va pousser la musique dans la bonne direction. Il sait quel sens donner à la musique et pourquoi. Cela m’a donné envie  de travailler les rythmes africains, cubains et d’autres styles fondateurs. En fait, avec les musiques actuelles, on a moins d'efforts à faire, on  les  intègre presque  inconsciemment, comme avec les différents accents des langages. Par contre le New Orleans, la musique africaine, indienne… ce sont des styles que l'on entend moins. J’ai vraiment dû  faire la démarche d’écouter et de travailler ces musiques. Même si je ne les ai jamais approfondis au point de les jouer en groupe, ce sont des éléments que j’ai consciemment essayé de développer. Cela donne de l’enracinement.

On dit souvent que les bassistes et les batteurs ont l’habitude d’avoir leur téléphone qui sonne, mais en tant que  leader d’un groupe, la situation s’inverse, il faut démarcher pour  trouver des concerts. comment vis-tu ton rôle de responsable de groupe ?

Comme beaucoup  de musiciens,  ce n’est  pas mon fort de trouver des concerts. D’autant plus qu’avec trois  étrangers dans le groupe, cela complique la situation.  Il  faut  systématiquement  trouver  plusieurs dates pour rentabiliser les frais de déplacement. Par moment, je me décourage, me demandant dans quoi est-ce que je me suis lancé, et puis à chaque fois que l’on joue cela me redonne de l’énergie. Et d'un autre côté, le fait qu'ils habitent si loin  fait que quand ils viennent ici, ils sont là pour jouer !  Le focus est beaucoup plus sur la musique que quand on  est à la maison avec toutes les distractions. Et, le fait d'aller au concert, de passer la journée et de rentrer  ensemble, cela renforce le sentiment de  groupe. Je  suis super content que  le groupe ait obtenu la double tournée Jazz Tour / JazzLab et ait eu  l’opportunité de  jouer  au  Belgian Jazz Meeting. Et je suis très curieux et excité de voir comment le groupe sonnera après tous ces concerts.

Et bien nous sommes curieux également ! Et j’en profite pour inviter tout un chacun à venir découvrir ton groupe et votre musique lors de  cette double tournée en Belgique.


Stage Jazz au Vert, inscriptions ouvertes

Stage Jazz au Vert, inscriptions ouvertes

Stage résidentiel d'initiation et de perfectionnement au Jazz - Informations et bulletin d'inscription voir Activités > Jazz au Vert

AVANTAGE : Les participants au stage Jazz au Vert 2013 bénéficient d'une réduction de 50% sur le prix d'entrée du Leffe Jazz Nights les 20 & 21/07 !

NOUVEAU : Lors du stage, vous pourrez assister à une masterclass du guitariste jazz Manu Codjia. Il sera en concert avec le David Linx & Diederik Wissels quintet le dimanche 21 juillet au festival Leffe Jazz Nights.

Interview de Philip Catherine

Interview de Philip Catherine

Bonjour Philip. J'ai envie de commencer par une question vraiment générale sur ton style. on dit toujours que tu es un  grand lyrique. cela a-t-il été une  volonté de  ta part de  vouloir toujours rester proche de  la mélodie ou est-ce une  propension naturelle ?

D'abord, ce n'est pas quelque chose que je travaille. Sans doute que c'est naturel, mais il est possible que je fasse le choix de m'inspirer de musiciens qui sont lyriques. Ce n'est pas un choix réfléchi. Mes priorités étaient plutôt le swing, l'improvisation et la qualité des improvisations pour qu'elles soient mélodiques quand même, je le reconnais. J'aime que la musique soit compréhensible, ou plutôt disons claire, qu’il ne faille pas se prendre la tête à l’écoute. Je dis bien à l’écoute car elle peut néanmoins ne pas être évidente à produire. C'est peut-être pour cela que j'ai beaucoup été influencé par la façon dont Miles Davis dirigeait ses groupes, sans les diriger, mais en les dirigeant quand même. Le résultat chez Miles me semble très clair : les sections rythmiques sonnent super bien quelles que soient les époques de Miles. Tout est très clair, les lignes de basse sont claires, la batterie, le piano, on  entend tout. Tout en étant très riche musicalement (à mon point de vue). Il ne suffit pas d’être clair bien entendu. J'ai fait en 86 un album que  j'ai appelé "Transparence", pour  la seule raison que je voulais que les choses soient transparentes, qu'on entende bien  la basse, la batterie, le piano et qu'il n'y ait pas trop de  choses incompréhensibles.  Mais ce  n'est pas tellement la  mélodie elle-même qui m’intéresse, c'est plutôt d’une part la façon dont c'est joué, c'est le phrasé surtout. Et d’autre part comment le groupe sonne. Le résultat global, pas seulement mes phrases. Et c’est vrai, j'ai  pas mal travaillé le phrasé en m'inspirant de musiciens de toutes les époques qui phrasent super bien et chez qui on entend tout. C'est plutôt cela qui m'intéresse plutôt que d’être «lyrique».

Parce que  dans le phrasé, tout y est, les mélodies, le swing, l'harmonie...

Faut pas exagérer bien entendu, mais dans la façon dont les musiciens jouent aussi. Un accompagnateur qui  ne  serait  pas au  service du  soliste  et qui serait  intrusif par  exemple, ou  bien  qui  n'écoute même pas le groove général ; ça c'est quelque chose que  je trouve difficile  à gèrer. J'aime bien  que  chacun s'écoute le mieux possible et ait conscience du résultat général du groupe, pas seulement de ce que lui fait. C'est ça qui m'intéresse. Et peut-être que la mélodie est une conséquence de ça. Il y a le son aussi. On m'a parlé de mon son. Tout au début, quand on  m'en a parlé, je ne le prenais   pas cela pour un un compliment. Je me demandais pourquoi on  me parlait de mon son. Je n'avais pas travaillé consciemment cet aspect  de la musique du tout. J'y pensais même pas. C'est peut-être un don. Probablement,  puisque je n'ai  pas essayé  d'avoir un  son. J'ai  juste essayé  de ne pas avoir un  mauvais son, d'éviter de mal régler mon ampli... Et puis il y a le placement rythmique des notes. Quand tu joues du  Chet Baker, il a un  beau son, il est mélodique, mais moi j'ai travaillé avec  Chet et c'est pas seulement cela  qu'on retient, mais bien  son tempo et son phrasé. Je  ne  m'en étais pas rendu compte avant de  jouer  avec  lui. Mais c'est ça  qui est tellement fort chez lui. Et le reste aussi bien entendu : un merveilleux son, le choix des notes, mais son phrasé était tellement clair, évident et pas facile à imiter. J'ai été fort influencé par des pianistes comme Wynton Kelly qui  a un  phrasé riche et d’ailleurs  assez difficile à capter. Il a des subtilités rythmiques qui m'ont toujours passionné. Herbie Hancock bien entendu aussi.

Quand tu écoutes les musiciens que tu aimes, dans leur langage improvisé, tu arrives à définir leur phrasé ?

