© Pierre Thouvenot
Originaire du Var, dans le Midi de la France, le bassiste, guitariste et compositeur a fait son trou à Bruxelles, base de départ d’une carrière variée et internationale.
Pour Théo Zipper, né dans une famille artistique, tout cela ne serait pas arrivé sans l’amitié.
Dominique Simonet
Théo Zipper est du nombre des musiciens français venus un jour à Bruxelles… et qui y sont restés ! C’était en 2013, il avait 19 ans. Originaire de Saint-Raphaël, dans le Midi de la France, il estimait que, pour faire de la musique, « il fallait aller plus au nord ». Abordable financièrement, avec pas mal de clubs et de scènes, la capitale belgo-européenne a aussi une dimension internationale qui attire les artistes.
« Je me suis senti super bien à Bruxelles. En France, il est parfois compliqué de se parler. À Saint-Gilles, sur un malentendu, je me faisais un copain en une demi-heure ! Et, très vite, j’ai trouvé de très chouettes musiciens avec lesquels jouer ».
Ça n’a pourtant pas été si simple que ça, venir dans la grande ville. « Mon père voulait du cadre, alors j’ai passé et réussi le concours du Conservatoire de Bruxelles. J’y suis resté trois jours… Il fallait le bac, que je n’avais pas ». « Alors j’ai fait ce que je savais faire, jouer dans la rue, les restaurants… J’ai donné mon premier concert à Bruxelles pour 10 euros dans un restaurant africain à Anderlecht. »
L’école de la rue
Alors autant positiver : « La rue t’apprend à t’affirmer à sentir le public. Mais c’est aussi, parfois, la bagarre, et tu te trouves à courir avec ta contrebasse pour la sauver. » Avec ses ambitions artistiques et son envie de scène restées intactes, Théo Zipper monte un premier quartette et enregistre « un petit disque ».
« Les premières personnes qui m’ont tendu la main durant ces années-là en Belgique, je ne les oublie pas ». Il s’agit de Lionel Cataldo, tenancier du Café Bravo, « qui ne m’a pas demandé si j’étais au Conservatoire », et de Fanny De Marco, qui lui propose de participer au Marni Jazz Festival. « Je me suis retrouvé avec Reggie Washington, Michel Hatzigeorgiou, de très grands bassistes. C’est important de se rappeler des premières personnes qui t’ont donné un peu de considération. »
Aujourd’hui, Théo Zipper peut revendiquer une carrière internationale, notamment avec Aleph, et une présence sur les plus belles scènes, comme celle de Flagey. Il n’en a pas toujours ainsi. En 1994, l’enfant a la chance de naître dans un milieu de haut niveau culturel : père architecte, mère artiste peintre : « Il y avait tout le temps de la bonne musique à la maison, des tableaux aux murs et, à table, on parlait d’art ».
Question d’ouverture
« Mes parents avaient une ouverture artistique très forte, ça aide ! ». Grâce à son père, il entend Magma, le groupe de Christian Vander, ou Soft Machine. Mais, « parfois, mon père me réveillait le dimanche matin à 8 heures avec Wagner ! ». Sa sœur, elle, écoute aussi bien du jazz que du death metal. Pour résumer la perception de la musique à la maison, c’était « un truc non hiérarchisé, où Wagner peut côtoyer Nirvana ».
De sa sœur, parlons-en, tiens : de 13 ans son aînée, Emma pratique le chant et la flûte en amateur. « À 9 ou 10 ans, j’étais attiré par la musique, j’avais envie de jouer avec ma sœur, c’était naturel ». L’idée de la basse est venue de manière « très rationnelle : ma sœur jouait avec un guitariste, le poste était déjà occupé ». Il restait donc une place à la basse qui, selon lui, « va bien avec ma personne : cela demande pas mal d’ancrage et de contrôle ; sans être au premier plan, la basse est vraiment nécessaire ».
La basse, la base
C’est souvent la place que Théo Zipper se voit occuper en famille ou entre amis : sans la ramener, faire le lien avec les autres. « Par rapport aux instruments solistes ou même à la batterie, il faut leur mettre une tierce personne pour lier le tout. La basse est la racine de l’arbre, la batterie le tronc, et les solistes les branches ». « Je suis une personne réservée mais impliquée », résume-t-il.
