À la tête de son quartette belge, le saxophoniste français montre une fois de plus sa passion pour le swing, cette fois teinté des douceurs californiennes.
Dominique Simonet
Soyons clair : le basson n’est pas la plus grande porte d’entrée à l’univers du jazz, et c’est pourtant avec cet instrument, plus à son aise chez Bach, Mozart ou Vivaldi que chez le Duke ou le Count, que le petit Mathieu Najean a commencé à pratiquer la musique. Entre-temps, il s’est bien rattrapé puisqu’il s’est mis à la guitare, au saxophone ténor et, maintenant, au baryton.
Sax ténor et baryton sont désormais ses instruments de prédilection, ceux qu’il déploie avec son quartette dans l’album « West Side » (2025), avec ses comparses Wouter Van Den Broeck (piano), Victor Foulon (contrebasse) et Matthias De Waele (batterie). Ces quatre-là se connaissent depuis l’aventure du Sounds Swing Machine, groupe résident du club bruxellois créé à l’initiative de son directeur, le pianiste Joachim Caffonnette.
Saxy Jazz
Depuis la fin du Sounds et la création, par le même Caffonnette, du Toots Jazz Club près de la Grand Place de Bruxelles, le combo original se produit toujours une fois par mois, lors des Juke Sessions. Dans tous les cas, chez Mathieu Najean, c’est le swing qui prime, avec lequel il a été mis en contact très tôt, grâce à la compilation « Saxy Jazz », avec Gerry Mulligan, Bob Brookmeyer, Lester Young, etc. Très tôt, il a aussi été sensibilisé à la musique du saxophoniste américain Stan Getz avec le guitariste et chanteur brésilien João Gilberto et le pianiste et compositeur Antônio Carlos Jobim.
« Mon frère, qui est contrebassiste, écoutait aussi Charlie Parker – j’avais un peu de mal au début -, et Django ». Après le piano à 7 ans, le petit Mathieu est initié, à 10 ans, au basson classique, instrument à anches dont le son lui a plu, ainsi que « le fait de le démonter, le remonter », le côté bricoleur quoi. « Après, j’ai essayé le jazz au basson, mais ça n’a pas trop marché », avoue-t-il…
Arrivé d’Angoulême à Bruxelles en 2008, avec d’abord l’idée d’étudier la prise de son à l’Insas, il tente d’entrer à la classe de jazz du conservatoire avec le basson, mais n’est pas pris. « J’ai finalement été pris en 2011 avec la guitare », dit-il, instrument à cordes qu’il lâcha un an plus tard pour s’attaquer au saxophone ténor.
Question d’harmonie
Au conservatoire de Bruxelles, Mathieu Najean suit les cours de Fabrice Alleman et Manuel Hermia, « eux dans un style beaucoup plus moderne de saxophone, mais ils étaient à l’écoute », se souvient-il. Le Normand de naissance, Charentais d’adoption a aussi travaillé avec Arnould Massart et Pierre Zurstrassen. « J’ai beaucoup appris. Beaucoup de choses se sont débloquées harmoniquement ».
Parti vivre à Paris en 2018, « tout en jouant toujours avec les groupes belges », il y fait son trou via des jams, des rencontres, etc. Travaillant dans plusieurs groupes, il réalise notamment un album en septette, « Panorama » (2020), puis, dans une formation similaire, l’album « Outta the Blue with You », avec la chanteuse new-yorkaise Cait Jones. Un premier album en quartette avec des musiciens parisiens rassemble des standards (« Session n°1 »), suivi par « West Side (Session n°2) », signifiant également son retour à Bruxelles. « Mais je joue encore beaucoup à Paris », notamment au club Le Duc des Lombards ou pour la station de radio TSF Jazz.
À l’ouest avec Stan Getz
Le nouvel album, essentiellement fait de compositions originales, « West Side », dit bien ce qu’il veut dire : « Je me suis rendu compte que c’était beaucoup inspiré du jazz West Coast », dit-il. Derrière, on trouve l’influence de George Shearing, « un de mes pianistes préférés pour son toucher très élégant ». Stan Getz est aussi une inspiration pour lui, « surtout dans sa période avec le guitariste Kenny Burrell, et avec Oscar Peterson, mon préféré, sans batterie. En fait, le cool était là, sans que je m’en rende compte ». C’est aussi sur « West Side » et la présente tournée qu’il s’ouvre au saxophone baryton.
Sur le principe de fonctionnement du quartette actuel, Mathieu Najean se réfère à des saxophonistes comme Lester Young, Ben Webster ou Johnny Hodges, pas au sein des célèbres big bands dont ils furent les plus brillants solistes, mais en plus petite formation, « durant la période des années cinquante, avec des rythmiques à leur service » : « Ils étaient concentrés sur le swing et le groove, et ça me touche beaucoup ». Au sein du quartette actuel, « la priorité n’est pas de se répondre à tout prix, ais de pousser le swing de groupe le plus loin possible ».
À côté de cela, outre une expérience importante dans les comédies musicales, celui que l’on peut désormais identifier à Mister Swing joue toujours beaucoup pour les danseurs, notamment avec la formation Reverent Juke, qui tourne à l’international, jusqu’en Asie, depuis une dizaine d’année. De retour de La Nouvelle-Orléans, Mathieu Najean eut aussi l’idée de créer, sur le modèle des Mills Brothers, un quartette vocal nommé The Morning Call. Swing, quand tu nous tiens…
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