Non, il y a des choses que je ne comprends pas. Quand  j'avais un  78 tours, je ne  pouvais pas diminuer la vitesse d’écoute, mais dès qu'il y a eu des microsillons, on  pouvait écouter un  33  tours en 16 tours. Alors j'écoutais tout une octave en dessous et beaucoup plus lentement. Je n'ai pas une  très très bonne oreille  malheureusement.

Ça c'est toi qui le dis (rires)

Je veux dire par rapport à d'autres, même par rapport à ma sœur qui  n'avait pas de formation musicale. Lorsque j'essayais de repiquer quelque chose d'un disque, je ne trouvais pas de quelle note il s'agissait, alors que  ma sœur, sans me dire  le nom des notes, elle  chantait  la  mélodie pour  moi  tout à  fait juste. Elle  pouvait entendre une  mélodie et la rechanter après. (Je dis cela  pour  parler de mes difficultés relatives à capter.) Moi, j'entendais que ça me plaisait, mais je ne savais pas ce que  c'était. C'était  quoi  cette note-là ? Elle  passait  trop vite, je ne l'entendais  pas.  Donc je travaillais  très  lentement,  en  écoutant  la  musique  lentement.  Je crois que cet handicap m'a donné quand même un avantage par rapport à ceux qui  ont une très bonne oreille et entendent les notes tout de suite, c'est que quand j'apprenais une phrase d'un disque, j'intégrais à force de réécouter le même passage, aussi l'intensité,  la longueur de la note, le vibrato, j'entendais peut-être plein d'autres choses autres que les notes elles-mêmes. Et je me suis nourri de ces 'autres choses que les notes'. J'ai eu en fait comme professeurs plein de musiciens dans plein de disques…

On dit que c'est la meilleure école

C’est une bonne école en tout cas (la meilleure ? j’en sais rien). Je crois qu'il faut profiter de tout ce qui s'offre à nous, que ce soit un  bon prof, une bonne théorie, de bonnes partitions, de bons disques… J’essaie  de ne pas avoir trop d'idées  préconçues, sinon on n'apprend pas suffisemment. Il faudrait, je pense, cultiver une attitude d'étudiant permanent.

Que tu conserves ?

Je suis bien  obligé  tellement j'apprends lentement. C'est terrible. (rires)

Pour reprendre la question du début, tu dirais alors que dans ton style, c'est au niveau du phrasé qu'on trouve le  plus fort de  ta personnalité plutôt que dans ton sens de la mélodie ?

Ce n'est pas parce que  je travaille beaucoup cela que  je  suis fort là-dedans. C'est  peut-être parce que   je  suis faible dans le  phrasé que   justement je  dois le  travailler. C'est  un  peu  paradoxal. C'est un  peu  comme le  type qui  est mince et qu'on lui dit  "Pourquoi faites-vous  tant attention  à ce que vous mangez puisque vous êtes mince ?" et le type répond "oui,  mais  c'est parce que je fais  attention que je suis mince". C'est un  peu à l'envers. Alors le résultat c'est peut-être que l'on croit que c'est mon point fort, mais c'est peut-être mon point faible justement. C’est  comme au début, j'accélérais  beaucoup dans le tempo quand je jouais. C'est commun à beaucoup de musiciens. Mais ça c'était un peu par fougue de la jeunesse… Quand on  jouait avec Chet (Jean-Louis Rassinfosse pourra te dire sans doute la même chose),  j’ai  rarement entendu Chet parler d’harmonie. Ce n’était pas son plus grand souci me semble-t-il. C'est la mise en place qui  semblait l’intéresser le plus, c’est la seule chose qu’il disait "I play laid-back. Il ne faut pas traîner." Il ne  disait pas grand-chose, mais quand il demandait quelque chose, il parlait le plus souvent du "time". En fait on peut jouer  un peu  (sans exagérer) en tension rythmique avec les autres. Le thème "Je me suis fait tout petit" de Brassens dans mon  album "Côté jardin" est un exemple de jeu laid-back, ma guitare est en tension avec la rythmique.

Tu  parles de Chet, alors quelles sont les grandes rencontres qui  ont marqué ton parcours, et quels ont été les caps qui  ont marqué l'histoire  de  ton aventure musicale ?

Parmi les musiciens avec lesquels j'ai  pu  jouer et qui ont laissé une  trace chez moi, je parle souvent (d'ailleurs je casse les pieds de tout le monde avec
ça), de Billy Brooks, un musicien malheureusement complètement inconnu. Bert Joris le connaît car il donnait cours à l'école de jazz  de Berne en Suisse. C'est un batteur que j'ai rencontré et avec lequel j'ai pu  jouer à partir de 1966. J'ai éprouvé un  bien-être extraordinaire à jouer avec lui.  Je crois qu'il ne m'a rien appris. Je veux dire dans le sens où il ne m'a pas dit : "tu dois faire ci ou  ça". Mais il entendait tout. Jouer avec lui,  c'était  un  réel plaisir. Il y avait une telle différence entre lui et les autres batteurs avec lesquels je jouais à l'époque ! C'était inouï, la différence. J'ai appris beaucoup en jouant avec lui.  J’ai aussi pu  l’observer lorsqu’il répétait et jouait avec le big  band de Slide Hampton à Berlin en 1973. Je l'ai vu répéter en big  band aussi. C'était incroyable parce que c'était  une première lecture ;  tous les trucs complexes et riches qu'il faisait en  plus ! Ca m'a marqué terriblement d'entendre ça  et de  voir cela  de si près. Un jour j'ai été chez lui et il écoutait le quatuor de Bartók et il s'amusait à chanter la ligne de violoncelle par exemple. Et puis il jouait des solos de Coltrane sur une  flûte en bois toute simple avec des trous et il parvenait à être tellement proche ! Il comprenait la musique de Coltrane. C'est lui qui m'a expliqué : "Est-ce que tu as remarqué que la ligne de basse descend par ton dans Giant Step ?". Je n'avais pas remarqué cela du tout. Je ne sais pas comment il l'a remarqué lui-même. Il entendait tellement de choses. Et jouer avec lui était un plaisir énorme. Un type étrange d'ailleurs parce qu'il ne voulait jamais se déplacer, il ne voulait jamais quitter la ville dans laquelle il était. Il avait peur  des voitures, des avions, des trains et de tout, ce qui fait qu'il ne voyageait pas. Il a d’ailleurs terminé sa vie presqu'incognito. Je sais que  Slide  Hampton l'adorait. Il voulait le prendre avec lui  en tournée, mais pas moyen, il ne voulait pas se déplacer. C'est quelqu'un qui  m'a énormément habité. Quand  je l'ai rencontré en 66, j'étais à l'unif. Je faisais ma deuxième année de philo et lettres et j'allais commencer les sciences économiques (en français) à Louvain.  Je  n'envisageais pas du tout de  devenir professionnel, entre parenthèses.  Je jouais pourtant  avec des professionnels depuis 61,  mais ma priorité était de terminer mes études. Je n'envisageais pas de faire la musique comme métier. D'abord je suis en Belgique un  des seuls de ma génération. Il n'y a pas de musiciens belges de 70 ans. Ils sont plus vieux ou plus jeunes. J'ai l'impression d'être le seul de mon âge.

