© Vincent Blairon

Avec “About Time” le pianiste Martin Salemi nous revient aujourd’hui avec un album soigné à l’ambiance feutrée, un album dont la cohérence du propos et la maturité du jeu nous confirment tout son talent pour pouvoir nous offrir une musique intemporelle, en dehors des modes et des courants, une musique sincère et nourrie d’une grande humilité.

Sous ses airs nonchalants et pince-sans-rire, Martin Salemi emmène son trio, avec tempérament, au cœur d’une musique qui voit large. Salemi a le sens de la narration et possède les arguments pour convaincre tout le monde à le suivre. Il faut dire qu’il peut compter sur une rythmique soudée et complice (Boris Schmidt à la contrebasse et Daniel Jonkers aux drums) qui est aussi, sans nul doute, l’un des secrets de cette réussite. Car il s’agit bien ici de dialogues, d’échanges de points de vue et surtout de liberté. On compte parmi ses influences Stefano Bollani ou Diederik Wissels, mais aussi des pianistes de la “nouvelle vague” américaine tels qu’Aaron Parks et Gerald Clayton, ou les grands maitres que sont Keith Jarrett, Brad Mehldau ou encore Gonzalo Rubalcaba ; le tout teinté d’une certaine esthétique d’ECM. Ses nombreuses influences n’ont pas empêché Martin de se créer une identité unique : le pianiste aime prendre les contrepieds, ne pas être là où on l’attend. C’est cela qui rend sa musique aussi variée que très personnelle. Les trois musiciens installent avec malice des mélodies ciselées et exploitent au mieux les harmonies et les respirations. Et puis ça explose, comme un trop-plein, comme une excitation soudaine et irrépressible. Et l’on sourit de plus belle. Et l’on bat du pied. Ce jazz est une bouffée d’air pur et de bonheur constant, tant dans les moments vifs que plus introspectifs. C’est simplement du plaisir à partager. Pourquoi s’en priver ?