En tournée des clubs avec son quartette « électrique » Ruby, le guitariste montois, issu d’une famille du sud de l’Italie où la musique compte, fait ce dont il avait vraiment envie : du jazz crossover sous influences multiples. Dont celle de John Scofield.

Dominique Simonet

Ruby, voilà un nom qui ne passe pas inaperçu actuellement, tant le quartette mené par le guitariste Lorenzo Di Maio tourne en nos contrées. Dans le parcours du Montois, ce projet s’inscrit après un album en acoustique et un autre en compagnie d’un quatuor à cordes : « Avec Ruby, je veux proposer quelque chose de plus électrique, un son de batterie massif, des guitares saturées », explique l’intéressé.

Le nom Ruby n’a pas de signification particulière, non, c’est juste parce qu’il sonne bien et ne s’oublie pas, comme cette musique… « Je ne fais que mettre en musique mes différentes influences, mon côté crossover». De fait, Lorenzo Di Maio a des goûts très variés, s’attachant au folk de Madison Cunnigham comme au R&B teinté gospel et jazz de Laura Mvula.

Mais, à la base, son truc à lui, toute la musique qu’il aime, c’est le blues, dont ses grands-parents avaient des disques à la maison : « Le blues a fait mon éducation guitaristique », avoue-t-il, et ça s’entend dans son jeu. « Robben Ford, Eric Clapton, Freddie King, B.B. King sont ceux qui j’écoutais beaucoup et par lesquels j’ai appris la guitare ,en quelque sorte. Avant de plonger dans le jazz, c’étaient mes premières amours ».

Du blues, du blues, du blues

Du blues dans la discothèque grand-parentale, ça augure d’une famille très musicale : « Deux oncles m’ont donné envie de musique », explique Lorenzo Di Maio, « Jo Scinta, le grand frère de ma mère, est trompettiste et chanteur ; Santo Scinta, son petit frère, est batteur ». Père maçon, mère ayant travaillé dans une usine, « je fais partie des nombreux Italiens fils de mineurs. Mon grand-père est arrivé avec ses deux frères en Belgique ».

Oui, mais la guitare, dans tout ça… Pourquoi elle et pas la trompette ou la batterie comme les tontons joueurs ? En réalité, la batterie était sa première idée, « mais l’envie de guitare s’est imposée à moi : par peur du bruit, mes parents m’ont offert une guitare à 8 ans, et je n’ai plus arrêté depuis, elle est toujours là ! ».

Le Montois estime avoir eu « une enfance plutôt heureuse ». « Mes parents ont tout fait pour que, ma sœur et moi, nous soyons heureux et épanouis. Je me suis toujours senti aidé et soutenu, et ça, c’est précieux. Le fait que deux frères de ma mère sont musiciens donnait, à mes parents, une vision concrète de ce qu’est le métier. Ils avaient des craintes – légitimes -, mais ils m’ont fait confiance et laissé faire », dit-il en souriant.

L’impulsion de Santo

Dans la foulée du blues, le déclic jazz s’est fait chez lui à l’âge de 10 ou 11 ans. À l’époque, le petit Lorenzo écoutait des disques, surtout de blues donc, dont il essayait de reproduire la musique sur sa guitare. Pensant sans doute que le gamin montrait des talents à développer, « mon oncle Santo m’a conseillé d’entrer à l’académie de Baudour ». Bien vu, car le jeune guitariste découvre le jazz avec deux de ses professeurs, le saxophoniste Fabrice Alleman, lui-même montois, et le guitariste d’origine napolitaine Paolo Loveri.

Voilà donc le jeune Lorenzo bien entouré, avec d’un côté, son oncle Santo – dont le prénom n’est décidément pas usurpé – qui lui offre deux albums comme autant chefs-d’œuvre guitaristiques : « A Go Go » (1998), première collaboration de John Scofield avec Medeski Martin & Wood, et « Imaginary Day » (1997), du Pat Metheny Group. Et de l’autre côté, Paolo Loveri, qui lui filait pas mal de choses à écouter : Joe Pass, Wes Montgamery, Kurt Rosenwinkel, « sans parler des grands chefs-d’œuvre comme ‘Kind Of Blue’… En ce qui concerne le jazz, Paolo a fait mon éducation musicale ».

Mons, rampe de lancement

À l’époque, début des années 2000, il y avait moyen de bien se former au jazz dans la région montoise. Lorenzo Di Maio et Jean-Paul Estiévenart, qui fréquente l’académie de Saint-Ghislain, se rencontrent à Baudour lors d’un concert de fin d’année suivi d’une jam ; depuis, ils ne se quittent plus. Ensemble, ils fréquentent le K. Fée, un club organisant des jams tous les lundis et où les groupes du Jazz Tour, aussi des Lundis, passaient également : « Nous avions accès à beaucoup de concerts, et on a pu commencer à jouer ».

Au fil du temps et de la pratique, Lorenzo a commencé à avoir « très envie de vivre de la musique ». L’idée du conservatoire était une forme de suite logique à son parcours. « Avec mes parents, le pacte consistait à faire une bonne école, à avoir un bon diplôme ». Pour lui qui avait envie d’apprendre, « ce n’était pas une mauvaise idée ».

Tendance crossover

« Pendant les années d’études, on a l’impression de savoir où l’on va. Les deux premières années après le Conservatoire de Bruxelles, on allait vers plus de doutes ». « Je n’ai pas à me plaindre », reconnaît Lorenzo Di Maio, « j’ai rencontré des musiciens qui m’ont fait confiance et j’ai eu assez vite du boulot ». Ainsi est venue la prise de conscience de faire de la musique « son métier ».

Au niveau de la guitare, « Scofield reste très important pour moi », dit-il, avant de citer le néerlandais Jesse Van Ruller, Peter Bernstein et les incontournables Bill Frisell et Julian Lage, « une lignée de guitaristes qui m’influencent aujourd’hui ». Lorenzo Di Maio se sent également proche du pianiste américain Aaron Parks, 42 ans, originaire de Seattle, pour « son côté crossover très mélodique et jazz. On pourrait aussi citer Brad Mehldau pour les mêmes raisons. Ce sont là les démarches artistiques qui me motivent ».