C'est au moment où  tu es sorti de l'unif que tu as décidé de te consacrer à la musique ?

Pas vraiment, j'avais encore un  an de service militaire. Pendant mon  service militaire, je  ne  savais pas non plus ce que  j'allais faire  après. C'est parce que  Jean-Luc  Ponty m'a envoyé  une  lettre le  jour de la Sainte-Catherine, le 25 novembre 1970, me demandant de  joindre son groupe. Je  me  suis dit : "En attendant de faire autre chose, c'est chouette". J'adorais comment il jouait. Il jouait Zappa à l'époque.  Et voilà, j'ai commencé à jouer  avec  Jean-Luc Ponty pendant un an et trois mois.

Il a aussi eu une influence sur ton jeu ?

Pas seulement lui. Il y avait Joachim Kühn dans le groupe. Joachim Kühn jouait d'une façon tellement différente de  ce  que  j'entendais  chez les pianistes, c'était plutôt un  musicien de free jazz. Il était le deuxième pianiste de Jean-Luc, le premier était Michel Grailler. Quand Joachim est venu, ça a bouleversé le groupe complètement parce qu'on est allé dans une direction beaucoup plus free. Je n'étais jamais 100  %  enthousiaste  de ça, mais j'ai  quand même été baigné dans cette  possibilité de jouer sans grille, de jouer  sur d'autres registres que jouer la grille.  C'était une  riche  expérience. D'ailleurs le groupe s'appelait Jean-Luc Ponty Experience. (rires) Il y a avait des duos entre Jean-Luc Ponty et Joachim Kühn qui étaient extraordinaires. Et il n'y a rien d'enregistré de cela, pas une note ! Je ne sais pas si Jean-Luc s'est jamais rendu compte de la puissance de ça. Lui, il a l'oreille absolue. Joachim Kühn pouvait faire n'importe quoi au piano et Jean-Luc suivait tout de suite. Il n'a pas à ma connaissance tiré profit de cela dans sa carrière après. Je suis triste de ça. C'est beaucoup plus organisé chez lui maintenant, mais là quand c'était free  c'était prodigieux. J'étais plus impressionné par eux que par ce que moi je faisais.

J'ai  en  même temps  participé à  un  second trio, orgue-batterie-guitare, avec  un Allemand qui s'appelait Siegfried Hofmann et grâce à lui j'ai pu gagner un  peu  de  sous en  accompagnant un  chanteur de variété allemand qui s'appelait Roy Black.  On jouait dans des salles de 5000 personnes avec lui. J'ai joué avec lui pendant un mois, ce qui m'a permis de payer mes études à Berklee pendant trois mois. Pour être plus précis : les études étaient gratuites pour  moi grâce à Jiggs Whigham, tromboniste américain qui habite en Allemagne. Il connaissait bien le directeur de la Berklee College à l'époque. Jiggs Whigham m'a demandé si j'étais intéressé d'aller étudier là-bas. A cette époque-là, en 71-72, je ne connaissais même pas l'existence de cette école. J'ai sauté sur l'occasion et j'ai été étudier pendant trois mois à Boston. C'est les seules études que  j'ai faites vraiment. On m'offrait trois mois et puis je n'avais pas assez d'argent pour rester plus longtemps non plus. Toutes mes économies y sont passées.

C’était une bonne expérience pour toi ?

Ah oui, formidable. Ce que  je remarquais, c’est que les étudiants, du moins en 72, ne jouaient pas si bien. Ils connaissaient beaucoup de choses, mais leur jeu
était, à mon  goût, assez académique. Il paraît que c’est parce que  c’était en  été (juin, juillet, août) et que  les meilleurs étudiants étaient  en  vacances. Je ne pouvais pas vraiment juger  l’école. J’ai passé deux  après-midi là-bas en dehors de l’école à jouer avec  Georges Benson par exemple. Il jouait terrible! C’était fantastique. Il était inconnu à l’époque… Je ne  peux  pas dire  que  Georges Benson m’ait appris quelque chose. Je  lui demandais "Ca, comment tu fais  ?" et il ne savait jamais me répondre. Soit il ne voulait pas, soit il ne savait pas répondre.

D’autres  rencontres  clé qui t’ont  enrichi dans ta conception de la musique ?

Je crois que j’apprenais, un peu comme une éponge, sans savoir, avec tous les musiciens avec lesquels j’ai joué. Je parlais de Billy Brooks, mais il y en a un autre en ‘61 qui  était aussi un  batteur, Oliver Jackson, à  ne  pas confondre avec  Oliver Johnson. J’ai fait un disque avec  lui et Jack Sels et Lou Bennett en  61  et trois  concerts au  Blue  Note à  Bruxelles, de  Benoît Quersin. Ca, ça  m’a marqué aussi parce que  j’ai entendu des trucs que  je n’ai plus entendus pendant des années après. Un batteur comme ça, je n’en entendais plus. Ca m’a vraiment marqué !

Quand tu dis que tu n’en  entendais plus, c’est  à cause de quoi ?

Parce que ça ne me donnait pas l’impression de swinger. C’est un peu carré, ou bien... je ne sais pas bien expliquer ça. J’ai joué un  morceau en 63  avec Lou Bennett à Stockholm, on  passait à un  festival, et dans un morceau, il y avait un musicien que  je ne connaissais pas du tout qui s’appelait Dexter Gordon qui est venu  jouer  un blues avec  nous. Ça m’a marqué  aussi. Je  ne  savais pas qui c’était donc  j’avais pas d’a priori.  C’est incroyable ce que  j’ai ressenti. On a joué "Pa pa padada..." (chant) et la façon dont il jouait cette mélodie ! Tout de suite, le groupe de Lou Bennett a sonné complètement différemment. Je me suis dit "quelle force  !" et ce n’était pas de la force  physique, c’était la magie du phrasé, je dirais. C’était incroyable. Je ne sais pas si j’aime mais c’est quand même formidable. Je me disais "Qu’est-ce que c’est ça ? Qu’est-ce que c’est bizarre !" J’ai vu l’orchestre de Count Basie aussi au Palais des Beaux- Arts  à l’époque  de "Atomic  Basie", en 58-59. Pour ceux qui  connaissent  le disque ils verront bien de quoi je parle. C’est un  disque fantastique de Count Basie et ils ont joué ce même répertoire. Daniel Humair en fait a eu une influence. J’étais tout jeune. Je n'avais jamais été dans un club de jazz, j’avais 16 ans, je ne pouvais même pas rentrer dans un club de jazz, il fallait 18 ans, donc il fallait que je vienne avec mon père. J’ai été faire le boeuf avec le trio de Daniel Humair. Il y avait Harold Kaufman au piano et Eric Peter à la basse. Pendant que je jouais le deuxième ou le troisième morceau avec  eux, un saxophoniste est venu  jouer  avec  nous, c’était Sonny  Stitt.  En entendant des gens comme ça,  il ne m’était même pas venu  à l’idée que  je pouvais en faire  un métier. Cela  me  semblait tellement inabordable comme niveau. Je  dis ça  parce que  maintenant beaucoup de jeunes décident de faire de la musique, ce que je trouve formidable. Pour ma part, j’ai consacré toute mon énergie, mais sans décider d’en faire un métier. Tu comprends la nuance ? C’était mon hobby, mon passe-temps favori.

