Avez-vous déjà observé les oiseaux dans le ciel ? Ceux dont les trajectoires sont rarement linéaires. Vous les avez déjà vu, ces oiseaux qui restent en vol stationnaire, qui se laissent porter par le vent, puis qui plongent, qui bifurquent soudainement et qui reprennent de l’altitude ? Ces oiseaux qui se croisent et recroisent encore, tout en élégance, et qui tournent à nouveau en rond puis, finalement, vont se cacher ? C’est un peu de cette liberté et de cet imprévisibilité dont s’inspire le duo Tom Bourgeois et Fil Caporali. Le sax ténor, ondulant et fluctuant, dessine des mélodies souples et pleines de lyrisme. La contrebasse, au son chaud et ouaté, sert d’abord de support invisible puis de guide. Utilisant parfois l’archet, Fil Caporali accompagne la clarinette basse de Tom Bourgeois, sombre et troublante. Et les voilà comme des échassiers qui cherchent leur chemin à travers les roseaux du marais. Le duo est toujours inspiré, prend toujours du recul, semble vouloir s’éloigner au maximum des activités terrestres trop bruyantes. C’est dans le calme et la plénitude que le dialogue feutré s’installe. Fil et Tom comptent à la fois l’un sur l’autre pour se rassurer comme ils laissent dériver l’un par l’autre. Pas question de mettre ces deux-là en cage. Plus apaisante qu’introspective, la musique de ce Moanin’ Birds nous emporte au grès d’un vent de liberté bienvenu. Nous, on attendait que ça.