Batteur parce que papa ne l’était pas – quoique, vibraphoniste, ça tient de la percussion -, Arnaud Cabay trace une voie originale, loin de l’académisme et plus proche du vécu. Avec l’impressionnisme du trio de Bill Evans en ligne de mire.
Dominique Simonet
En visite chez ses parents à Polleur le week-end dernier – celui de Pâques -, dans une pochette dont les photos n’ont jamais été mises en album, il trouve un cliché de lui, tout gamin, assis sur une pile d’une quinzaine d’annuaires de téléphone, en train de jouer du piano : « Je devais avoir 3 ou 4 ans quand j’ai commencé », explique Arnaud Cabay, l’un des piliers du BAM ! Trio.
Avec un grand-père paternel clarinettiste et, du côté maternel, un organiste-sacristain à Polleur, Arnaud Cabay a des antécédents musicaux dans la famille. Chez lui, « la pièce centrale était occupée par le piano, le vibraphone et un balafon posé par terre, auquel j’avais donc accès quand je ne marchais pas encore. Chez moi, les percussions viennent peut-être de là ».
Célèbre pour faire sonner le wallon comme du brésilien dans des chansons bossa nova comme « Pôve Tiesse » (ou Amon laca selon le refrain) et « Li Bia Bouquet », Guy Cabay, père d’Arnaud, est avant tout un musicien de jazz, spécialiste du vibraphone. « J’ai connu mes premiers émois musicaux avec papa », confirme le fils. « Il est aussi mon premier contact avec la pratique musicale. Lorsqu’il répétait à la maison, j’ai tout de suite vu le travail qu’il y avait derrière un concert ! ».
Un défilé à la maison
Des musiciens, le jeune Arnaud en a vus défiler à la maison… Le moment qui l’a le plus marqué, c’est lors de l’enregistrement du duo formé par son père Guy et le pianiste Fabian Fiorini, alors tout jeune, 17 ans. « J’étais dans le salon », se souvient-il, « et ma mère disait que Fabian venait toujours avec ses tartines au sirop de Liège et qu’il en mettait partout ! ». Le disque, lui, est resté : « Fasol Fado », paru chez Igloo en 1995.
Dans la formation musicale d’Arnaud Cabay intervient aussi Julien, son frère aîné, alors à l’école secondaire à Verviers – entendez à la ville. Là, il allait chercher des disques à feue la Médiathèque, qui vient de passer à la trappe budgétaire : « Cette perte est terrible, une des grandes sources de découverte est perdue », se lamente-t-il. Ainsi, « Étant ado, j’écoutais beaucoup de rock, et énormément de hip-hop ». Du punk rock également, comme les Californiens de NOFX – prononcé No FX, « que j’ai beaucoup écouté et que j’écoute toujours, comme Radiohead ».
Mais il lui arrivait aussi d’écouter Bill Evans le pianiste, et l’album « Everybody Digs » (1958) ou le testamentaire « You Must Believe In Spring » (1981), ce dernier avec Eliot Zigmund à la batterie : « J’ai toujours été attiré par ce jeu impressionniste, un peu abstrait, non conventionnel. Cela me parle plus que le swing ». D’où son admiration pour Paul Motian, batteur qui a fait le grand pont entre Lennie Tristano, Bill Evans et Keith Jarrett.
Graffiti vindicatif
À côté de cela, Arnaud Cabay revendique « une grande influence de la culture hip-hop » dans sa vie », notamment par son aspect visuel : « plus le graffiti que le street art, qui en est la gentrification, alors que le graffiti est un truc vindicatif, instinctif, qui ne plaît bien sûr pas à tout le monde… ».
Le hip-hop peut aussi faire office de passeur… vers le jazz. « J’écoute toujours beaucoup un disque de Nas qui m’a énormément plu, « Hillmatic », avec un sample d’Ahmad Jamal tiré de « The Awakening », un de mes disques de jazz préférés ». Paru en 1970, cet album en trio contient une reprise de « I Love Music » dont le réalisateur artistique Pete Rock a fait une boucle pour la chanson « The World is Yours ». « Oui, on peut arriver au jazz par le hip-hop, alors que c’est souvent le contraire, on popularise le jazz aujourd’hui, on le modernise » avec des échantillonnage, pour le mettre au goût du jour et ainsi séduire un public plus large et plus jeune.
Chez Ahmad Jamal, Arnaud Cabay admire également le côté « très anti-académique, y compris dans sa façon de réharmoniser ou de relire les standards. C’est aussi comme ça que je conçois les choses. Quand je suis allé au Conservatoire à Bruxelles, il y a des choses que j’ai eu l’impression de devoir désapprendre, avant de les réapprendre en sortant ».
L’essence de l’art
En fait, Arnaud Cabay revendique « l’influence de la vie sur la manière dont on s’exprime ». Il prend pour exemple une blessure à l’épaule lorsqu’il était en Erasmus en Italie, étudiant avec le batteur Roberto Gatto. « Cela a été un énorme frein à mon développement technique », explique-t-il, « et j’en souffre encore. Cela a changé ma manière de concevoir la musique, loin de l’académisme et pour un retour à l’essence de l’art. Le milieu du jazz se veut très virtuose, très compétitif, et j’ai trouvé comment légitimer une façon de s’exprimer autrement. Histoire de ne pas faire la même chose que tout le monde ».
Parmi ses pairs batteurs, s’il admire Paul Motian, Arnaud Cabay apprécie aussi énormément Elvin Jones, associé à l’univers créatif du saxophoniste John Coltrane : « j’ai fait faire un portrait de lui sur un tableau gigantesque, et je l’ai mis dans mon salon. Ainsi, il me regarde tous les jours ».
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