Et finalement, à la sortie de l’unif, ça t’a rattrapé. Tu as eu du boulot.

J’ai eu du  boulot, mais ce n’est qu’à l’âge de 50 ans que j’ai eu cette prise de conscience. J’ai dit un jour
à Marianne qui  était  mon épouse à l’époque  "J’ai découvert  quelque chose récemment. Je crois que je suis un musicien." Ça l’a fait rire comme si j’avais sorti quelque chose de comique, mais moi  je parlais avec sérieux (rires). Je n’avais jamais pensé ça de ma vie. Je me suis dit "C’est ça que je dois faire". Evidemment comme je suis guitariste, je suis à la fois accompagnateur et soliste. Je ne suis pas avant tout compositeur. J’ai toutefois quand même commencé à écrire de  la musique dès le début, dès 17 ans, mais je ne jouais nulle part. Je jouais souvent avec d’autres  musiciens comme accompagnateur. Quand tu joues dans une formation "orgue-guitare- batterie", tu passes plus de temps à accompagner qu’à faire des solos d’une certaine manière, parce que c’est le rôle du pianiste. D’ailleurs le disque que j’ai fait avec  Dexter Gordon,  le seul disque qu’il ait fait sans pianiste, guitare-batterie-basse, je jouais aussi le rôle d’accompagnateur. J’ai beaucoup pratiqué  cette  fonction. Je  trouve parfois dommage que certains ne pratiquent pas cela, se concentrent seulement sur les solos et pas l’accompagnement. Je  vois cela  de  temps en  temps chez certains jeunes.

Pour toi, être guitariste, c’est  remplir toutes ces fonctions à la fois ?

Oui, et les pianistes aussi. Ah oui,  c’est important. Et d’avoir le groove surtout, de ne pas jouer de façon terne.

Mais le groove, il fait aussi partie de ce que tu appelais tout-à-l’heure le phrasé.

Oui, si tu veux. J’en parlais avec  Tom Harrell, trompettiste, compositeur et interprète. Il me disait que Dizzy Gillespie lui avait dit un  jour  que  la mélodie est conséquence du  rythme. Il faut commencer à écrire un rythme, quelque chose qui  groove, et puis la mélodie vient très facilement après, tandis que si  on  commence à écrire des notes, ce n’est  pas facile d’y mettre un rythme. A nouveau l’importance du  phrasé. J’adore  Django Reinhardt.  Django avait un  phrasé extraordinaire, une fraîcheur d’inspiration tout le temps.  Ca n’a rien à voir  avec la musique  manouche. Ce mot n’existait  pas avant.  C’est devenu une  mode. Ca m’ennuie maintenant d’entendre Django  associé à ça.  Je  ne sais pas d’où ça vient…

Tant qu’on parle de phrasé, d’improvisation…, souvent on dit que certains improvisateurs pensent de façon verticale et d’autres, horizontale par rapport à la grille. Mais j’ai l’impression d’entendre chez toi complètement les deux façons de penser.

Oui, je fais les deux.  Je crois qu’il faut les deux.  Il y a des gens qui  sont plus 'horizontal' que 'vertical'. Je crois que Stan Getz et Chet Baker sont plus 'horizontal'. Coltrane est les deux, il est très 'vertical', il est très 'horizontal', c’est un cas très particulier.

Tu penses toujours les deux à la fois ? c’est quelque chose que tu as essayé de développer ?

J’ai pas cherché. Je crois que c’est après que je m’en suis rendu compte. C’est comme ça.  C’est-à-dire qu’au  moment où  je joue  sur scène, pas quand je pratique, j’écoute ce que je fais et ce que les autres font autour de  moi.  C’est un  peu  comme quand tu es à vélo sur une  piste cyclable qui  n’est pas très large  à laquelle tu dois tout le temps t’adapter pour ne pas tomber sur le trottoir ou sur la rue.  Le chemin se fabrique au fur et à mesure. En fait, je ne sais pas vraiment où je vais, mais je sais d’où je viens et à chaque instant je peux corriger ma trajectoire. Si je fais une faute, par exemple, alors c’est une dissonance, j’ai parfois intérêt à faire une autre faute après dans l’autre sens. Comme quand tu vas trop à gauche avec  ton vélo, et puis tu retournes à droite. C’est une  recherche d’équilibre. Je ne suis pas quelqu’un qui a une grande oreille comme Alexandre Cavalière, par  exemple, il a une  oreille  incroyable, ou Jean-Luc Ponty ou Didier Lockwood, surtout les violonistes, je dois dire. Moi je n’ai pas ça et je dois faire avec ce que j’ai. (rires)

Que penses-tu de ton quartet actuel, celui de l'album "côté Jardin", celui de la tournée de tes 70 ans ?

Ma joie actuelle et mes concerts préférés sont ceux que j'ai la chance de faire en compagnie des musiciens de mon quartet actuel. Nicola Andrioli au piano, Philippe Aerts à la contrebasse et Antoine Pierre à la batterie. J'aime à la fois tant la complicité musicale qui  se passe entre nous. J'aime aussi l'étendue des registres que nous pouvons aborder. On ne s'ennuie pas. Ni nous ni le public. Nous avons un  répertoire très large qui  s'enrichit régulièrement. Nicola vient d'apporter une nouvelle merveille "Mare Di Notte". Il y a même des thèmes que nous allons bientôt jouer pour  la première fois en public. Je peux,  à part des nouveautés, rejouer des thèmes que j'avais négligés tels que  "Transparence" (de 1984) pour  notre joie à tous. Je crois que toutes les facettes, à la fois de mon jeu, de ma conception de quartet, de mon répertoire de  compositions sont possibles dans ce  quartet. Nicola  est capable de  jouer  de  façon si créative et inattendue. "Qu'est-ce qu'il va encore faire ce soir ?", me dis-je avant de monter sur scène. Et ... est capable de s'arrêter de jouer une minute ou  deux, et de se consacrer à l'indispensable. Antoine apporte un son merveilleux à la batterie, ses couleurs, un  jeu de balais  discret, varié, pétillant lorsqu'il  faut. Un swing en progrès constant. Sans oublier son esprit plein d'idées, une bouilloire qui se met à siffler avant d'exploser. Philippe garde le cap  avec  son tempo et son son très chaud et présent, ses 'double stops' à la basse dans les tempos lents ou médiums qui me permettent d'exprimer un feeling spécial à moi, ses suggestions  si  précieuses  durant nos rares répétitions, pour la rythmique. J'aime les surprises qui se présentent même dans des morceaux déjà joués cent fois. Depuis l'enregistrement de l'album "Côté jardin" le quartet n'arrête pas de me surprendre et de progresser. Je sens qu'on peut aller de l'avant. On n'est qu'aux débuts. Merci Nicola, merci Philip et merci Antoine. Et j'ajoute que de temps en temps j'ai l'occasion d'inviter Isabelle pour deux morceaux et elle m'apporte un chant précieux, par exemple dans "You don't know what love is".