Quant à son sens de l’improvisation et à son goût pour, le bassiste les attribue aussi à ses débuts et à la façon d’appréhender la musique quand on est très jeune et qu’on la considère d’abord comme un jeu : « Contrairement à ceux qui avaient un parcours académique, très vite, pour moi, créer de façon spontanée ne m’est pas apparu comme un interdit ».
Et puis, à 16 ans, « le grand saut, patatras ! Mes parents se séparent, je suis en décrochage scolaire total, ma vie bascule, je pars habiter chez ma sœur à 200 kilomètres ». À Salon-de Provence, outre la base aérienne 701 abritant la Patrouille de France, il y une école, l’Institut musical de formation professionnelle (IMFP), qu’intègre Théo Zipper. « Je suis un déraciné à beaucoup de points de vue, cette école m’a permis de me cadrer au moment où je n’en avais plus, de cadre ».
Jazz à tout faire
À Salon, un professeur lui dit « Apprends à jouer du jazz, et tu pourras faire le caméléon, jouer dans tous les styles ». Pas faux, évidemment, « mais je n’ai jamais tout arrêté, et pas abandonné le rock pour faire du jazz ; le jazz s’est rajouté. Zouk, hip-hop, salsa, j’ai tout joué. Chez moi, les choses ne se suppriment pas, elles s’additionnent, se superposent ». Pour Théo Zipper, « la première vraie porte d’entrée a été Miles Davis avec son premier quintette, la trilogie « Cookin’ », « Steamin’ » et « Relaxin’ With The Miles Davis Quintet ». Trois chefs-d’œuvre tous enregistrée en 1956 et paru sur l’étiquette Prestige.
Depuis 13 ans en Belgique, Théo Zipper, désormais bassiste, guitariste et compositeur reconnu, fait partie du paysage musical. Il y a créé un collectif et une maison de disques, Thöz, le surnom qu’on lui a donné petit, fusion de ses prénom et nom. « Défendre la musique demande de l’organisation, des plateformes. Dans le champ des musiques d’avant-garde, des projets underground, c’est plus compliqué. C’est pourquoi il m’a paru nécessaire de créer cette structure de mutualisation et d’entraide avec l’aide de mon ami le pianiste Simon Groppe ».
Un beau destin, une belle histoire
Dans la cour des grands, Théo Zipper collabore notamment avec le saxophoniste Manuel Hermia, en duo, en trio et au sein de Rajazzic Tribe. Et puis il y a Aleph Quintet, qui fait son Jazz Tour en cet automne 2026, « une histoire qui photographie bien tout ce qu’on vient de dire », analyse le Varois. En effet, il est entré dans la formation grâce au violoniste Marvin Burlas, qui vient de Lorgues, la commune où ils ont grandi : « Nous étions dans le même lycée, nous jouions sur le marché ensemble ».
Un jour, milieu des années 2010, Marvin, violoniste, vient s’installer à Bruxelles, réunissant à nouveau les deux compères. L’un des voisins de Marvin, Akram Ben Romdhane, est joueur d’oud. Il dit à Théo : « Je joue avec mon voisin qui s’appelle Akram, et avec un jeune pianiste qui va devenir une star ». Wajdi Riahi. Au final, « Aleph, c’est peut-être le projet de ma carrière professionnelle qui marche le mieux. Notre prochain concert, à Saint-Vith en novembre, sera notre centième ».
Le quintette franco-tunisien basé à Bruxelles est toujours en ébullition : « Musicalement, c’est comme si c’était le premier jour. L’expérience est toujours très intense. Je n’ai pas de frère, ce sont eux, et Manu Hermia, le grand frère qui m’a soutenu ». De quoi amener Théo Zipper à quelques réflexions : « C’est dingue que Marvin ait été le catalyseur de tout cela. On se rappelle des choses fortes, à Lorgues ou au Parvis de Saint-Gilles, et 15 ans plus tard, on joue à Flagey ! Pareil en Jordanie ou en Suède. La musique et l’amitié nous ont emmenés dans des endroits où l’on ne serait jamais allés ! ».
Dernières actualités
21 octobre 2026
Bruxelles sur Scènes est de retour !
3 octobre 2026
Exposition ’50 ans de jazz en Belgique’
30 septembre 2026
Livre anniversaire ’50 ans de jazz en Belgique’
29 septembre 2026