Tu as une vision sur une grande partie de l’histoire du jazz. quelle est ta position par rapport à ce que le jazz devient et à son avenir ? Certains prétendent que  c’est  peut-être une  musique morte, d’autres disent qu’au  contraire c’est une  musique super vivante ? Comment vis-tu cette question ?

Là tu rentres dans une  sphère où je me  sens très peu  journaliste…  Il me  semble - mais je  peux  me tromper - qu’il  y a  un  beaucoup plus grand nombre  de musiciens de jazz  qu’auparavant. Beaucoup de  musiciens là-dedans ont fait pas mal  d’études, ils viennent d’écoles de  jazz,  mais je crois qu’il y a moins  d’individus  phares  comme dans  le  temps comme Charlie  Parker, Duke Ellington, Miles Davis, Coltrane... Un jour, Chick Corea  m’avait dit dans les années 70 : "Maintenant que Coltrane est mort, il n’y a plus de guide".  Je  ne sais pas s’il pense la même chose aujourd’hui et si j’ai bien  compris… franchement, j’ai du mal  à avoir une  opinion là-dessus car je crois que  je suis trop ignorant de ce qui se passe partout.

Pour rebondir sur ce que  tu dis, l’important dans le parcours d’un musicien de jazz ce serait donc d’essayer de devenir cette individualité ?

Non,  il me semble juste qu’auparavant il y avait de très grands noms dont tout le monde s’inspirait et je ne sais pas s’il y a cela aujourd’hui. Maintenant ce qu’il  y a plus, c’est peut-être un  travail collectif, je dirais. Ca rejoint un  petit peu l’internet. Dans la  recherche technologique, quand on  envoie  une fusée sur la lune  ou ailleurs, c’est le travail de  tellement de personnes différentes, des centaines de personnes, ces personnes sont anonymes. On est sorti d’Objectif Lune où c’est le professeur Tournesol qui  va tout faire seul. Alors qu’Objectif Lune est très annonciateur de ce qui va se passer, en même temps il est terriblement démodé dans le sens qu’un petit génie qui fabrique tout ça n’existe plus. Je crois que c’est la même chose en musique. Il y a tellement d’extraordinaires musiciens qui  peuvent apporter leur pierre aux édifices multiples de la musique, que ça se fait de manière collective.

Pour terminer, quel(s) conseil(s) donnerais-tu aux jeunes musiciens d’aujourd’hui ?

Je crois qu’il y a un danger, chez certains en tous les cas, de vouloir être compositeur avant  tout. Si  on l’est vraiment, il n’y a pas de  problème, mais si on ne l’est pas vraiment, on rate l’occasion d’être sideman. D’être toujours le patron, le chef, je crois que ça peut être dangereux. C’est bien  de faire  la différence entre le rôle que l’on a en tant qu’interprète et le rôle de compositeur. Moi, je suis les deux. Je passe peut-être beaucoup plus de temps à être interprète que  compositeur, qu’à écrire de la musique. Je n’ai plus écrit un thème depuis longtemps, mais je travaille beaucoup à essayer d’améliorer mes capacités d’improvisation. Une autre chose importante est qu’on joue  évidement pour  soi, mais aussi pour  les autres et avec  les musiciens avec  lesquels on joue. C’est  important d’avoir  le  sens de  l’équilibre.  Par exemple, si je joue  en duo  avec  quelqu’un et que  je commence à faire beaucoup de notes, l’autre peut aussi faire la même chose. C’est une option qui  se vaut. Mais il y a aussi l’option de faire le contraire, de penser à des équilibres. Il faut avoir ces idées-là en tête quand on  écoute les disques avec d’autres musiques,  qu’est-ce  qui  sonne bien, lui  fait beaucoup de notes et l’autre il en fait très peu par exemple. On  ne crée pas de tensions  comme cela. Ce que j’ai ressenti en jouant avec Dexter par exemple en 63,  c’est quelque chose qui  m’est resté dans le coeur parce que je me suis dit "Waouw ! Qu’est-ce que c’est ça ?" C’est une sensation spéciale, un peu comme quand on est sur des montagnes russes. On sent quelque chose qui  se passe. Il faut privilégier ces moments-là ! Mais je voudrais aussi profiter de cet interview pour parler de  tous les gens qui  m’ont  aidé, musicalement ou humainement, parce qu’il faut avoir un sens de gratitude dans la vie.

C’est vrai que l’on a des parcours socialement très interdépendants…

Oui, on est très interdépendant. Un bon écrivain qui écrit un livre sur un sujet met aussi une  bibliographie,  je me méfie  très fort des gens qui écrivent des théories et qui ne  citent personne. Ils se prennent un peu  pour  le créateur… Non,  le sens de  la gratitude est très important. Moi, plein  de  gens m’ont aidé. Rien que le fait que je sois né à Londres et que j’habite  Bruxelles. Si j’avais  habité  en  province, je n’aurais jamais joué avec  Lou Bennett et je n’aurais pas reçu tous ces soutiens qui m’ont poursuivi toute ma vie. Il faut saisir les chances, mais il est important de savoir dire merci  et même si on ne le dit pas, il faut se rendre compte qu’on ne peut pas fabriquer tout seul.

Participation aux Etats Généreux de la Musique

Participation aux Etats Généreux de la Musique

En ouverture de la Fête de la Musique 2013, le FACIR vous invite à une grande soirée de rencontres et de débats :  « LES ETATS GENEREUX DE LA MUSIQUE ».

Ils se dérouleront le jeudi 20 juin 2013, de 19 à 23 heures, à la TRICOTERIE (158 rue Théodore Verhaegen à Saint-Gilles).

6 forums thématiques balayeront le terrain: “état des lieux” de nos musiques, programmation des salles et des festivals, production discographique, présence des artistes belges dans les médias, statut du musicien et élaboration d’une politique culturelle. Plus de 40 intervenants et 200 personnes de la profession sont attendus pour réfléchir collectivement au fonctionnement de notre secteur et à son avenir (voir sur le site www.facir.be).

Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les musiciens et les professionnels du secteur de la musique (le public est également le bienvenu).

Journée Internationale du Jazz !

Journée Internationale du Jazz !

L'Unesco a proclamé le 30 avril JOURNÉE INTERNATIONALE DU JAZZ, afin de reconnaître le jazz comme un langage universel de liberté et de créativité. Avec près de 100 concerts par semaine et des musiciens de très haut niveau, la Belgique est un creuset de talents. Les Lundis d'Hortense (association de musiciens de Jazz belges) rejoignent cet événement en organisant des interventions dans la ville de Bruxelles et comme partenaire de la soirée spéciale qui aura lieu à la Jazz Station.
Ce 30 avril à Bruxelles, que vous soyez en train de boire votre apéro en terrasse, que vous couriez pour prendre votre métro.
Ouvrez l'oeil et vos deux oreilles, le jazz va vous surprendre !

En partenariat avec la STIB, la commune de Saint-Gilles et la commune d'Ixelles, le 30 avril le jazz vient à votre rencontre :
Entre 14h et 18h la note bleue résonnera dans les stations de métro Botanique et Montgomery.
À partir de 16h, elle fera aussi swinguer diverses places de Bruxelles.
Et le soir dès 17h30, la Jazz Station vous accueille pour un cours d'histoire du jazz et un concert du Fabrice Alleman quartet qui sera retransmis en direct sur la RTBF.
La soirée se terminera en fanfare avec une jam session !

Tous les lieux sont facilement accessibles par la STIB  "Le Jazz passe aussi par la STIB"

Assemblée Générale 2013

Assemblée Générale 2013

Notre Assemblée Générale se déroulera le lundi 11 mars 2013 à 19h30 à la Jazz Station.

Ce sera pour nous l'occasion de faire le point sur nos activités, nos interrogations et nos projets.
Nous vous invitons à venir vous y exprimer et à nourrir nos débats de vos idées, critiques, et propositions.

Vous le savez, Les Lundis d'Hortense asbl ne ménage pas ses efforts depuis plus de 35 ans pour la promotion du jazz en Belgique. Malgré un contexte difficile, nous continuons à mettre sur scène un maximum de musiciens avec plus de 120 concerts en 2012 à travers nos activités Jazz Tour, Midis Jazz, Gare au Jazz et lors du podium Grand Place le dimanche du Brussels Jazz Marathon. Sans oublier notre stage « Jazz au Vert » qui est toujours aussi bien suivi.

Nous défendons aussi le jazz par une présence active auprès de différentes institutions culturelles comme la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Sabam et PlayRight. L'année 2012 voit aussi la continuation d'une belle collaboration avec les acteurs flamands du jazz : Belgian Jazz Meeting, échanges de groupes entre les JazzLab Series et le Jazz Tour et l'organisation du « JazzForum#2 ».

Le 30 avril 2012, nous avons aussi monté un big band pour célébrer la Journée Internationale du jazz (Unesco) à travers une série de concerts surprises dans différents lieux publics Bruxellois, et ce avec une belle couverture médiatique. Nous avons également organisé une soirée de concerts jazz dans le cadre de Bruxelles-Les-Bains.

Nous n'avons pas faibli du côté de l'information avec des newsletters régulières, notre journal trimestriel «le Jazz d'Hortense », l'incontournable site  www.jazzinbelgium.com, et notre nouveau site, www.leslundisdhortense.be, consacré aux activités spécifiques et aux prises de position de l'association.

Au travers de dizaines de réunions par an et un nombre incalculable d'échanges par e-mail, toute cette belle énergie est mise en œuvre avec enthousiasme par les membres du Conseil d'administration, musiciens pour la plupart, et nos 3 permanents, Katy, Laurent et Emily, qui coordonnent toutes les activités.

Pour s'alimenter, ce dynamisme et cet enthousiasme ont besoin de vos encouragements, notamment par votre présence à l'Assemblé générale, vous les membres de l'association, mais également les spectateurs, les musiciens, les organisateurs, tous ceux qui se sentent concernés de près ou de loin par nos activités et nos objectifs. L'Assemblée générale est pour nous un moment clé dans la vie de l'association: nous faisons le bilan d'une année de travail et nous sommes avides de connaître votre appréciation, vos critiques, vos idées et suggestions.

Cette AG sera constitutive. Tous  les 2 ans, l'Assemblée Générale des Lundis d'Hortense élit un nouveau Conseil  d'Administration. C'est le cas cette année. Les administrateurs de l'association sont traditionnellement, mais pas exclusivement, des musiciens de jazz. Ils doivent surtout être concernés par le monde du jazz et les activités des Lundis d'Hortense, être membre depuis 2 ans minimum et motivés pour s'impliquer dans la vie de  l'association.

Attention, seuls les membres en règle de cotisation au 11/03/2013 ont le droit de voter. Si votre cotisation arrive à échéance, il suffit de verser 15 € sur notre compte Iban BE23 0680 7040 9091, avec la mention « cotisation », pour la reconduire.

Pour rendre la rencontre plus conviviale, à l'issue de l'Assemblée, nous vous invitons à partager 1 verre de l'amitié. Il vous sera aussi possible de prolonger la soirée autour d'un repas pour la modique somme de 12 € (repas à réserver pour le 5 mars au plus tard).

Infos pratiques :

Lundi 11 mars 2013 à 19h30 à la Jazz Station
Chaussée de Louvain 193a-195 - 1210 Bruxelles (entrée par la rue Wauwermans, 1).

A l'ordre du jour :
- Rapports moral et financier
- Vote : approbation des comptes
- Projets et perspectives
- Décharge du Conseil d'administration sortant
- Vote : élection d'un nouveau Conseil d'administration
- Interventions des membres
- Verre de l'amitié + possibilité de repas (12 €)

(repas sur réservation uniquement - pour le 5 mars au plus tard : 02 219 58 51 / Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.)
Au plaisir de vous y rencontrer !

Le CA des Lundis d'Hortense :
Eve Beuvens, Linda Lores Blanes, Henri Courtois (Trésorier), Jean Demannez, Jean-Paul Estiévenart, Tuur Florizoone, Alexandre Furnelle, Bruno Grollet, Manuel Hermia, Nicolas Kummert, Daniele Martini, Alain Pierre (Président), Jean-Louis Rassinfosse, Etienne Richard, Christine Rygaert, Toine Thys, Barbara Wiernik.

FACIR - rassemblement des musiciens

FACIR - rassemblement des musiciens

Les Lundis d'Hortense asbl vous recommande de prendre connaissance du regroupement  FACIR et de ses différentes actions

Bonjour à tous,

FACIR (Fédération des Auteurs, Compositeurs et Interprètes Réunis) a pour vocation de rassembler TOUS les musiciens de la Fédération Wallonie - Bruxelles, tous genres confondus. FACIR s'est constitué de manière spontanée suite à l'appel du secteur du théâtre et à la manifestation du 20 novembre 2012 contre les coupes budgétaires d'aides à la création en FWB. Les musiciens présents à cette manifestation ont décidé d'agir.   

Nous avons maintenant un site, www.facir.be qui vous explique qui nous sommes et qui présente un résumé de nos dernières actions suite à l'annonce des coupes budgétaires dans la Culture. Ce site offre également un espace de parole: dans la rubrique "Vos Témoignages", vous pouvez nous faire part de vos idées, remarques, et partager avec nous votre experience de musicien : www.facir.be

Nous avons besoin de votre aide,  de votre d'énergie et de vos idées pour nous faire entendre auprès des instances, des médias, de la RTBF, CSA, SABAM, etc... Vous pouvez rejoindrre le FACIR, en y déposant votre adresse mail, soit pour Etre informé de nos actions, soit pour participer activement aux groupes de travail.

Faite circuler ce texte jusqu'à faire exploser les boites de messageries !
Merci à tous et à bientôt,
Le FACIR

Les 100 Ciels (A. Pierre) @ Gare à la Fête

Les 100 Ciels (A. Pierre) @ Gare à la Fête

Petit extrait de "Les 100 Ciels" (Alain PIERRE) joué en version "Small Band" lors de Gare à la Fête 2012 organisé par les Lundis d'Hortense le 26.09.2012 à la Jazz Station (Bruxelles). Gare à la Fête est la fête de lancement de la saison de concerts des Lundis d'Hortense. Plus d'infos sur nos activités & concerts sur www.leslundisdhortense.be

Jazz#Forum 2012: les compte-rendus

Jazz#Forum 2012: les compte-rendus

Le mardi 13 mars, la scène jazz belge s'est réunie pour une deuxième journée de rencontre rassemblant tout le secteur au Beursschouwburg à Bruxelles.

Cette deuxième édition du Jazz#Forum était pour la première fois bilingue et a été organisée par les partenaires suivants : BOMM (bond van onafhankelijke musici), Les Lundis d'Hortense, JazzLab Series en Muziekcentrum Vlaanderen.

À l'aide de 4 "tables rondes", des discussions ont eu lieu autour de ces sujets : les subventions et le soutien des gouvernements ; l'élargissement au-delà de la frontière linguistique et vers l'étranger ; la visibilité et l'image ; la production musicale. Cette deuxième édition a rassemblé près de 130 participants !
> téléchargez ici la liste des participants avec leur adresse email

Les documents que vous pouvez télécharger ci-dessous présentent une fusion des rapports des différents groupes constitués. Vous pouvez les consulter comme de volumineux dossiers d'étude !

Subventions
Elargissement
Image & visibilité
Production musicale

Le prochain Jazz#Forum aura lieu le 11 mars 2014 à Flagey. Entre-temps, un certain nombre de thèmes seront approfondis par des groupes de travail, des sessions d'informations ou de la concertation en sous-groupes. Plus d'informations suivront. Cela se passera sous l'intitulé "Jazz#Forum" en tant que plate-forme informelle pour le jazz en Belgique.

Le prochain événement du jazz qui réunira à nouveau toute la Belgique sera le Belgian Jazz Meeting du 6 au 8 septembre 2013, cette fois côté francophone !

Musiciens, défendez vos droits d'auteurs !!!

Musiciens, défendez vos droits d'auteurs !!!

Vidéo du saxophoniste Toine Thys (2012) pour convaincre les Jazzman (et autres) de se rendre à l'Assemblée Générale de la SABAM pour déféndre leurs droits d'auteurs. Les droits d'auteurs (des petits ayants droits) sont chaque année plus menacés.
CONTEXTE : L'assemblée générale de la SABAM regroupe tous les compositeurs de tous les genres musicaux. Certaines associations représentant des multinationales de l'édition et des compositeurs de musique pop et de variété se sont regroupées pour proposer des modifications de répartitions des droits en leur faveur. Par exemple, certains lobbies ont proposé d'augmenter de 60 % les revenus des compositeurs de Jingle, ce qui aurait pour conséquence immédiate, la réduction de plus de la moitié des droits nous revenant, à nous compositeurs de Jazz, musique classique, musique du monde, et d'autres moins 'commerciaux'.

Les Lundis d'Hortense défendent depuis 3 ans nos intérêts, mais nous avons besoin maintenant de vous tous. La situation est critique, et nous pourrions perdre le peu de droits que nous avons jusqu'à présent. Tout le monde s'accorde à dire qu'il faut agir maintenant, avant qu'il ne soit trop tard !AGIR : Pour défendre nos droits d'auteurs, il faut être présent en grand nombre à l'AG de la SABAM, et avoir un droit de vote à cette même assemblée.
Pour ce faire, il faut libérer la totalité de sa part sociale. La plupart d'entre nous ont libéré le minimum de 25 % du montant de la part (31 euros). Or, pour voter, il faut avoir acquis une part complète (supplément de 93 euros pour un droit de vote à vie, ou jusqu'au jour où vous n'en voudrez plus: vous pourrez alors récupérer cette somme).

Il vous faut verser 93 euros sur le compte de la SABAM sur le compte suivant:
IBAN BE 35 000079747437
BIC BPOTBEB1

Et avec la communication suivante:
Complement de part sociale de +++ VOTRE NOM +++.

Attention, l'acquisition du droit de vote (à vie) doit se faire au plus tard 2 mois avant la prochaine AG.
Vous serez alors invité à l"Assemblée Générale, et vous aurez ... le droit de vote à vie (en plus d'autres avantages sociaux que ce statut offre, pension etc..). La date de l'AG de la SABAM 2013 est le 27 mai 2013.
Si vous le souhaitez, vous pouvez informer les Lundis d'Hortense lors de la réception de votre confirmation (02 219 58 51 ou ldh AT jazzinbelgium.org) et nous vous aiderons au mieux à l'approche de l'AG pour défendre vos droits. Si vous ne pouvez y assister personnellement, vous pouvez vous faire représenter en donnant procuration.

Journée internationale du jazz de l'UNESCO

Journée internationale du jazz de l'UNESCO

Pour cette occasion, Les Lundis d'Hortense ont rassemblé la crème du jazz belge pour constituer un big band qui est allé jouer dans des lieux improbables de Bruxelles!
Un tout grand merci aux musiciens ainsi qu'à toutes les personnes - photographes, presse, administrateurs, bénévoles - qui ont participé d'une manière ou d'une autre à cette belle initiative !!! Une belle réussite musicale et médiatique !!!

Message pour la Journée internationale du jazz

Lors de la Conférence générale de novembre 2011, le 30 Avril a été proclamé "Journée Internationale du Jazz ". Cette Journée est destinée à sensibiliser la communauté internationale aux vertus du jazz comme outil éducatif, et comme force de paix, d’unité, de dialogue et de coopération renforcée entre les peuples. De nombreux gouvernements, organisations de la société civile, institutions éducatives et citoyens, actuellement engagés dans la promotion de la musique jazz, saisiront cette occasion pour favoriser une plus grande appréciation non seulement de cette musique mais aussi de sa contribution à l'édification de sociétés plus inclusives.

"Tout au long de son histoire, le jazz a été un moteur de transformations sociales positives et l’est encore aujourd’hui. C’est pourquoi l’UNESCO a créé la Journée internationale du jazz. Depuis ses origines enracinées dans l’esclavage, cette musique a fait entendre sa voix passionnée contre toutes les formes d’oppression. Elle est une langue de liberté qui parle au cœur de toutes les cultures."

Irina Bokova, Directrice Générale (UNESCO)

Pourquoi une Journée internationale du jazz ?

• Le jazz brise les barrières et crée des opportunités pour la compréhension mutuelle et la tolérance ;
• Le jazz est un vecteur de liberté d'expression ;
• Le jazz est un symbole d'unité et de paix ; 
• Le jazz réduit les tensions entre les individus, groupes et communautés ;
• Le jazz favorise l'égalité des sexes ; 
• Le jazz renforce le rôle des jeunes pour le changement social ;
• Le jazz encourage l'innovation artistique, l'improvisation, de nouvelles formes d'expression, et l'intégration de formes musicales traditionnelles dans de nouvelles ; 
• Le jazz stimule le dialogue interculturel et valorise les jeunes issus de milieux marginaux.

 

Jazz#Forum 2ème édition

Jazz#Forum 2ème édition

Jazz#Forum - 2è édition - le 13 mars 2012
Après une première édition en 2010 qui a rencontré un vif succès, Les Lundis d'Hortense, BOMM (bond van onafhankelijke musici), JazzLab Series en Muziekcentrum Vlaanderen s'associent pour organiser une nouvelle journée de rencontre autour du secteur jazz. Jazz#Forum 2012 devient une édition belge. C'est l'occasion pour l'ensemble de la Belgique de débattre sous forme de tables rondes sur les thèmes suivants:

1. subventions et soutien des gouvernements
Tant du côté de la Communauté française que flamande, il existe différentes formes de subventions possibles : bourses pour les artistes, interventions pour les frais de voyage, subventions de projets pour la création ou la production de CD, aides structurelles, interventions pour aider la diffusion des artistes (Art & Vie en Wallonie – "aanbod Podium/Nieuw Talent" en Flandre). Pourtant, les différentes formes de subventions ne paraissent pas toujours adaptées ou faciles à appliquer dans le secteur du jazz.

Quels sont les points névralgiques dans le processus de demandes ou d'attributions de subventions ? Les aides financières atteignent-elles dans leur totalité les musiciens ou les créateurs ? Y a-t-il d'autres besoins de soutiens que des aides financières (administratives, au niveau de la production…) ? Travailler via un Fonds pourrait-il apporter une solution ?  Créer un centre pour le jazz qui jouerait un rôle de centre de création et de soutien aux projets, est-ce une priorité pour l'avenir ? Où se situe le jazz dans les discussions actuelles dans la politique des subventions aux tendances libérales ? Y a-t-il un besoin de chercher d'autres sources de financement que les subventions ?

2. déploiement au delà des frontières linguistiques et à l'étranger
Il existe en Belgique un foisonnement culturel, cependant notre petite superficie limite les possibilités de concerts et de toucher un public plus large. Trouver des accès au marché étranger et au-delà de nos frontières linguistiques est par conséquent une priorité, ce qui n'est pourtant pas évident.

Quels résultats obtient un événement tel que le Belgian Jazz Meeting ? Créer un bureau dédié à l'exportation tel qu'il en existe dans d'autres pays proches du nôtre ne serait-il pas bénéfique? Quels sont les moyens efficaces pour trouver des accès sur le marché étranger ? Quels projets d'échanges existent entre les organisateurs belges et leurs collègues étrangers ?

3. visibilité et image
Actuellement dans les médias, la part pour la culture se réduit. La valeur artistique d'un projet ou d'un produit semble être de moindre importance que le souci de diffuser des informations nouvelles, même si elles sont superficielles. Les journalistes eux-mêmes rencontrent des difficultés pour défendre l'espace attribué au jazz. De plus, le secteur du jazz ne réagit pas ou peu à cette diminution d’espace dans les journaux et de temps de diffusion en radio.

Que peut faire l'ensemble du secteur pour obtenir plus d'attention pour le jazz dans les 'grands médias' ? Les médias de masse sont-ils réellement les bons canaux pour atteindre un public jazz ? Les médias sociaux offrent-ils des alternatives à la presse écrite traditionnelle ? Et qu'en est-il des blogs ou des sites internet spécialisés ? Quelles stratégies peut-on développer aujourd'hui pour attirer l'attention des journalistes et des rédactions ? Les médias spécialisés parviennent-ils à s’en sortir, qu’en reste-t-il ? Comment cela est-il résolu dans d'autres secteurs ? Quel est le rôle des musiciens / organisateurs dans la promotion du genre ?

4. production musicale
L'arrivée d'internet et de la musique téléchargeable remet en question les fondations de l'industrie de la musique. Il y a une multitude d'artistes, mais seulement quelques uns réussissent à produire un disque, trouver un label et ensuite vendre leur disque. Avec des chiffres de vente allant de 200 à 1000 exemplaires pour les disques de jazz belges, on ne peut pas parler d'un succès retentissant. Le marché évolue ultra rapidement et l'une des plus récentes méthodes de financement, les 'crowdfunding', trouve aussi des ouvertures dans le monde culturel.

Quels sont à ce jour la fonction et l'utilité d'une production de CD ? Les ‘crowdfunding’ peuvent-ils apporter une solution face à la disparition du financement par les labels ? Ne serait-il pas préférable que les labels fusionnent et travaillent en tant que plus grosses structures à des synergies ? Existe-t-il d'autres alternatives attrayantes pour diffuser votre musique vers le public ? Dans quelle mesure le circuit 'live' joue-t-il un rôle dans la vente de musique enregistrée, et inversement ? Comment ceci est-il résolu dans d'autres secteurs ?

QUAND? Le mardi 13 mars de 10h à 17h
Où? Beursschouwburg Brussel
PARTICIPANTS? Les professionnels du secteur ont reçu une invitation (envoyée par email)
L'inscription est indispensable.
Pour le formulaire d'inscription, cliquez ici

Nicolas Kummert Voices Live @ BJM

Nicolas Kummert Voices Live @ BJM

Nicolas Kummert -- sax, voix / Hervé Samb (F) -- guitare, voix / Alexi Tuomarila (Fin) -- piano / Nicolas Thys -- contrebasse, voix / Jens Bouttery -- batterie, voix / Nicolas Lefèvre -- modulation, effets & sonorisation.

Souscription

Devenir Membre

Devenir Membre

Pour 20€ seulement par an! Soutenez l'association en devenant membre et bénéficiez de réductions pour toutes nos activités, concerts et stages.…
Recevoir le

Recevoir le "Jazz d'Hortense"

Gratuit et sur simple demande! Le Trimestriel vous informe sur nos activités, derniers news sur le jazz belge, les sorties CD du trimestre, des…
Soumettez votre projet

Soumettez votre projet

Vous êtes musicien et vous souhaitez soumettre votre projet pour l'une de nos activités ? Sachez que vous pouvez présenter votre…

Partenaires

Copyright© - Les Lundis d'Hortense. All Rights Reserved.
SNK | Creating Digital Experiences